Le sang-froid des policiers comme ils disaient
L’exception qui confirme la règle
Les circonstances qui entourent l’interpellation de la championne d’heptathlon par les policiers sont maintenant un peu plus claires d’une certaine manière et le sombre pressentiment semble hélas se confirmer. Bien sûr, le procédé est un grand classique de la bavure réglementée, il sera question de parole contre une autre ou plutôt de la parole d’une hystérique cannibale contre l’unisson des versions réglementaires et solidaires d’un bataillon entier de la Police.
Les paroles prononcées, les attitudes et la violence à fleur de peau de ceux qui portent l’uniforme de l’impunité ont pourtant un air bien familier, une rengaine pas si lointaine qui a embrasé même les lieux par excellence où elles s’exercent, les banlieues. Le racisme qui sous-tend cet incident, comme on aimerait qu’il soit la parade nerveuse d’une championne à cran si quelques jours auparavant un sondage ne venait mettre des chiffres sur des maux, si tous les témoignages las ne disaient la même chose, si un syndicaliste paumé ne gisait encore sur un lit d’hôpital…
Quel étrange contraste entre cette débauche d’énergie dans les arrières-cours bétonnées réservées à la chasse ordinaire, le harcèlement en continu d’un gibier labellisé par son allure, sa couleur, son bruit et ses odeurs et la passivité face aux casseurs de manifestations estudiantines. Comme à la chasse finalement, les chiens de guerre savent se tenir à l’arrêt. Sur ordre, ils ont l’obligation de laisser semer l'ivraie à des fins très obscures. Obscur également est le climat un peu partout et dans les têtes d’un tiers des Français qui s’assument racistes, ils auraient sans doute besoin d’un bon coup de karsher pour nettoyer ces idées façon vieilles rances susurrées sournoisement de l’intérieur.
Obscur également le climat autour des stades où les crânes rasés font des ratonnades sportives, dans les bars enfumés où l’on dégaine injures et coups de feu à la tête trop crépue du client. Obscur cet hexagone tiraillé par de souterraines et terribles contradictions, des lignes de tensions sociales et des manipulations orchestrées, des approximations, des coups de force, des maladresses, des injustices et des ratages à la chaîne. Comme la championne qui ne portait pas sur sa peau les stigmates de son exception, une bonne partie du pays semble au bord de la crise de nerfs, signe d’une lassitude profonde, signe que la fracture sociale se transforme en abysse, signe que plus rien ne va. Elue à la majorité absolue, l’équipage UMP avait tous les pouvoirs. Le seul qu’il aura su exercer avec un talent constant : semer la confusion, à perte de vue.
"PARIS - L'ancien championne du monde d'heptathlon Eunice Barber annonce qu'elle souhaite engager des poursuites judiciaires après son interpellation musclée par plusieurs policiers samedi à Saint-Denis, près de Paris. (....)
"J'ai tourné à gauche alors qu'un officier de police m'avait demandé de prendre à droite. Je n'ai pas compris son indication", a-t-elle dit. "Le policier a tapé sur ma voiture. J'ai ouvert la vitre et ce policier m'a giflée. Je suis sortie de la voiture. D'autres policiers sont arrivés." "L'un m'a tordu la main et un autre m'a tiré les cheveux puis ils m'ont plaquée au sol", a ajouté Barber qui porte une minerve et qui souffre d'insensibilité dans les deux mains et d'une élongation à l'épaule droite.

PLAINTE AUPRES DE L'IGS
"Ils m'ont ensuite mise dans le fourgon. Là, deux femmes m'ont marché sur les mains et la tête. Elles m'ont dit: ' tu crois qu'on fait ça en Afrique'?" "Elles m'ont dit: ' tu as de la chance qu'il y a du monde sinon on pourrait te faire pire. Quand tu sortiras d'ici tu portera des béquilles'." Barber a dit ne pas savoir pourquoi les policiers se sont comportés avec elle de la sorte. La championne a également précisé qu'à ce moment de l'interpellation les agents de police ne connaissaient pas son identité. " Ils sont devenus gentils une fois qu'ils ont su qui j'étais", a-t-elle insisté.
La championne, remise en liberté dimanche après une journée en garde à vue, a affirmé être encore très choquée et a dit avoir peur. Barber a déjà déposé une plainte auprès de l'inspection générale des services (IGS, la "police des polices") mercredi. Le récit fait par les policiers concernés diffère radicalement de la version fournie par la championne. "Je n'ai plus la tête à l'athlétisme", a conclu Barber, 31 ans. Barber a été championne du monde de l'heptathlon en 1999, médaillée d'argent en 2003 et 2005 dans cette discipline. Elle a également été championne du monde de saut en longueur en 2003 et médaille de bronze de cette spécialité en 2005."
Liens :
Eunice Barber souhaite des poursuites judiciaires ( article mentionné - Libération)
Au plus près de la bavure de la Nation (Libération)
See u
CC Jung
Publicité