Le goulag à la sauce salsa
Dans l’indifférence générale, le symbole même du non-droit international, la sinistre base de Guantanamo, perdure. De nombreux détenus ont entamé une grève de la faim depuis des semaines, sans réels relais dans l’opinion mondiale. Le monde dit « civilisé » a décidément des émois bien sélectifs.
Au nom de la lutte contre le terrorisme, l’Empire du Bien emprisonne, enlève, torture et tue avec l’active complicité de ses partenaires occidentaux. Notre ciel est ainsi fréquemment parcouru par des cages volantes emplies de prisonniers, parfois directement enlevés sur le sol européen puis convoyés vers des destinations inconnues. La seule certitude de ceux qui sont tombés dans les griffes de la nouvelle opération « Condor » est terrible : ils seront torturés loin des regards, sans aucun moyen de défense légale et pour des motifs qu’ils ignorent parfois. Pour peu qu'ils ne périssent pas des suites des mauvais traitements, s’ils avouent tout et n’importe quoi selon les besoins des tortionnaires, ils finiront dans le poulailler cubain de Guantanamo. Ils seront alors à nouveau questionnés et torturés sous le soleil tropical exactement. Fabuleux programme des festivités concocté par le Nouvel Ordre mondial, ce terrorisme d’état à l’échelle planétaire.

Aucun droit, aucun recours possible
La plupart des détenus de Guantanamo, oubliés du monde, tentent (et réussissent parfois) de se suicider, souffrent de maladies mentales du fait des sévices, des conditions inhumaines de détention et parfois même du fait de l’absurdité de leur situation. Beaucoup ignorent les motifs d’incarcération, ce qu’ils leur est reproché réellement du fait de la barrière de la langue et bien souvent de leur illettrisme. Difficile de lire et de comprendre les actes d’accusation rédigés en anglais, quand il y en a. Les cas d’homonymies et d’erreurs de traduction dans les rapports des services secrets ne se comptent plus, les dénonciations bidons ajoutant à la confusion ambiante. Absurdité totale, le plus jeune détenu recensé est un dangereux terroriste du haut de ses… treize ans.
Aucune ONG n’a obtenu un régulier droit de visite et les prisonniers ne disposent d’aucun recours, d’aucun droit malgré la Convention de Genève. Ils ont parqués à Guantanamo, non pas pour les bienfaits d’un séjour sous les tropiques mais pour le vide juridictionnel que représente ce morceau d’Amérique délocalisé. Les tortionnaires peuvent donc torturer en paix, le silence des pays démocratiques ne risque pas de les déranger. Une situation insupportable pourtant quand on s’intéresse au profil des supposés terroristes à électrocuter d’urgence pour extorquer des aveux d’attentats planétaires. « La plupart des prisonniers de Guantanamo sont détenus depuis plus de trois ans et demi sans chefs d'inculpation ou accès à un avocat. La majorité d'entre eux ont été capturés en Afghanistan et sont suspectés de liens avec Al Quaida ou l'ancien régime Taliban. » précise la dépêche. Les suspects sont « supposés » appartenir à l’une ou l’autre organisation. Une supposition qui mène loin...

Des paysans enrôlés par les chefs de guerre locaux
Les pauvres bougres oranges, ramassés pour la plupart en terre afghane et au Pakistan, sont en réalité, des paysans reconvertis en combattants talibans (une création de la CIA, les Talibans…), enrôlés dans une guérilla dont ils ne comprennent ni les tenants et aboutissants, parfois encore persuadés de combattre l’ennemi russe, dix ans après la retraite des troupes soviétiques. C’est dire leur profonde connaissance de la situation, l'implication idéologique et politique de ces pseudo militants alimentaires d’Al Quaida. Des paysans enrôlés par des chefs de guerre locaux soudainement plongés dans un enfer kafkaïen à des milliers de kilomètres de leurs cahutes. Pendant ce temps-là, leurs frères, sœurs et parents grelottent au pays des neigeuses montagnes. Le tremblement de terre au Pakistan a fait trois millions de sans-abris, l’hiver y est rude. Là aussi, aucune aide extérieure d’ampleur, une stigmatisation à l’échelle mondiale pour ces malheureux. Trois millions de pakistanais, soit autant de terroristes potentiels qu’il serait indécent d’aider.
Délaissés par la communauté internationale qui ferme les yeux quand cela l’arrange ou la dérange, les vacanciers cubains ont donc entamé une nouvelle grève de la faim, parfois depuis plusieurs semaines. Quitte à être des détenus fantômes, des ombres d’hommes dans ce camp dantesque, autant leur ressembler. Au nom de la défense de nos valeurs, nous cautionnons le goulag cubain qui bafoue les règles les plus élémentaires de l’humanité. Nous cautionnons par notre silence et notre absence d’indignation légitime. Quelles valeurs défendons-nous au fait ? Les tortionnaires de Guantanamo agissent pour préserver quelles valeurs ? La démocratie ?
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