Gaza : les murs des lamentations

Publié le par cc jung in effect

La victoire indiscutable des Démocrates aux élections de mi-mandat aux USA est une bonne nouvelle pour la démocratie au sens large du terme et surtout un désaveu cuisant pour les faucons et vrais criminels qui tirent les ficelles à la Maison Blanche. Ils rêvaient de refaire le monde selon leurs avides intérêts, ils fantasmaient d’orgie pétrolière et de nouvel ordre impérial avant d’embourber leur absurde projet dans le réel brûlant des sables mésopotamiens. Le terminus des prétentieux se situe aujourd’hui en Irak comme il a été autrefois dans la putride jungle vietnamienne. L’Empire va donc changer de méthode d’approche et tenter d’adoucir les angles en faisant le dos rond, le temps de se refaire une santé. Mais ne nous leurrons pas, l’Empire est tentaculaire et protéiforme et il sévit encore de la pire des manières derrière les murs aveugles de la gigantesque prison à ciel ouvert de Gaza dans une indifférence générale ahurissante.
 
Insupportable. Insupportable litanie quotidienne de missiles transperçant des civils, d’obus tombés sur des maisons ensommeillées, de tirs sur une foule de femmes, d’obus sur une plage emplie de baigneurs, de mitraillage d’« activistes » présumés, de bombardements d’habitations, de destruction de villages défoncés à coups de bulldozers carnivores, d’assassinats ciblés, de voitures piégées, d’arrestations massives, de bouclages, de famine délibérée, d’arrachage de récoltes par les colons extrémistes, d’infrastructures réduites à néant, d’incarcération de membres d’un gouvernement, d’incidents délibérés avec la FINUL au Liban, de guerre au Liban, de sous-munitions en pluie d’été mortifère, d’images de Cana, de bavures à répétition, de largage d’explosifs sur des convois humanitaires, de bombardements de colonnes de réfugiés, d’utilisation de bombes au phosphore et à l’uranium appauvri. Insupportable et inadmissible comportement de l’état hébreu qui a l’outrecuidance cynique de se poser en perpétuelle victime de l’agressivité de ses « voisins » arabes. Insupportable silence de la communauté internationale, insupportable mépris des résolutions de l’ONU, des accords de paix bafoués, des feuilles de route inutiles qui ont coûté la vie à Rabin, assassiné par un extrémiste…juif. Autant de temps perdu pour accorder un répit à l’ogre régional, pour lui permettre de se goinfrer encore et toujours comme un enfant obèse et cruel devenu monstrueux de gourmandise insatiable.
 
Insupportable morgue de ce gouvernement qui vient d’intégrer l’extrême droite sans que ce pourrissement manifeste de la démocratie ne suscite le moindre commentaire, le moindre boycott et la moindre désapprobation comme cela avait été pourtant le cas pour Haider en Autriche. Insupportable carnage de la Palestine transformée en un enfer insoutenable (c’est le but), réduite à un confetti enrobé dans des barbelés et des guérites, anéantie, emmurée dans une gigantesque prison à ciel ouvert où selon l’humeur du jour, des avions font pleuvoir des missiles, des tanks canonnent pour l’exemple et des mitraillettes crépitent pour illustrer le profond désir de paix et de quiétude des pauvres israéliens luttant pour leur survie…
 
« Près des deux tiers des Palestiniens tués par l'armée israélienne dans la bande de Gaza depuis le rapt d'un soldat fin juin, sont des civils, selon un rapport publié mercredi par une organisation de Défense des droits de l'Homme. Sur 247 personnes tuées entre le 28 juin et le 27 octobre, 155 sont des civils, selon l'organisation israélo-palestinienne, Médecins pour les droits de l'Homme. Sur ces 155 victimes, 57 sont des mineurs âgés de moins de 18 ans, a précisé l'ONG. » (lien). Rien en somme qui ne mérite ce sentiment irrationnel de révolte qui anime les Palestiniens, ces enragés qui ne veulent pas déguerpir pour faire place nette en rejoignant l’immense majorité de leur peuple déjà réfugié dans le nulle part du monde. Point de lamentations sur les murs criblés de Gaza, juste du sang frais tous les jours… Et pourtant, nos colonnes d’encre sèche et noire sont pleines de vaillants bretteurs qui nous expliquent en long et en large, que les criminels sont ces barbus, des Arabes, les barbares d’en face et que les méthodes un peu agressives de l’irascible état hébreu s’expliquent par la proximité dangereuse de mouvements anti-sionistes. Les fameux « nazislamistes », le deux en un de l’argumentaire du « choc des civilisations » créé artificiellement pour masquer également l’innommable tragédie qui perdure depuis si longtemps.
 
 

Tentacules

 
Une frénétique campagne de destruction, de démolition méthodique d’un état démocratique
 
Des mouvements qui combattent Israël ? Des terroristes anti-sémites et fanatiques bien évidemment ! Le Hamas ? Il est né de l’occupation israélienne dans les Territoires occupés avec la bienveillance des faucons israéliens trop heureux d’affaiblir Arafat sur son terrain d’influence. Le durcissement de la politique israélienne envers les Palestiniens lui a offert un boulevard inespéré vers le pouvoir. Le Hezbollah ? Il est né de l’occupation du Liban par les troupes israéliennes et des nombreuses exactions qui se sont déroulées pendant l’occupation (Sabra et Chatillah notamment). Le contentieux de la Syrie et de l’état hébreu ? Il date de l’occupation par Tsahal du Golan. Dernier épisode de furie guerrière, le Liban cet été, une frénétique campagne de destruction, de démolition méthodique d’un état démocratique et de terreur à l’encontre des populations civiles. Autant de raisons pour Israël de se sentir donc agressé comme une antienne obsessionnelle dévidée à l’infini. C’est si simple finalement.
 
Les soldats prisonniers israéliens ? Le soldat Shalit ne pèse pas lourd dans la balance face aux milliers de Palestiniens qui pourrissent dans les geôles, des « activistes » dangereux qui ont parfois, à peine…treize ans. Les militaires aux mains du Hezbollah ? Cette capture répond à la séquestration d’une grande partie du gouvernement palestinien démocratiquement élu et à l’opération sanglante (« pluie d’été ») dans les Territoires occupés. Les tirs de roquettes des milices palestiniennes ? l’équivalent à peine plus viril, des petites pierres des adolescents de l’Intifada, des pétoires bricolées avec des canalisations et de la tuyauterie, sans portée, sans précision et sans réel effet puisqu’en 20 années de déluge de feu palestinien sur les colonies qui encerclent Gaza, à peine une dizaine de personnes ont été tuées. Dix de trop bien sûr mais on n’ose pas faire le décompte des civils palestiniens tombés dans un même temps tant la comparaison funèbre serait indécente et surtout, édifiante.
 
En attendant, c’est un nouveau carnage qui fait l’actualité, un parmi tellement d’autres (lien), une « erreur technique » a tenu à précisé Ehud Olmert (lien), une erreur mécanique et froide, déshumanisée comme un bouton que l’on appuie, juste un chiffre, une formule mécaniste, rien, une erreur technique, un petit bug insignifiant. Tout comme les journalières violations de l’espace aérien du Liban par l’aviation, un jeu qui dure depuis des décennies en toute illégalité même si la notion de respect des conventions internationales est une plaisanterie vu du côté hébreu. Un peu d’intimidation pour envoyer un signal à la FINUL comme le missile tiré sur une caserne pendant l’épisode libanais, six soldats de la paix pulvérisés pour l'exemple. Des F15 qui plongent en position d’attaque sur le contingent français, histoire de chercher la bavure, de tester les nerfs de ces soldats étrangers qui ont la prétention de gêner l’enfant turbulent dans sa cour de récréation et de l’empêcher de détruire ses jouets comme il l’entend (liens). Protestations, convocation de l’ambassadeur, ballet diplomatique et gesticulations médiatiques pour faire semblant de gronder le capricieux. Du vent.
 
Et les choses ne devraient pas beaucoup évoluer dans la région en dépit de la large victoire des Démocrates aux Mid-terms (lien), juste un adoucissement des positions et un peu moins d’arrogance et de cynisme. L’Empire a mis un genou à terre pour souffler un peu et soigner cette vilaine blessure contractée dans le désert irakien mais il ne s’agit que d’un repos forcé, histoire de se requinquer et de se forger un nouvel appétit. Rumsfeld s’efface (lien) comme un tour de passe-passe, un zapping ministériel furtif et un relookage cosmétique et politique. Il personnifiait trop le visage de la défaite, l’arrogance des mauvais perdants et la médiocrité profonde des néo-cons imbus de leur suffisance et nimbés d’une ignorance terrifiante. Oublions le fait que les Démocrates approuvaient la campagne irakienne avant qu’elle ne se transforme en cauchemar poisseux.
 
Mauvaise passe donc pour l’Empire qui serre les dents, Blair s’enfonce dans une fin de mandat crépusculaire (lien), les alliés de Tel-Aviv s’agitent entre les scandales de prévarication et d’attouchements sexuels tout en baisant la bouche putride de l’extrême droite raciste, le Pakistan fait machine arrière et copain-copain avec les Talibans et Al Quaeda, l’Afghanistan s’enfonce également dans le chaos tandis que l’Irak continue de filer vers l’enfer joyeusement. Sacré bilan pour les partisans du « chaos constructif » qui n’ont rien construit mais pour ce qui concerne la destruction, on a effectivement affaire à des champions.
 
« Ce que nous voyons ici, d’une certaine manière, c’est le commencement, les contractions de la naissance d’un nouveau Moyen-Orient » affirmait gaillardement la sage femme en tailleur, Condoleezza Rice, au moment même où l’aviation israélienne rasait des quartiers entiers au Liban, c’était le 26 juillet 2006. En fait de « nouveau Moyen-Orient » enfanté dans la douleur, nos faucons aux serres acérées ont extirpé le maigre espoir d’un règlement pacifique dans la région pour ne laisser effectivement que les plaintes, la douleur et le sang. Un peu comme l’Empire qui devait rayonner par le glaive et la puissance, le nouveau Moyen Orient est mort-né comme toute créature informe, hideuse et non-désirée.
 
 

Les mailles du piège

 
« On mesure que les Américains se sont trompés de cible : la menace ne venait pas de l’Irak mais de son voisin perse » Dominique Strauss Khan
 
A part cela, Ségolène Royal qui sort de la course d’obstacles sans trop de bobos, à peine décoiffée. Sa récente saillie sur l’Iran dénote d’une vision parfois intrépide mais elle a le mérite d’assumer son opinion (lien AP). Les cris d’orfraie de Dominique Strauss Khan à ce propos, sonnent étrangement comme un envol de sarcelles apeurées par tant d’audace...publique. Le candidat si choqué par les propos tranchés de sa concurrente à propos du dossier iranien, oublie de dire sa très grande proximité avec les dirigeants actuels de l’état hébreu qui tiennent un discours nettement plus outrancier que l’égérie socialiste.
 
Il est utile de reproduire des extraits de l’interview qu’il a accordé à la revue « Le Meilleur des mondes » (lien Voltaire) : « La politique qui est aujourd’hui conduite en Iran sous la houlette d’Ahmadinejad comporte de nombreuses expressions du totalitarisme qui, en tant que telles, doivent être combattues ; À ce propos, c’est pour moi une grave erreur d’avoir prétendu, comme l’ont fait Jacques Chirac et son ministre des Affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy, que l’Iran jouait « un rôle stabilisateur » dans la région. Cela entraîne une confusion sur la nature réelle de ce qu’est le régime iranien actuel. Cela revient à envoyer un message erroné à un pays qui use largement de sa capacité de nuisance – on le voit au Liban via le Hezbollah, en Irak ou avec le chantage nucléaire qu’il cherche à exercer. (…) « Cela ne me gêne pas de considérer le régime iranien, ou d’autres régimes politiques du Moyen-Orient, comme des totalitarismes ».(…). « On mesure que les Américains se sont trompés de cible : la menace ne venait pas de l’Irak mais de son voisin perse ». Ségolène que l’on accuse d’avoir mis les pieds dans le plat en pataugeant dans le délicat contentieux sur le nucléaire iranien, apparaît nettement plus…diplomate en n’étalant pas comme le fait si complaisamment son contradicteur, son évident parti-pris. Il y a des alliances insoupçonnées que l’on préfère ne pas trop mettre en avant, pour l’instant…
 

 
 
Liens :
 
 
 
 
 
 
France-Israël : la querelle des F-15 (Libération – Reuters)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
See U
 
 
CC Jung
Publicité

Publié dans Omegactualité

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article