Palestine : le boomerang des urnes
Le Hamas ou l’ironie démocratique
La victoire du parti islamique « Hamas » aux dernières élections législatives en Palestine est vécue comme un séisme par les USA et nombre de leurs alliés. Rien à redire pourtant sur l’issue du scrutin mais la démocratie, même imposée, peut s’avérer finalement une arme à double-tranchant…
Pour une surprise, ce n’est pas une surprise... La victoire du parti islamiste « Hamas » était non seulement prévisible mais elle est l’aboutissement d’un processus complexe mais inéluctable. Pour schématiser à l’extrême les forces en présence qui s’affrontaient lors de ces législatives, il faut au préalable présenter les protagonistes. D’un côté, le Fatah, le parti historique des combattants palestiniens dont Yasser Arafat était la figure emblématique et de l’autre, le Hamas, un parti islamique radical et tentaculaire. Le Fatah a depuis toujours détenu les rênes du pouvoir que symbolisait à merveille Arafat, non seulement auprès des médias du monde entier mais aussi pour le peuple palestinien qui voyait en lui un leader naturel et charismatique. La mort de l’homme au keffieh, accusé par ses adversaires politiques et par Israël de tous les pêchés, a sonné le glas pour son parti, privé d’une caution et d’une légitimité, dégageant ainsi bien des obstacles pour le concurrent, le Hamas. Ce parti islamiste, beaucoup plus radical, oeuvrant dans le social pour pallier aux criantes difficultés de la population, avec une assise certaine dans tout le Moyen-Orient et en particulier au Liban, faisait auparavant figure d’épouvantail.

Supposés atermoiements de l’Autorité palestinienne
De nombreux observateurs attentifs ont parfois laissé entendre que la création même de ce parti était avant tout destinée à déborder les instances palestiniennes traditionnelles (le Fatah) pour mieux l’affaiblir (Lien Nouvel Obs). Curiosité de la real-politik, les autorités israéliennes ont longtemps œuvré en sous-main, pour propulser le parti concurrent à Arafat, dans le seul but de lui nuire en l’affaiblissant. Manœuvre dangereuse qui n’est pas sans rappeler la création des Talibans en Afghanistan, les radicaux se sont finalement avérés tout aussi incontrôlables, utilisant l’argumentaire terroriste comme arme de propagande, l’action comme réponse aux supposés atermoiements de l’Autorité palestinienne et le social pour gagner le cœur des populations les plus défavorisées, comme celle des camps de réfugiés qui parsèment les pays avoisinants. La figure de proue de ce mouvement était le Cheick Yassine, un handicapé aux allures de sage, avant qu’un missile israélien ne pulvérise son fauteuil roulant et son occupant… Ultime tentative d’Israël pour enrayer une marche triomphale vers le pouvoir. Trop tard dans les faits, le Hamas avait déjà semé les grains de la discorde, offrant une réelle alternative au parti traditionnel englué dans un processus de paix mille fois démenti, décrédibilisé par une gestion financière calamiteuse et sans réel successeur à la figure emblématique de Yasser Arafat.
La victoire des islamistes dénote surtout d’un certain durcissement de la rue arabe face à une situation inextricable dans les Territoires occupés, face à l’hégémonie des USA qui tente de remodeler la carte stratégique au Moyen-Orient par les bombes, face à l’occupation en Irak et nombre de symboles qui illustrent une stigmatisation des musulmans dans leur ensemble et dans le monde entier. Cruelle ironie démocratique, Bush qui prétend instaurer par le glaive la démocratie dans les pays arabes, n’en finit plus de se saigner. Il a renversé le dictateur laïque Saddam Hussein, grand pourfendeur des islamistes fanatiques de tous bords et l’Irak tombe chaque jour un peu plus sous la coupe réglée des Chiites, beaucoup plus intransigeants et rigoristes en matière de religion et de politique. Il faut signaler entre-temps que la frange des islamistes purs et durs, également chiites, a repris les commandes du pouvoir dans le pays voisin, en Iran. Ce qui pourrait donner une grande alliance chiite Iran-Irak. Un cauchemar pour nombre d’observateurs, une situation impensable pour deux pays que l’on a autrefois poussés à se faire la guerre pour mieux s’anéantir mutuellement et se neutraliser. Quand on sait que ces deux pays détiennent des ressources pétrolières stratégiques, il y a en effet de quoi se mordre les doigts. L’avènement d’une super coalition pétrolière et islamiste dans le Moyen-Orient, voilà ce que les amateurs de la Maison Blanche ont rendu possible.

La plus puissante machine à faire gagner les islamistes
La Palestine, une véritable poudrière stratégique qui est au centre de bien des revendications des mouvements religieux arabes, vient de basculer à son tour dans le giron des radicaux. Les USA et leurs alliés israéliens se retrouvent désormais face à des adversaires déterminés et pugnaces comme en témoigne les dernières déclarations du président iranien, Mahmoud Ahmadinejad. Ils ont beau jeu maintenant de refuser le verdict des urnes (Lien Libération). Ils voulaient la démocratie, que le peuple arabe puisse librement exprimer son opinion tout en jetant l’opprobre sur ce dernier, accusé de tous les maux et surtout celui du terrorisme. Ils l’ont eu. On ne peut pas prétendre organiser des élections « libres » (lien Réseau Voltaire) à la seule condition que le parti que l’on a choisi, triomphe.
La guerre d’Irak, l’impunité totale des autorités israéliennes, la stigmatisation des musulmans depuis le 11 septembre et les bavures multiples, restent, à ce jour, la plus puissante machine à faire gagner les islamistes, trop heureux de se poser en martyrs et en dernier rempart du faible et de l’opprimé. Ceux qui prétendaient éteindre le feu de la contestation par les urnes, s’avèrent, finalement, des pyromanes et des inconscients. Ils sont à présent, pris à leur propre piège. Avec d’un côté des évangélistes fous et de l’autre des extrémistes musulmans, il vont bien finir, finalement, par créer ce choc des civilisations qu’ils auront fabriqué de toutes pièces. Par calcul, par cupidité, par duplicité et par un aveuglement persistant. Ils voulaient à tout prix un ennemi pour remplacer le grizzly soviétique qui vacille et titube dans les décombres miteux de sa tanière, ils viennent de réveiller un fauve non-identifié et momentanément indomptable. La suite des évènements ne devrait pas manquer de piquant. Wait and see.
Liens :
"Le Hamas a été créé avec le soutien d'Israël" (Nouvel Observateur)
Élections palestiniennes : les États-unis subventionnent le Fatah (Réseau Voltaire)
George Bush exclut de traiter avec le Hamas (Libération)
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CC Jung
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