Olmert, Carter et l'omerta

Publié le par cc jung in effect

En englobant Israël parmi les puissances disposant du feu nucléaire, le premier ministre Ehud Olmert vient de briser une loi du silence bien arrangeante pour la communauté internationale. En confirmant l’arsenal nucléaire de l’état hébreu acquis clandestinement, Olmert se met dans une situation diplomatique compliquée notamment lorsqu’il s’agit de fustiger l’ennemi iranien qui souhaite disposer également de la technologie nucléaire...civile. Outre-atlantique, c’est l’ancien président américain Jimmy Carter qui vient de faire voler en éclat le consensus local en accusant l’état hébreu de mener une politique d’apartheid à l’encontre du peuple palestinien. Tout comme le rapport Baker a fait sauter les digues mensongères érigées par l’administration Bush à propos de l’Irak. Bref, la parole se libère…
 
Toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire… En laissant entendre clairement que l’état hébreu disposait de la foudre nucléaire, le chef du gouvernement israélien, Ehud Olmert, a fait sauter un verrou, celui d’un non-dit qui perdurait depuis un long moment. Interviewé par une télévision allemande, Olmert a transgressé une doctrine stratégique israélienne, celle de l’ambiguïté qui consiste à ne pas confirmer ni démentir l’existence d’un arsenal nucléaire (lien AP). Voilà une révélation qui a fait l’effet d’une …bombe et que la presse locale a sévèrement commenté en reprochant au premier ministre une nouvelle gaffe de taille après sa calamiteuse gestion de l’épisode libanais cet été. Il s’agit là d’un secret de polichinelle, les spécialistes s’accordent même sur le fait que l’état hébreu dispose d’une puissance de feu atomique considérable que l’on situe généralement en sixième position au niveau mondial. Pourquoi donc autant de bruit pour un pétard mouillé ?
 
Les rodomontades du premier ministre arrivent à un mauvais moment comme le regrette Silvan Shalom, ex-ministre des Affaires étrangères et membre du Likoud. Il accuse le hâbleur de fournir de facto des armes « aux ennemis d'Israël, qui peuvent ainsi se demander pourquoi seul l'Iran est dans le collimateur de la communauté internationale "alors qu'Israël confirme qu'il a le même type d'armes?" (lien AP). Cette saillie menaçante d’Ehud Olmert vient rappeler au monde entier qu’Israël a clandestinement conçu son programme nucléaire militaire, une accusation qui sera peut-être utilisée un jour comme argument décisif pour attaquer l’ennemi iranien, ce qui fait plutôt mauvais genre. Les uns ont l’accord tacite de la communauté internationale pour violer les règles du jeu mais pas les autres en somme. Difficile également de vendre à l’opinion publique mondiale le credo de la « survie d’Israël » en jeu à chaque irrésistible pulsion guerrière de l’état hébreu (dernière bouffée délirante, le Liban) lorsque l’on est le seul pays de la région qui dispose du plus formidable bouclier pour se défendre, la dissuasion nucléaire…
 
Cet épisode révèle assez bien cependant toute la duplicité des discours, le jeu subtil des omissions et les impostures feutrées qui sont savamment utilisées dans ce dossier du Proche-Orient. Concernant le nucléaire et les drôles d’exclusivités fournies aux uns et refusées aux autres, on notera que les le Congrès américain vient de donner son accord pour la fourniture du nucléaire civil à l’Inde (lien Figaro) alors qu’il ferraille si durement avec l’allié israélien pour empêcher l’Iran de se doter de la même technologie. Autre détail sans doute insignifiant, l’Inde n’a pas ratifié le TNP (traité de non-prolifération nucléaire) et pour cause : ce pays a effectué son premier essai nucléaire militaire en 1974 en violant toutes les conventions internationales. Si vous ajoutez une tension permanente, une sorte de guerre larvée avec le voisin pakistanais qui prend prétexte du contentieux au Cachemire, vous obtenez un partenaire pour le business nucléaire tout à fait recommandable
 
 

 
 
« Une formidable intimidation qui réduit nos concitoyens au silence » Jimmy Carter
 
 
Un bonheur n’arrivant jamais seul, l’ancien président américain Jimmy Carter vient de jeter un pavé dans la mare en accusant Israël de pratiquer l’apartheid vis à vis des Palestiniens. C’est même le titre de l’ouvrage qu’il vient de publier (" Palestine: Peace Not Apartheid ") et qui s’arrache comme des petits pains outre-atlantique. Une prise de position courageuse qui lui a valu un véritable tir de barrages dans la presse américaine à coups d’éditos furieux et d’articles au vitriol rédigés par les nombreux et pointilleux cerbères de tout ce qui touche à Israël. C’est cette impossibilité de dire les choses, de nommer la situation et ce déni de la réalité qui a motivé celui qui s’est battu pour tenter de modifier la donne dans ce dossier (accord de Camp David). « "Je pense même que la situation est pire, dans bien des cas, que l'apartheid en Afrique du Sud", a-t-il fait valoir en allusion au régime de ségrégation raciale pratiqué dans ce pays africain jusqu'en 1990 (lien Nouvel Observateur). Il a établi un constat évident pour tout observateur objectif en ajoutant que son propre pays subit une sorte de «  formidable intimidation qui réduit nos concitoyens au silence », une omerta édictée par "des individus ou des personnes candidates à des fonctions électives mais aussi par les médias d'information".
 
Voilà une saine libération de la parole à promouvoir pour espérer un jour, réellement cautériser la plaie ouverte qui saigne depuis près de soixante années et que l’on feint pourtant de ne pas voir par complaisance et par lâcheté. Un discours qui est loin de la nauséabonde réunion de Téhéran qui se complait dans la haine et le révisionnisme (Le Monde) en donnant finalement le bâton pour se faire battre comme l’explique intelligemment un article du réseau Voltaire (lien). La république islamique persane, titillée et menacée de toutes parts, est en train de perdre la guerre des nerfs en sombrant dans la surenchère et la provocation putride.
 
A part cela ? Les Territoires occupés s’occupent à leur manière en sombrant dans une lutte fratricide attisée par la situation catastrophique qui règne dans ce confetti troué par les barbelés (liens). Dieu sait pourtant que les problèmes ne manquent pas pour les différentes factions palestiniennes et que cette surchauffe était prévisible et surtout encouragée depuis l’élection démocratique du Hamas qui ne convenait pas aux instigateurs de la… démocratie. Soit, cette même communauté internationale qui a coupé les vivres et l’aide aux Palestiniens coupables d’avoir mal…voté. « Divide et impera » (diviser pour régner) est une maxime pourtant connue par le plus profane des experts en stratégie mais cela fonctionne toujours étonnamment bien. C’est à y perdre son latin. Un peu plus loin sur la carte mais pas très loin dans l’esprit, l’Irak continue son sanglant festival. Entre les voitures piégées explosant au milieu de la foule, les braquages, les hélicoptères américains victimes récurrentes d’ « ennuis mécaniques » et les bombardements aveugles de l’aviation US en plein Bagdad ( ! ), la « démocratie forcée » dérape un peu dans le sang et les tripes (liens). Ultime péripétie qui fait figure de symbole, le porte-parole des Marines en Irak, la chef de bataillon Megan McClung, vient d’être tué dans la province d'Al Anbar. C’est donc une des figures familières des journaux télévisés US qui est définitivement sortie de l’écran (lien AP). Triste métaphore d'une communication (propagande) en voie d'évaporation.
 
 

 
 
 
Un drôle de courant d’air frais s’est glissé dans les interstices de la machinerie mensongère
 
 
 
Autre secousse, le rapport Baker sur la situation dans ce pays qui concluait vaillamment que les USA ne sont pas en train de gagner cette guerre. Une douce constatation qui fait frissonner dans les couloirs molletonnés de la Maison Blanche (lien). Ce drôle de courant d’air frais s’est glissé dans les interstices de la machinerie mensongère et il fait trembler pas mal de monde. Ce n’est pas la lecture du très cynique article de Gary Brecher intitulé « Comment vaincre en Irak » qui fera desserrer les dents du staff affairé par l’urgence (lien Voltaire) d’autant que les mauvaises nouvelles se succèdent. L’Afghanistan nappé sous les bombes furibondes de l’aviation US pour venger le 11 septembre 2001 est en train de se désagréger à vue d’œil et la situation semble difficile à rattraper pour les troupes de l’OTAN chargées de colmater les brèches impériales (lien Figaro). Le fiasco est désormais complet.
 
Une bonne information quand même pour finir ? Le projet Reach vient d’être adopté par l’Europe, une version édulcorée du projet initial mais ne nous plaignons pas trop d'un début de prise de conscience tardif (lien Libération - Reuters). Transformés petit à petit en bouillons de culture chimique et surtout industrielle, nos corps étaient arrivés à saturation comme en témoignent la hausse vertigineuse des cancers et la piètre fécondité des couples (lien AFP). Une dernière pour la route ? Il n’y a pas de dopage ou presque dans le football en dépit du calendrier démentiel des joueurs, de l’augmentation du volume de jeu et des performances (lien l’Equipe). C’est un joyeux miracle qui vient d’être décrété par la FIFA qui gère cette poule aux oeufs d’or qui court en crampons (le football mondial). Avec un budget équivalent à celui de la France, l’opaque organisme a décidé que personne ne se…shoote dans le football. Le filet est tellement bien garni…
 
 

 
 
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Comment vaincre en Irak par Gary Brecher (Voltaire)
 
 
 
 
 
 « (…) Les forces étrangères se retrouvent presque naturellement engagées directement contre l'insur­rection. Mais ces soldats, à leur arrivée bien accueillis par la population afghane lasse d'années de guerre civile, voient ce capital de sympathie s'éroder à mesure qu'ils sont impliqués dans les combats. Retranchées dans leurs bases fortifiées, les troupes de l'Otan n'en sortent qu'en convois. Par crainte des attentats suicides, nouveauté sur le théâtre afghan et qui ont déjà coûté la vie à de nombreux soldats, leurs engins à Kandahar roulent au milieu de la chaussée, et tirent au pistolet au-dessus des conducteurs qui ne se jettent pas assez vite dans le fossé. Les mêmes méthodes utilisées dans le Cantal ou la Corrèze entraîneraient sans doute tout ­aussi rapidement un soulèvement populaire qu'en Afghanistan. (…) »
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
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CC Jung
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Publié dans Omegactualité

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