Crise financière : les imposteurs à découvert (fin)
Encore une fois, la malicieuse actualité nous oblige à différer la publication de notre dernier opus consacré à l'Afghanistan. C'est devenue une habitude piquante et presque un gag. Il faut dire que les dernières nouvelles du monde ne parlent plus que de krach, de crise, de débâcle boursière, de plan de sauvetage, de nationalisation et autres palliatifs pour juguler la panique qui s'est emparée des milieux financiers. Ainsi donc, nous sommes aujourd'hui au bord du gouffre du fait d'un système économique devenu fou et d'acteurs totalement irresponsables et avides. Le capitalisme sauvage qu'il fallait imposer d'urgence à la planète entière s'avère finalement toxique pour tous. Des voix s'élèvent même un peu partout dans le monde pour demander des règles du jeu drastiques afin d'encadrer un modèle économique périlleux. Et dire que pendant des décennies, nos avisés spécialistes et autres lobbyistes chevronnés prêchaient pour une dérégulation totale avec l'efficace porte-voix des médias dominants...Voilà un évènement majeur qui nous donne une occasion inespérée de mettre en lien pas mal de faits survenus pendant ces dernières années, les péripéties impériales nous serviront d'ailleurs de toile de fond pour comprendre ce qui se joue ici. Un voyage dans le temps qui démarre le 11 septembre 2001 pour aboutir aux récents soubresauts de nos économies fiévreuses. (Deuxième partie)
« Nous ne connaissions pas l'acronyme "TINA" ("There Is No Alternative"), qui fut effectivement le moteur terroriste de la Foi interdisant la pensée alternative, mais nous connaissons bien le triomphalisme qui a accompagné les commentaires sans cesse et sans fin qui rythmèrent d'un chant martial, la marche en avant du néolibéralisme. Entre ces deux armes dialectiques, - "rien d'autre n'est possible" et "le néolibéralisme triomphe", - fut effectivement établi un terrorisme de la pensée comme il n'en exista jamais auparavant, sans le moindre doute possible. Ce terrorisme réussit à imposer cette formule orwellienne selon laquelle le conformisme de la pensée c'est la liberté de la pensée, et cela marcha à tombeaux ouverts. » souligne justement De Defensa (Lien - partie La police de la pensée économique). Depuis si longtemps, on nous a répété ad nauseam que le capitalisme triomphant représentait le nec plus ultra de notre civilisation, que le dogme était le seul crédible et qu'il méritait que l'on se batte et tue pour étendre son emprise sur le reste du monde...pour son bien évidemment. Il fallait absolument abolir l'état interventionniste, le service public, le code du travail, les protections sociales et les lois encadrant le monde du travail pour éradiquer la crise savamment entretenue par les multinationales afin de tirer les salaires par le bas et de gonfler leurs marges indécentes. « Plus cela va mal pour la croissance, le pouvoir d'achat et l'emploi, plus les entreprises, elles, voient leurs profits exploser » rappellent Patrick Artus et Marie-Paule Virard dans le prophétique ouvrage « Le capitalisme est en train de s'autodétruire » (Editions La découverte). La déréglementation comme antidote absolu à la crise ? Une absurdité totale que l'on nous a fait avaler sans moufter... Plus de règles pour que le jeu soit bien plus excitant et que les bénéfices grimpent en flèche pour une infime minorité, un casino fou et des joueurs grisés qui misent nos épargnes et nos retraites, pas de quoi s'inquiéter en dépit de multiples avertissements comme l'affaire Kerviel récemment et les retentissantes faillites d'Enron, de Parmalat et de Worldcom. Tout est sous contrôle... La preuve ! La dérégulation du marché ? Une litanie, une mélopée et un mantra que l'on peut ruminer à souhait au moment où le serpent avide en est à se dévorer la queue tel Ouroboros et que la bulle mensongère éclate au grand jour. Le capital cannibale (Omegalpha) dans toute sa splendeur : nu, obèse, obscène et monstrueux... « Car ceci est un autre produit de cette présence extraordinaire de la communication, de cette affection immédiate de la psychologie: l'absorption très rapide, l'ingestion forcée de la mise en cause "mortelle" (comme dit Cohen) du diktat néo-libéral, américaniste, etc., de l'idéologie qui nous emprisonnait. Les services de surveillance du langage et de la pensée ont été débordés, eux-mêmes emportés par le même courant des événements et de leurs effets sur la psychologie, avec comme référence constante, y compris pour eux-mêmes, la découverte de la réalité mise à nu par la crise. » constate De Defensa (lien) en observateur avisé de ce monde virtualiste où le mensonge est érigé en dogme et la mystification en valeur suprême.
Au-delà des rots bruyants et de la digestion difficile d'un système économique repu et gavé jusqu'aux yeux de nourriture toxique (subprimes, bulle immobilière, afflux de capitaux asiatiques, dette abyssale des USA, monnaie de singe, argent virtuel ou sale), il convient de noter que cette crise de confiance et cette remise en question d'un système économique en fin de cycle ne doit pas masquer un autre évènement majeur qui se lit en filigrane dans l'actualité depuis quelques années : le délitement d'un mythe, celui des USA comme modèle de société et comme phare idéologique... Rendons hommage tout de go à notre Cassandre préféré, Emmanuel Todd (lien Wiki - partie La police de la pensée économique) qui prédisait en 2002, la fin de l'imposture impériale à court terme dans son passionnant ouvrage « Après l'empire » au sous-titre évocateur : Essai sur la décomposition du système américain. « Face à cette fragilité terrible, les États-Unis réagissent : ils doivent faire en sorte de ne pas être marginalisés. Bien que devenus inutiles et même parasites, ils doivent donner l'impression qu'ils restent le centre du monde. Pour cela ils tâchent avant tout d'isoler la Russie, seule véritable menace à leur hégémonie militaire. L'isolement de la Russie passe par le contrôle du reste de l'Eurasie et en particulier par le maintien des protectorats européens et japonais dans la sphère d'influence américaine. Le moyen de maintenir cette prise, et plus généralement de donner l'impression que les États-Unis sont indispensables à la planète par la protection qu'ils lui offrent, est de maintenir un certain niveau de désordre en livrant une guerre théâtrale contre des États mineurs présentés comme 'l'Axe du Mal' » notait fort justement le talentueux essayiste (lien Wiki). « Une guerre théâtrale contre des États mineurs présentés comme 'l'Axe du Mal' » qui a fait des centaines de milliers de morts et qui a tourné au bourbier inextricable en Irak, en Afghanistan et en Somalie. La guerre théâtrale à crédit a conduit à la banqueroute. Quel bilan ! Voilà surtout expliquée en quelques lignes prémonitoires, toute une politique délétère, celle des « néocons » et des atlantistes avec son corollaire de guerres, de déstabilisation, de communication outrancière et de trucage. S'agiter, tonner, gronder, guerroyer, menacer, détruire et démolir pour masquer le bruit creux d'une coquille vide qui a fini par éclater du fait de sa boursouflure exponentielle. La superpuissance US ? Un ballon de baudruche qui vient de craquer.
Le modèle de Nicolas Sarkozy
« La décomposition de l'Empire américain », « Maître de la défaite », « Vers la fin de l'american dream », « L'insouciance des Américains détruira-t-elle le Monde ? », « Les raisons de la faillite intellectuelle du libéralisme américain : une leçon d'histoire pour Bob Herbert, chroniqueur au New York Times », « Le lent déclin démocratique de l'Occident » (liens Mondialisation - Figaro - WSWS - Agoravox), titrent aujourd'hui divers organes de presse qui pressentent que l'effondrement boursier est surtout le signal de la déliquescence d'une grenouille obèse qui s'imaginait bœuf. Le « Projet pour le Nouveau Siècle Américain » (PNAC) déclenché dans la foulée des attentats contre le W.T.Center et qui devait assurer une hégémonie des USA et du complexe militaro-industriel occidental pendant un siècle au moins, s'effondre sous nos yeux en dépit de l'agitation fébrile de tous les adorateurs du veau d'or...en toc. Nicolas Sarkozy qui avait érigé les USA en modèle de référence et en exemple à suivre, vibrionne et se démène comme une folle fourmi pour rattraper ce qui peut l'être après avoir tant vanté les délices de ce système à la dérive. N'est-ce pas le même qui préconisait il y a peu, un système de subprimes pour doper notre économie, le même qui recommandait de dépénaliser les entourloupes des chefs d'entreprise, le même qui privatisait à toute allure les fleurons de notre service public, le même qui avait décidé de reformater notre système de valeurs pour singer le grand frère US, le même qui a déchiré une à une les pages de notre code de travail pour assurer les coudées franches aux multinationales, le même qui vient de nous réintégrer à l'OTAN au moment où l'empire se désagrège. Quel élan visionnaire a eu la France en portant au pouvoir ce disciple béat de l'Empire de pacotille au moment même où ce dernier s'écroule littéralement sous le poids de son incapacité militaire et économique et de son immaturité criante en terme de leadership. L'"Ouest" est bien en déroute (Lien De Defensa) et la puissance bascule inexorablement vers les pays émergents, le 11 septembre 2001 aura finalement précipité la chute des intrigants de bas étage.
Voilà d'ailleurs notre chantre du capitalisme à paillettes et à yacht qui déclame à Toulon le 25 septembre dernier que « le rêve s'est brisé sur le retour des fondamentalismes religieux, des nationalismes, des revendications identitaires, sur le terrorisme, les dumpings, les délocalisations, les dérives de la finance globale, les risques écologiques, l'épuisement annoncé des ressources naturelles, les émeutes de la faim. Une certaine idée de la mondialisation s'achève avec la fin d'un capitalisme financier qui avait imposé sa logique à toute l'économie et avait contribué à la pervertir. L'idée de la toute puissance du marché qui ne devait être contrarié par aucune règle, par aucune intervention politique, était une idée folle. L'idée que les marchés ont toujours raison était une idée folle. » (Lien Le Monde). Quel revirement pour notre président « bling-bling » qui nationalise à la hâte les entreprises privées tout en intervenant massivement dans le mécanisme économique ! Reagan et Milton Friedman doivent se retourner dans leur tombe respective. L'échec de leur conception fallacieuse et inégalitaire du monde est un constat amer (Lien De Defensa) pour ces contempteurs de ces idéaux de gauche remis au goût du jour comme une évidence incontournable et la seule et vraie voie de progrès durable pour l'humanité confrontée à des défis majeurs.
Conséquence de la crise ? Il faut accélérer les réformes ultralibérales !
Certes, le capitalisme sauvage vient d'encaisser un coup terrible à l'occasion de cette crise boursière d'ampleur mais il faut pourtant se garder de tout triomphalisme douteux puisque le système est diaboliquement conçu pour que toutes les crises soient absorbées par les mêmes couches de la société, c'est-à-dire les plus pauvres qui constituent une majorité et qui devront mettre la main à la poche pour renflouer les spéculateurs décatis. Ainsi, le Plan Paulson ressemble à s'y méprendre à un nouvel hold-up perpétré par Bush et ses amis véreux de la finance comme l'a bien compris Michael Moore (Lien ContreInfo - partie L'imposture mise à nue). Les mafias souterraines qui gangrènent nos sociétés en se donnant des airs de respectabilité ne sont pas prêtes à lâcher le morceau puisqu'elles peuvent compter sur l'appui indéfectible de leurs obligés, les politiques, comme l'a bien compris Denis Robert en fouillant dans le torrent pas très clair de l'affaire Cleartream (lien Agoravox). Il en est de même avec les idéologues patentés du système qui refusent d'admettre le postulat de base d'un système intresequement dévoyé en se livrant à des contorsions de plus en plus grotesques et inconfortables comme en témoigne le dernier billet d'Alexandre Adler (lien Le Figaro) qui nous a pondu le concept fumeux du « social fascisme » (sic) pour expliquer la déroute de ses amis confrontés à une horde de nazis-islamistes-gauchistes-antisémites bien décidée à mettre en péril la formidable vision du monde des « faucons » et des « néocons » si bien inspirés.
De même, on n'en finit plus de s'étonner des discours tenus par les mêmes spécialistes qui prétendent que cette crise est bien la preuve qu'il faut encore accélérer les réformes ultralibérales en se dotant d'un volet « moral » pour encadrer la mutation comme l'a suggéré l'impayable MEDEF ces jours derniers. Incorrigibles bonimenteurs ! Un dernier exemple qui appelle à la plus extrême prudence en dépit de la cascade de mauvaises nouvelles qui aurait dû avoir une incidence sur le comportement des acteurs concernés (liens partie L'imposture mise à nue) : les mêmes magouilleurs qui se sont goinfrés pendant des années en affamant une partie de la planète et en réduisant à l'esclavage l'autre partie, se réjouissent aujourd'hui de l'intervention massive des banques centrales et des états pour renflouer leur pécule tout en réalisant au passage, de fructueuses opérations de rachat de titres à la décote (Lien sur Michel Chossudovsky). Pire, cette crise est l'occasion pour de nombreuses multinationales de croquer sans grand dommage des entreprises concurrentes qui n'ont pas bénéficié du sauvetage sélectif pratiqué par le pouvoir politique local inféodé à tel ou tel groupe financier. Nous voyons à l'œuvre rien de moins qu'un nouvel épisode du capitalisme de désastre que nous finançons encore et toujours en bout de chaîne (lien Marianne - « L'argent public au secours des apôtres du marché »). La plus grave crise écofinancière depuis le début de l'ère industrielle (Lien Bellaciao) qui mettra sans doute des millions de gens à la rue à moyen terme, n'aura nullement infléchi ce qui ressemble de plus en plus à un suicide collectif programmé si rien ne change en l'état tant les alarmes clignotent un peu partout avec insistance (économie, climat, biodiversité - Lien Le Soir.be). Incorrigibles et dangereuses sont nos supposées élites, en fait un aréopage aveugle, sourd et totalement compromis dans ce marché de dupes. Il faudra bien un jour que nous prenions, d'une manière ou d'une autre, nos destinées en main avant une irrémédiable catastrophe. C'est devenu désormais, une question de survie. Le temps presse.
Liens :
Partie 1 : Crise financière : les imposteurs à découvert (1)
La police de la pensée économique :
Leur religion en lambeaux, leur Foi pulvérisée (De Defensa) - La crise a tué le diktat (De Defensa) - Emmanuel Todd - (Wikipédia) - « Après l'Empire » (Wiki) - La décomposition de l'Empire américain (Mondialisation) - Le lent déclin démocratique de l'Occident (Agoravox) - L'insouciance des Américains détruira-t-elle le Monde ? (Mondialisation) - Vers la fin de l'«american dream» (Figaro) - Les raisons de la faillite intellectuelle du libéralisme américain : une leçon d'histoire pour Bob Herbert, chroniqueur au New York Times (WSWS.org) - Le discours de Nicolas Sarkozy à Toulon (Le Monde) - L'échec d'une conception du monde (De Defensa) - L'"Ouest" en déroute (De Defensa)
L'imposture mise à nue :
Le hold-up du siècle, par Michael Moore (ContreInfo) - "Les vrais mafieux lisent le Financial Time ou le Wall Street Journal" (Denis Robert - Agoravox) - Social fascisme (Figaro) - Les Bourses mondiales flanchent (Le Monde) - - Un vote de résignation acheté par une corruption massive - (De Defensa) - Crise financière ou agonie du capitalisme ? - Quand la main invisible du marché fait les poches des contribuables (liens Agoravox) - Hypo Real Estate: il manque des milliards (Figaro - fil actu) - CRISE ÉCONOMIQUE : UN RÉPIT TEMPORAIRE, MAIS UN DÉCLIN PERMANENT - Paul Craig Roberts (Questions critiques) - Révolte contre Wall Street (Monde Diplomatique) - Effondrement financier global (Mondialisation - Michel Chossudovsky) - La crainte d'un krach financier mondial plane sur l'Europe (Mondialisation) - Au bord du gouffre, par Paul Krugman (ContreInfo) - Soyons sérieux maintenant, le Pentagone voudrait plus d'argent pour survivre (De Defensa) - Hypothèque sur la finance mondiale (Libération) - WALL STREET DEVRAIT ENCORE SOUFFRIR CETTE SEMAINE MALGRÉ LE VOTE DU PLAN PAULSON (Libération) - Les marchés asiatiques voient rouge (Figaro) - GB : économie en "très mauvais" état (Figaro - fil actu) - Les bourses européennes sont déjà dans le rouge (20 MN) - Malgré l'adoption du plan Paulson, le spectre de 1929 hante les Etats-Unis (Le Monde) - JP Morgan accusé d'avoir coulé Lehman Brothers (Figaro) - L'Allemagne en crise (20 MN) - -- Bourses mondiales : vers l'effondrement (Bellaciao) - Un nouveau lundi noir? Le CAC 40 dégringole à son plus bas niveau depuis 1987 (20 MN) - - Le cycle infernal de la crise (Bakchich) - Bourse: le pire encore à venir (experts) (Figaro) - Nouvelle déconfiture pour les Bourses européennes (Le Monde) - Le secrétaire au Trésor Paulson prédit d'autres faillites (Le Monde) - Lundi noir: un paradis pour les spéculateurs (Michel Chossudovsky - Mondialisation) - L'argent public au secours des apôtres du marché (Marianne) - SEPTEMBRE/OCTOBRE 2008 : La plus grave crise écofinancière depuis le début de l'ère industrielle (Bellaciao) - Le CAC 40 a perdu 22 % en une semaine (Le Monde) - Francis Fukuyama : "La chute d'America, Inc." (Le Monde)
Un tiers des mammifères menacés d'extinction - (le Soir.be)
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DJ CC Jung