Violence conjugale : le poing final
Dictateurs à la petite semaine
A l’occasion de la journée de la Femme, le Monde publie un passionnant article sur la politique répressive en matière de violence conjugale dans le Nord. La situation est, il est vrai, alarmante pour la moitié de l’humanité (les femmes) puisqu’elles sont toujours en première ligne des conflits armés avec son cortège de viols systématiques et d’esclavage sexuel, confrontées directement aux aléas du pourrissement social et surtout victimes de la stupidité hormonale et comportementale des hommes. Une femme meure tous les quatre jours sous les coups des bourreaux familiers et « aimants » en France, près de 47% des femmes coupables de meurtre d’un conjoint agissent pour arrêter l’insupportable déluge de violence et d’humiliations. La brutalité qui gangrène notre société ronge également bien des couples au dessus de tout soupçon, transcendant hélas toutes les couches de la société, les religions et les origines. Un comportement indigne de la part de ceux qui s’imaginent être…des hommes, des vrais.
« Elle est vêtue de noir et elle peine, malgré ses efforts, à finir ses phrases, comme si elle avait l'habitude d'être interrompue. "Depuis sa condamnation, il essaie de se retenir, raconte-t-elle au directeur de l'association d'aide aux victimes de Douai, Bruno Willeron, et à la psychologue, Virginie Alidor. Il... je ne sais pas... comment expliquer ? Il fait des efforts, mais il ne peut pas s'empêcher d'avoir des mouvements d'humeur." Elle hésite : "Si quelque chose traîne, il crie. Il s'énerve avec le petit, il lui fait faire des lignes en cas de bêtises, et il lui fait tout recommencer parce que les e, par exemple, sont mal faits. Je lui dis qu'il n'a que 6 ans, mais il s'énerve tout de suite."
Il y a quelques semaines, son mari a été condamné pour violences conjugales par le tribunal correctionnel de Douai (Nord). Parce que le procureur, Luc Frémiot, a mis en place en 2003 une politique de tolérance zéro envers les maris violents, il a été immédiatement placé en garde à vue et éloigné du domicile familial pendant quinze jours. A Douai, sévérité et rapidité sont désormais la règle : un flagrant délit ou une plainte - la simple inscription sur le registre des mains courantes a été supprimée - entraînent systématiquement le placement en garde à vue de l'auteur des violences. Lors de son déferrement au parquet, il a ensuite le choix entre une comparution immédiate devant le tribunal correctionnel - avec le risque d'être incarcéré - ou un placement de deux semaines dans un foyer pour sans-abri de la ville de Douai.

Souvent victimes d'une situation de domination économique
Lorsqu'en 2003, le procureur a cherché un endroit pour éloigner les hommes violents du domicile conjugal, il a trouvé une oreille attentive chez les Compagnons de l'espoir. "Au foyer des femmes, nous voyions souvent arriver en pleine nuit des femmes battues avec des enfants qui devaient brutalement quitter leur maison, leur école et leurs copains, raconte Nicole Lopez, la directrice adjointe du foyer. L'idée de renverser cette logique et d'éloigner les maris nous a paru judicieuse. A condition que nous ne servions pas simplement de substitut à la prison : leur séjour a un but éducatif." Dans un petit immeuble situé non loin de la gare, ce foyer accueille une trentaine de sans-abri dans des chambres de trois ou quatre lits. Le règlement intérieur est strict : lever à 6 h 30, corvées de ménage, de cuisine et de vaisselle dans la journée, retour à 18 h 30 le soir, coucher à 23 heures. "Quand ils arrivent ici, les auteurs de violences conjugales nous disent souvent que ça leur rappelle l'armée", sourit l'éducateur du foyer, Michaël Perez.
Le procureur de Douai admet volontiers que le placement au foyer a pour but de "créer un électrochoc". "Au début, beaucoup sont perdus, ils ne comprennent pas ce qui leur arrive, raconte Michaël Perez. Ils sortent de 24 ou 48 heures de garde à vue et ils arrivent avec les menottes, même si nous les enlevons avant qu'ils franchissent la porte d'entrée. Dans le foyer règne une vraie vie de communauté : il n'y a pas de personnel, et il faut participer aux corvées aux côtés de gens qui sont privés de tout, ou presque." Pendant ces quinze jours, leurs femmes sont suivies, si elles le souhaitent, par l'association. "Elles sont souvent victimes d'une situation de domination économique, sociale et culturelle, précise le directeur du SCJE, Bruno Willeron. La plupart du temps, elles sont plus jeunes que leurs maris, elles ne travaillent pas, elles sont isolées, elles sont dénigrées par leur conjoint depuis des années et elles ont fini par perdre confiance en elles. Il faut du temps pour qu'elles arrivent à s'affirmer. Nous sommes là pour les accompagner pendant la procédure mais aussi après : elles savent qu'elles peuvent nous appeler à tout moment."
Au fil des ans, la politique pénale menée à Douai a convaincu les élus : les textes récents sur les violences conjugales prônent la rapidité de la réponse judiciaire et l'éloignement, au moins temporaire, des auteurs de violences. Les parquets de Valence, Thonon-les-Bains, Amiens ou Cambrai se sont inspirés de cette expérience pour mettre en place leur politique de lutte contre les violences conjugales (…)
Anne Chemin (Le Monde)
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