L'urgence de l'Etat

Publié le par cc jung in effect

Des mesures et démesure
 
Complètement débordé par un feu qu’il a contribué à allumer, le Ministre de l’Intérieur, le champion de la sécurité, n’a pu que constater qu’au delà de ses fameux chiffres, il y avait des hommes. Des hommes et des zones en colère. L’état d’urgence décrété, une mesure disproportionnée, n’est qu’une énième réponse sécuritaire à une situation qui exigeait presque… de l’humanitaire.
 
Passons rapidement sur les sinistres plaisantins qui, dans la confusion régnante, n’ont rien trouvé de mieux que de surfer sur l’indignation ambiante pour se faire une publicité déplacée. De Eric Raoult (qui porte bien son nom) décrétant un couvre-feu dans une commune épargnée par les incidents, ce même maire exhibitionniste qui est un champion de l’anti-social. L’indécence de ces élus est sans bornes et leur clientélisme électoral une honte qui perdure. De Raoult « médiatique » A Sarkozy « gomatique » et ses énièmes dérapages, ressassant le bruit et les odeurs des allocations familiales pour masquer par des mots nauséabonds (estampillés par le Borgne qu’il prétend combattre), l’incurie de son action et de son idéologie. Et dire qu’il prétend aux plus hautes fonctions là où il semble si à son aise dans les eaux et les mots usés des bas-fonds de la politique politicienne. La nausée et un goût de cendre dans la bouche.
 
 
 

Les forces vives et l'imagination des banlieues

 
 

Soubresauts et erreurs de gouvernance

 
Passons également sur les escrocs populistes de l’extrême réclamant haut et fort l’intervention de l’armée, l’utilisation de balles réelles et la constitution de milices, soit autant de symboles d’une guerre civile qu’ils semblent tant espérer. Le fonds de commerce de la peur et de l’indignation vivote agréablement au gré des soubresauts et des erreurs de gouvernance, perpétuel gagnant à la loterie des misères des uns et de l’amertume des autres. Les charognards du débat social se nourrissent de la pourriture des rêves républicains déçus et brisés.
 
L’Etat d’urgence ? L’aveu d’un échec total. L’Etat, en ressortant son pire arsenal législatif, celui là même qui date d’un passé peu glorieux, admet son incapacité à juguler la poussée de fièvre banlieusarde, son incapacité à trouver un remède adéquat à une maladie diagnostiquée depuis si longtemps et une peur panique de cette contestation sociale qu’il a systématiquement ignoré jusque là. Les trônes vacillent, les discours et les postures se perdent dans le fracas contestataire pour apparaître tels qu'ils n'ont jamais cessé d'être, des façades en carton-pâte, du vent, du baratin de commerciaux de la politique, des échafaudages idéologiques sans assises dans le réel, des constructions sémantiques que le premier cyclone éparpille dans un déluge de poussière.
 
 
 
 

Pour un Zidane, combien d'échecs à la chaîne ?

 
 
 

Liberté-Egalité et Fraternité 

 La République  subit depuis quelque jours un recentrage douloureux mais nécessaire pour un avenir serein, dans l’intérêt de tous. Elle ne peut plus arborer sur ces frontons glorieux le triptyque de la Patrie « Liberté-Egalité et Fraternité », se revendiquer de l’Esprit des Lumières, de l’humanisme et de la Révolution et prétendre à un modèle social en laissant une partie de ses forces vives, dans la misère des lendemains sans avenir et du quotidien de l’humiliation et de la ségrégation.
 
Il faudra donner des mots aux maux, ne plus parler d’intégration de ces Français des banlieues mais de promotion et de travail, réparer cet ascenseur social qui ne fonctionne plus depuis si longtemps dans les tours, au propre comme au figuré, se regarder en face dans le miroir des diversités et admettre enfin que la République se nourrit de la nécessaire implication de tous dans la Nation. Elle est le socle d’une société, la capacité de tous à se reconnaître dans un destin commun choisi et assumé.
 
Equipe de France, symbole et cache-misère
 
Impliquer tous les citoyens, c’est d’abord comprendre que tous sont des citoyens, à part entière, différents comme autant de ruisseaux qui s’unissent dans le cours solennel de la République. Les banlieues ne sont pas des lieux où l’on pourra cacher longtemps le visage d’une France qui survit mais sait pourtant aussi gagner comme en témoigne la très multicolore équipe de France, longtemps un symbole et aussi un cache-misère.
 
Pour faire émerger un Thuram de la finance, un Zidane de l’informatique ou une Marie Joe Perec de la politique, il faudra offrir effectivement, d’urgence, autre chose qu’un ghetto racial, une déscolarisation précoce et un chômage programmé. Pas une discrimination positive qui contient en elle-même les germes destructeurs de ce qu’elle prétend guérir mais juste la possibilité d’y arriver éventuellement, comme tout le monde ou presque. C’est simple et à la fois très compliqué mais le jeu en vaut la chandelle, celle la même qui doit éclairer pour éviter, un jour, de mettre à nouveau le feu.
 
 
Liens :
 
 
Emeutes, c’est Ben Laden !
 
 
 
 
Voici 3 excellents éditos de Patrice Biancone :
Editorial politique du 07/11/2005
 
 
 
 
 
 
Banlieues : Faites vos jeux, rien ne va plus...
 
 
 
Oui, Sarkozy démission !
 
 
 
Banlieues: "le gouvernement cède à la panique", selon les Verts
 
"Dans une situation d'aggravation générale de la pauvreté, il a suffi d'une étincelle, les propos de Nicolas Sarkozy désignant les jeunes comme de la +racaille+ pour mettre le feu aux cités", ont accusé les députés Verts dans une déclaration.
"Maintenant, le gouvernement cède à la panique et donne tous les pouvoirs au ministre de l'Intérieur. Sa stratégie de la tension a réussi au-delà de toute espérance", ont-ils jugé.
 
 
Equipe de France - Lilian Thuram, "énervé", répond à Nicolas Sarkozy
 
 
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CC JuNg
 
 
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Publié dans Omegactualité

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H
Je me contente de petits commentaires quand toi développe, avec talent. Et merci pour ces liens instructifs.<br /> Tu as raison, y a du boulot à faire, et ce n'est pas nouveau. Au moins on a aujourd'hui le moyen (le blog) de s'exprimer et de croiser des gens dont on se sent proche.
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