Un petit flash-back impérial...

Publié le par cc jung in effect

Il y a quelques décennies, George Orwell écrivait un roman d’anticipation prophétique, « 1984 ». Bourré de trouvailles et d’intuitions visionnaires, le livre décrivait avec précision un monde déstructuré par la propagande, la paranoïa et la dissimulation. Non seulement les écrits d’ Orwell se retrouvent dans les articulations sémantiques de la fumeuse lutte anti-terroriste initiée par les USA mais la « novlangue » est devenue quasiment le langage officiel de la Maison Blanche comme en témoigne une dépêche édifiante de l’Associated Press (voir premier lien proposé). Avant de savourer ce dialecte si particulier, il convient de se demander comment a-t-on pu aboutir à cette mascarade tragique en faisant un utile retour en arrière pour comprendre comment l’Empire mensonger s’est construit sur le déni permanent du réel. Un vrai tour de magie pour un auditoire plutôt naïf...
 
Le règne finissant des néo-conservateurs du Pentagone laissera sans doute une marque plutôt infamante pour la diplomatie américaine qui aura réussi l’exploit sans précédent de s’empêtrer dans tous les dossiers, de l’Irak au Liban en passant par les Territoires occupés. Un véritable champ de ruines que les fossoyeurs imaginent pourtant « constructif » à défaut d’autre chose. On pourrait légitimement se demander comment cet aréopage de « spécialistes », de « consultants » et autres têtes pensantes a pu s’enfoncer chaque jour un peu plus dans une logique délirante en voguant allègrement d’échecs en échecs pendant si longtemps. Le précédent de la guerre du Vietnam nous donne une bonne indication, celle d’une administration tiraillée par les groupes de pression, contrainte en permanence de maquiller la réalité du terrain et d’aller toujours plus loin en espérant un retournement de situation bien improbable. Il en est de même avec nos brillants stratèges du Pentagone qui telle une armée de l’ombre soudainement éclairée, se replient furtivement comme des cloportes effarouchés depuis la défaite de leur homme de paille, George Bush.
 
Voilà des éminences grises qui se sont laissées griser par un tournant historique et stratégique majeur. Les USA avaient gagné l’interminable guerre froide contre l’ours soviétique et ils représentaient la seule et unique puissance régnante. L’heure était à la célébration de la victoire et à la collecte avide du butin aux effluves pétrolières sur fond de rupture de stock planétaire. Voilà une aubaine historique, un laissez-passer divin et une opportunité qu’il fallait saisir pour tous ces théoriciens qui prétendaient remodeler le monde sur le coin d’un bureau à Washington entre deux rendez-vous d’affaires car ces imposteurs et impasteurs, en apparence mus par des considérations mystiques et/ou tactiques, ne sont rien d’autre que des charognards avides et intéressés. L’occasion était en effet trop belle avec un président ignare et anesthésié par les inepties évangélistes, un raté à pedigree de première à qui on faisait croire qu’il avait décroché le rôle de sa vie. Une mise en condition qui avait fait merveille à l’époque avec Ronald Reagan, un acteur de série Z remarqué lors des galas d’entreprise de General Electric puis propulsé dans le bureau ovale. Une trouvaille géniale que cette marionnette photogénique incapable d’ingurgiter plus de dix lignes d’un mémorandum mais qui s’était montré zélé pour dénoncer ses collègues acteurs pendant le maccarthysme à l’époque. Le parfait pantin patriotique en somme…
 
Le fils de l’ancien président Bush, un alcoolique repenti et un pleutre porté au pouvoir par des élections notoirement truquées, allait bien vite devenir à son tour, la marionnette idéale entre les mains expertes des « princes des ténèbres » ravis de l’aubaine. Le monde se redessinait sous ses yeux ébahis et candides avec quelques cartes biffées, quelques bristols gribouillés et quelques « illuminations » messianiques susurrées par des conseillers occultes (Perle,Wolfowitz, Libby, Rove). Dieu avait un plan calqué à la couture près sur le patron dessiné par les faucons de la droite dure républicaine et ceux du Likoud israélien et George Bush l’évangéliste était « l’élu », le bras vengeur et l’instrument divin et dévoué. Autant de promesses lénifiantes qu’il s’agissait ensuite de refourguer à une opinion publique américaine malléable, en état de choc après l’anesthésie générale pratiquée lors du 11 septembre 2001…
 
 

Unité de propagande active...

 
Quel ridicule risque de déflation d’autant que le monde appartenait à l’Amérique
 
 
Le 11 septembre 2001 advint, un coup fourré, un coup du sort pour le complexe militaro-industriel, une « divine surprise » pour toutes ces entreprises du « Pentagone Inc » en panne de budgets, de raison d’exister et surtout de prospérer depuis la chute de l’Empire russe. Sans ennemi et sans menace à l’horizon, tout ce beau monde qui grouillait et engraissait depuis des décennies dans les rouages de la machine, allait perdre des milliards de dollars de commande militaire et sécuritaire. La paix a en effet un prix, celui de la mise en friche des florissantes entreprises de défense, un secteur qui ne cessait de gagner des parts de marché depuis des décennies. Quel ridicule risque de déflation d’autant que le monde appartenait à l’Amérique et que son bredouillant leader ne demandait qu’à entendre des voix amicales pour le mettre sur le bon chemin, celui prometteur d’un nouvel ordre mondial promis par son père, un vieux slogan poussiéreux ressorti des cartons de…l’Allemagne nazie.
 
En fait de Nouvel ordre mondial, le monde s’est réveillé avec un nouveau monde radical avec des ennemis neufs (les musulmans) qui ont eu le bon goût de satisfaire les desiderata des entreprises pétrolières, des fondamentalistes chrétiens (le « choc des civilisations », un électrochoc pour réveiller une multinationale chrétienne décatie) et surtout, last but not least, les intérêts d’Israël. Prétendre que les néo-conservateurs du Pentagone oeuvrent de concert avec ceux de Tel-Aviv est une évidence qui n’a même pas à être justifiée ici tellement les imbrications sont nombreuses. Parler du puissant lobby juif dans les arcanes de la Maison Blanche fait sourire les connaisseurs du monde politique américain tellement l’information…n’en est pas une. L’Irak, défait par des années de guerre contre l’Iran, affaibli par 10 années d’embargo et des dettes colossales, pourri comme un fruit trop mûr par des années de dictature sanguinaire de Saddam Hussein, allait bien vite tomber dans l’escarcelle des « néo-cons ». Ils avaient habilement détourné le courroux de l’opinion américaine à l’encontre d’Al Quaeda (création de la CIA) vers le désert irakien beaucoup plus alléchant pour les compagnies amies du président (Halliburton, KBR, Bechtel, Carlyle). Un vrai tour de passe-passe…
 
La propagande et les mensonges martelés en permanence avaient fait des merveilles, Ben Laden se dissipait comme un mirage barbu pour laisser apparaître le dictateur irakien mis au pouvoir par les USA, armé par les mêmes et les pays européens et utilisé comme un homme de main régional par tous. Comme ils le confiaient en privé, les « faucons » furent stupéfaits par la crédulité de l’opinion publique et par des sondages indiquant que les trois quart des citoyens américains étaient persuadés de l’implication directe de Saddam Hussein dans les attentats du 11 septembre, lui qui avait tant combattu les fondamentalistes musulmans, lui qui avait violemment attaqué la « révolution islamique » iranienne naissante (8 années de guerre et des millions de victimes). Un comble d’ironie. Une bonne autre moitié des Américains craignait une attaque nucléaire et bactériologique directe de la « quatrième armée » du monde, une autre énormité stratégique vendue par Dick Cheney le vice-président.
 
La réussite de ce plan de modelage de l’opinion allait donner des idées aux instigateurs du Nouvel ordre mondial : tout était désormais une question de sémantique, de mensonges répétitifs et de propagande efficace, la réalité devenait secondaire et négligeable. Trois années après la triomphale mise en scène de la victoire des USA avec un George Bush atterrissant sur un porte-avions, des banderoles victorieuses et des slogans hollywoodiens, l’Irak occupe toujours la scène principale en dépit de la campagne de communication de l’état-major pour masquer une situation en dégradation permanente. La victoire s'est envolée avec les illusions prédatrices des "faucons" au Moyen Orient, la déconfiture de Tsahal au Liban en est l'illustration la plus récente et la plus cinglante. Pas question pourtant de faire machine-arrière.
 

Nouvel Ordre mondial...

 
La propagande a officiellement décidé qu’il n’y avait pas de problèmes…
 
 
Cet exercice d’équilibriste et ces pirouettes linguistiques pour masquer le bourbier irakien allaient même créer une nouvelle discipline sémantique, une sorte de « novlangue » propre à l’administration Bush que ne renierait pas notre ministre de l’économie, Thierry Breton. Le chaos s’installe en Irak ? C’est le signe que le pays est sur la bonne voie, celle de la démocratisation et du renouveau que les « terroristes » tentent désespérément de freiner. Le nombre des GI’s tués est en nette progression ? C’est le signe que la guérilla jette ses dernières forces avant de s’effondrer… La réalité est perpétuellement remodelée, conditionnée et réorientée pour aboutir, in fine, à un déni du réel (lien AP sur le double langage). Soit, la meilleure manière de ne pas résoudre les problèmes à temps puisque la propagande a officiellement décidé qu’il n’y avait pas de problèmes… Exactement comme au Vietnam où Robert McNamara le théoricien de la guerre, ne voyait pas de problèmes majeurs dans la jungle putride mais que des solutions à trouver jusqu’à…la débandade finale et piteuse.
 
Vietnam, guerre civile, deux petits mots évocateurs à forte résonance historique pour l’Américain lambda, sont en train de faire vaciller des années de montage, de truquage et d’escamotage de la réalité en Irak, ruinant du même coup les efforts d’une propagande appliquée et massive. Il suffisait finalement de dire les choses, de les nommer et de les décrire. Il suffisait donc juste d’une petite piqûre de rappel, d’une injection de sérum de vérité et d’une dose de réel pour que les mirages s’estompent et que le mensonge permanent se dissolve comme par enchantement. La défaite électorale est  venue sanctionner cette brusque prise de conscience d’une partie de l’opinion publique qui réalise à peine à quel point elle a été menée en bateau pendant si longtemps, avec des artifices si grossiers et si évidents. Ce réveil soudain fait même frémir l’administration Bush qui craint désormais des débordements semblables aux grandes manifestations de l’époque contre la guerre du Vietnam (liens De Defensa).
  
 

Le Directeur de la communication de la...Maison Blanche

 
 
La réalité que l’on avait pris tant de soins à occulter, a fini par dépasser la fiction
 
 
 
La presse, trop longtemps complice de la formidable machinerie mensongère, redécouvre sa fonction première qui consiste…à informer et non désinformer comme en temps de guerre, cette fameuse imposture de la lutte contre le terrorisme dont ils sont devenus des complices actifs. Elle peut donc propager les nouvelles du front qui sont mauvaises et inquiétantes comme cette guerre civile déclarée en Irak depuis belle lurette et voulue par les occupants (lien AFP). Signe d’un délitement, les alliés plient bagages les uns après les autres comme après une fête promise qui a tourné au grabuge (lien Le Monde). Les avions de combats ultra sophistiqués ne font plus la différence (lien AP) et la guérilla irakienne (on est passé des « terroristes » aux « activistes » pour aboutir sémantiquement à la guérilla, enfin !) se renforce (lien Le Monde). Un autre front est devenu brûlant et enfiévré, c’est celui de l’Afghanistan comme si le piège irakien ne suffisait pas (lien Reuters). Bref, ce que les Américains effarés sont en train de découvrir comme un mauvais rêve, c’est un état voyou, carnassier, amoral, pillard et menteur : les Etats-Unis d’Amérique qui abritaient autrefois la « plus grande démocratie » du monde et qui promettaient de porter la lumière jusque dans les ténèbres comme l’illustrait la célèbre statue de la Liberté.
 
Sûrs de leur bon droit et de leur supériorité à la chute du communisme, sûrs de leur bon droit après les terribles attentats du 11 septembre 2001, nos cousins d’outre-atlantique se sentent, cinq années plus tard, soudain pris d’un immense vertige en découvrant le château de cartes truquées édifié par l’évangéliste Bush et ses impasteurs. La réalité que l’on avait pris tant de soins à occulter, a fini par dépasser la fiction et les prestigitateurs du réel sont en passe d’être démasqués. Ce deuxième tournant après le 11 septembre est peut-être paradoxalement une nouvelle chance historique et stratégique pour les USA, celle qui consistera à rectifier le tir et à redresser la démocratie dans le bon sens. Un vœu sans doute pieux puisque les « princes des ténèbres » sont toujours tapis dans l’ombre pour tirer les ficelles, plus discrètement cette fois…
 
 

 
Liens :
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 « Le maire tente d'apaiser la colère des habitants du Queens après la mort d'un jeune, abattu de 50 balles samedi. "
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
" (…) C'est le mérite de Nicolas Sarkozy, avec son énergie, de vouloir effectivement un programme de rupture, c'est-à-dire de faire ce que ni la droite ni la gauche jusqu'à maintenant n'ont fait", a dit sur Europe-1 Patrick Devedjian, député UMP des Hauts-de-Seine.
Ce proche du très probable candidat à l'investiture de l'UMP Nicolas Sarkozy a ensuite assuré que ce dernier "a profondément intériorisé sa campagne et son projet". "Il est préparé", a-t-il affirmé, "il est préparé depuis longtemps et il a réfléchi". D'ailleurs, "parfois, nous sommes impressionnés par la profondeur de la réflexion qu'il a eue", a avancé Patrick Devedjian.  »AP
 
 
 
 
 
See U
 
 
CC Jung
 
 
 
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Publié dans L'Empire du Bien

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