Sécurité : le discours et la méthode

Publié le par cc jung in effect

Petites combines statistiques, une habitude…
 
L’Express publie une très intéressante enquête sur le fonctionnement de nos services de police, sur les méthodes utilisées pour trafiquer les statistiques, décourager les plaignants et gonfler in fine, la côte de popularité des politiques. Une imposture totale puisque les vrais méfaits de la délinquance, ceux qui « pourrissent la vie de tous les jours » sont justement ceux qui sont traités avec le moins d’efficacité…
 
 
Extraits : « L'enquête réalisée en 2005 par l'Institut d'aménagement et d'urbanisme de la région Ile-de-France confirme ce constat. Elle établit que seuls 40% des vols à la roulotte donnent lieu à un dépôt de plainte et que 1 cambriolage sur 2 n'est pas déclaré à la police. «D'abord, parce que les victimes ne sont pas toutes assurées, surtout dans les quartiers sensibles et les cités, note un officier de police. Elles n'ont donc aucun intérêt à se rendre au commissariat.» Pour ceux qui espèrent une indemnisation, les compagnies d'assurances se contentent, parfois, d'un signalement des faits avec inscription sur la main courante. Un «arrangement» qui tend à faire, artificiellement, décroître le nombre de faits recensés par les autorités. D'autant que d'autres méthodes, plus «subtiles», peuvent contribuer à cette «embellie»... »
 

Soyons attentifs


 
Faire barrage au plaignant

 
« Les remèdes de cheval destinés à faire baisser le thermomètre de la délinquance sont connus. Un rapport ultrasensible de l'IGPN, la «police des polices», consacré à l'accueil dans les commissariats, stigmatise d'ailleurs une dizaine de ces pratiques «ancestrales» et éprouvées.
 
La première, basique mais efficace, consiste à faire barrage au plaignant. Pour cela, il faut lui réserver un accueil particulièrement dissuasif, confié aux fonctionnaires les moins motivés. Si la victime s'entête, on peut tenter de la dissuader en lui rappelant que le délai d'attente (souvent réel) dépasse une heure. Autre méthode: on lui demande de déposer plainte au parquet, voire dans un autre commissariat proche de son domicile ou, au contraire, à l'endroit où le délit a été commis. Ces parties de ping-pong, courantes il y a encore quelques années, ne devraient plus avoir cours, puisqu'une victime peut déposer plainte là où elle le souhaite. Mais elle ne le sait pas forcément... L'Intérieur met actuellement au point un système national de saisie des données, baptisé Ardoise, censé éliminer ces dysfonctionnements. »
 
La deuxième méthode porte un nom mystérieux, digne d'un album de Blake et Mortimer: le «code Q». Cette opération possède la vertu magique de faire disparaître certains types de délits - de faible gravité, qui ont peu de chances d'être résolus - des statistiques. L'opération a lieu lors de la saisie informatique. «Prenez l'exemple d'un automobiliste qui, au matin, retrouve son pare-brise cassé, relate un commissaire. Il se rend au commissariat. Si la dégradation est considérée comme volontaire, cela relève du délit. Elle entre donc dans la comptabilité. La même dégradation, considérée comme involontaire, n'est plus délictuelle, mais mérite une simple contravention...» Au fond, tout dépend évidemment de la façon de compter. «Lorsque, par exemple, 10 voitures ont été incendiées dans la même rue, deux décomptes sont possibles, résume un enquêteur. Soit on considère que l'incendiaire a agi 10 fois, ce qui fait 10 délits. Soit on estime que les véhicules ont pris feu par “propagation”, et on ne recense qu'un délit...»

Mécanisme de l'imposture

 
 
 
Ce bidouillage a un nom: le «lissage»
 
 
La magnanimité d'un chef de service peut, à l'occasion, masquer des intentions plus ou moins avouables. Si, à la fin du mois, les chiffres menacent de dépasser les limites, il arrive que le responsable demande aux fonctionnaires chargés d'enregistrer les procédures de ralentir le rythme, pour reporter le «stock» des faits constatés le mois suivant. Dans le jargon, ce bidouillage a un nom: le «lissage». 
 
« Notons, enfin, que ces dérives statistiques ne portent pas sur les faits les plus graves, notamment les crimes, dont la comptabilité est infalsifiable. D'ailleurs, la police y consacre de lourds moyens humains et techniques, et aboutit à des résultats probants. En revanche, c'est pour le tout-venant de la délinquance, celle qui pourrit la vie des citoyens, que la déperdition est la plus forte. »
 
« Une enquête interne de la justice portant sur le «traitement des affaires pénales par les sept parquets d'Ile-de-France» en donne une idée. L'analyse des chiffres de l'année 2003 démontre que, sur environ 1 million de plaintes enregistrées en bonne et due forme, «plus des trois quarts ne sont pas susceptibles d'être poursuivies»... »
 
 
« Certaines «opérations» permettent même une sorte de miracle, une «multiplication des pains» sauce police. «Prenez un vol de chéquier, soit un vol constaté, explique cet autre officier. Le fait d'arrêter l'auteur, qui a utilisé les 30 chèques, et voilà 30 faits résolus.»
 


Article dans son intégralité plus infographie :
 
 
 
par Laurent Chabrun, Eric Pelletier, Romain Rosso
L’enquête de l’Express dans son intégralité :
 
 
 
 
 
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CC Jung
 
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Publié dans les dépêches orange

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