USA : la milice privée prend forme
L’armée parallèle de Rumsfeld prend du galon
Une petite dépêche tout à fait anodine parue dans la presse il y a quelques jours, nous donne un éclairage nouveau sur le bras de fer qui oppose l’armée américaine et le Pentagone. Rédigés par le Commandement des forces spéciales américaines (SOCOM) basé à Tampa (Floride), les plans de réorganisation des divers services de sécurité et de défense des USA visent à accorder encore plus de pouvoir et d’opacité aux services parallèles du Pentagone, des officines troubles qui seront désormais libres de se livrer à tous les coups tordus sans rendre compte à un quelconque état-major. Rumsfeld et ses acolytes sont tout simplement en train de mettre en place une milice semi-privée pour alimenter leur folle politique hégémonique hors de tout contrôle constitutionnel.
Mais quelle mouche a donc piqué les généraux américains ? Au grand étonnement de nombre d’observateurs, six généraux à la retraite et non des moindres, ont violemment attaqué la conduite des affaires militaires du ministre de la Défense, Donald Rumsfeld, à coups d'interviews fracassantes dans la presse outre-atlantique, demandant sa révocation pure et simple, l’accusant d’incompétence notoire, d’intimidation et d’autisme. Cette saillie brutale de l’armée par la voix tonitruante de ses plus hauts gradés, un corps que l’on qualifie généralement de…« grande muette », a fait causer en donnant au passage une idée du climat délétère qui règne entre l’armée américaine « traditionnelle » et la nébuleuse des commandos et autres milices quasiment privées au service des ambitions troubles de l’administration Bush.

Le contre-pied des recommandations alarmistes des agences de renseignement
Les nouvelles orientations stratégiques souhaitées par le ministère de la Défense ne sont doute pas étrangères à cette ruée dans les brancards des militaires qui se voient dépossédés de toute initiative tout en étant débordés par la bande par le Pentagone et ses officines occultes. La nouvelle doctrine prévoit en effet que le Pentagone (le siège du pouvoir des Néos-conservateurs) va empiéter allègrement sur les plates-bandes de la CIA et du Département d’Etat en s’arrogeant le leader-ship des opérations clandestines ou pas, sans se référer à une quelconque autorité militaire. Encore une fois, la CIA qui refuse de cautionner la politique agressive et mensongère de l’administration Bush fait les frais de sa non-soumission au complexe militaro-industriel qui dirige réellement le pays en agitant quelques pathétiques marionnettes entièrement téléguidées. Les recommandations émises par le SOCOM sont édifiantes sur les méthodes mises en œuvre par l’Empire du Bien dans le monde entier qui est devenu un théâtre d’opérations tout azimut. Elles prennent le contre-pied des recommandations alarmistes des agences de renseignement classiques (CIA, renseignement militaire et implantations diplomatiques) qui perçoivent la dégradation de l’image des USA et ses implications directes dans la lutte contre le terrorisme. A défaut de tenir compte des avertissements colportés par ses relais non dociles, Rumsfeld et ses complices préfèrent tuer symboliquement les messagers en passant outre et en les ignorant…
Le Pentagone via le SOCOM a d’ores et déjà envoyé des petites unités de « Bérets verts et autres soldats des forces spéciales dans les ambassades américaines dans une vingtaine de pays au Proche-Orient, en Asie, en Afrique et en Amérique du Sud » qui sont chargés de la collecte d’informations « pour renforcer la capacité à mener des opérations militaires dans des zones où les Etats-Unis ne sont pas en guerre » (Lien Le Monde). Il s’agit de mener des opérations militaires dans des pays qui ne sont pas en conflit avec les USA, cela peut donc aller de l’opération de déstabilisation pure (fomenter des émeutes, des troubles, mener une campagne de terreur et d’attentats, saboter l’image d’un contradicteur, d’un organe de presse ou affaiblir des institutions) à l’assassinat ciblé (en maquillant les basses manœuvres sous le couvert de telle ou telle organisation fictive localement implantée ou non). La diplomatie traditionnelle est reléguée en second plan puisque ses opérations spéciales seront désormais diligentées depuis le Pentagone, sans tenir compte de l’avis toujours intéressant de l’ambassadeur en place, en se passant de son accord. Les militaires qui disposent de leur propre structures de renseignement et d’opérations spéciales sont mis hors-jeu, relégués au simple rang d’une légion parmi d’autres.

« Chasses à l'homme », « collaboration avec des militaires étrangers pour éliminer… »
Ultimes détails révélés par le document, on y apprend que les opérations militaires sont d’un large spectre puisqu’elles vont des « chasses à l'homme » (sic) aux « attaques contre des camps d'entraînement terroristes et la collaboration avec des militaires étrangers pour éliminer des sanctuaires terroristes ». La doctrine érigée par la CIA sur la non-collaboration des services de renseignements avec les états voyous et les groupes para-militaires à la suite de divers scandales (implication avérée de la CIA dans le trafic de drogue, la torture et les enlèvements de concert avec les para-militaires et narco-milices en Amérique du Sud) vole en éclats.
Les hommes de l’ombre de Rumsfeld agissent de toute façon déjà à leur guise et sans aucun frein éthique en délocalisant la torture, en armant et en formant des « escadrons de la mort » (Irak) et des mercenaires, en pratiquant le contre-terrorisme (faire des attentats « utiles » pour la Coalition de manière à dénigrer les insurgés ou les diviser) et en pratiquant la désinformation à l’intention de l’opinion publique amie ou ennemie. Ceux qui ne sont pas avec nous, qui critiquent ou ne suivent pas comme des moutons de Panurge, sont donc contre nous, telle est la simpliste et manichéenne vision des choses de l’Empire (Lien Voltaire). Rien de nouveau donc dans cette orientation si ce n’est le symbole d’une administration que plus personne n’encadre ou ne supervise, totalement coupée de la réalité du terrain militaire et plus que jamais décidée à privilégier l’option des coups tordus, au nom de la fumeuse lutte anti-terroriste.
Un coup d’œil sur les dépêches du jour, de l’Irak, de l’Egypte en passant par l'Afghanistan et le Sri Lanka démontrent à quelle point la conduite des affaires du cabinet noir de Bush est une flagrante réussite. Rumsfeld a peut-être gagné une manche stratégique mais le quotidien des troupes américaines en Irak prouve que la réalité est une autre paire…de manches avec un taux de suicides record qui en dit long (Lien). Le terrorisme a des beaux jours devant lui, il est finalement tellement utile à l’Empire pour s’affranchir de toute justification fondée de ses basses manœuvres en cours…
Liens :
Bas Bush (Omegalpha)
See U
CC Jung
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