Le retour sur terre de Lionel Jospin
Lionel Jospin vient de jeter l’éponge comme un boxeur sonné...bien avant le premier round. Lui qui s’imaginait incarner l’homme providentiel surgi des limbes… Ce candidat en moins à gauche ressemble à une véritable éclaircie pour Ségolène Royal, confortée par de bons sondages et des ralliements de choix. Les choses commencent enfin à se préciser, il était temps.
L’histoire n’en finit plus de se répéter. Une nouvelle fois, Lionel Jospin a fait une apparition pour mieux…disparaître. Celui qui s’était retiré de la vie politique après la défaite électorale de 2002 avant de revenir sur le devant de la scène en pensant sans doute que le temps politique s’était figé depuis sa retraite relative, vient de repartir en coulisses (lien). Le suspens sur son éventuel retour, au cas où…, devait sans doute entretenir un « buzz » médiatique et provoquer un mouvement enthousiaste parmi les militants socialistes mais l’effet escompté s’est révélé un pétard mouillé et l’homme « providentiel » s’est donc retiré de la course. Ses valses hésitations, son sempiternel ton professoral et sa raideur n’ont pas plus séduit les Français qu’il y a quatre années alors qu’il pouvait s’enorgueillir d’une bonne gouvernance comme outil de séduction par défaut.
Il était temps en effet de se retirer comme un amoureux éconduit mais digne parce que les lamentations, les sollicitations et les discours allusifs commençaient à prendre une tournure pathétique. On se demande encore dans quel monde vit la cour du candidat mort-né, celle-là même qui l’a poussé sur le devant de la scène en lui faisant miroiter un triomphe là où il n’a jamais dépassé l’épreuve du radio-crochet. Par orgueil sans doute, Lionel Jospin n’a voulu admettre l’évidence Segolène, le Pygmalion acceptant difficilement que l’élève surpasse le maître bien que les règles du jeu politique aient basculé dans la forme plutôt que le fonds entre-temps. Mme Royal est peut-être une icône brillante auréolée de tous les fantasmes électoraux de l’opinion publique et elle sonne comme une cloche lorsque l’on tâte le Bouddha filiforme mais les temps changent. L’ère du paraître a définitivement supplanté le vécu, la patine de l’expérience et le poids des ans. Les sondages résonnent sans doute durement aux oreilles du candidat daté, les chiffres sont une mécanique froide et implacable qui donnent la candidate Royal gagnante dans la course présidentielle, pour le moment (Lien). Que demande le peuple de gauche sinon la victoire ?

Une propagande agressive et omniprésente
Signe d’un basculement du lourd appareil du parti socialiste, les ralliements se multiplient, le dernier en date étant celui du cacique, Pierre Mauroy (lien). Quand au candidat frénétique de l’UMP, celui que l’on a vu en boubou sénégalais pour mettre un voile sur les pratiques d’autres uniformes plus bleutés, il devrait méditer l’article de Raphaëlle Bacqué (« La saturation médiatique », lien le Monde). Plutôt que de polluer systématiquement le quotidien des Français par le biais d'une propagande agressive et omniprésente, le petit ami de Bush devrait laisser un peu souffler les futurs électeurs qui ont sans doute déjà l’impression que l’agité s’excite depuis si longtemps. En fait, trente années de vie politique, de trahisons multiples, combien de maroquins ministériels mais chut : notre candidat de l’UMP représente le renouveau de la rupture…
Que retenir d’autre dans l’actualité ? L’Afghanistan qui s’enfonce dans un chaos similaire à l’Irak comme une malédiction inéluctable qui toucherait tous les ambitieux projets de l’Empereur, il manie le mensonge et la dissimulation depuis si longtemps qu’il a fini par imaginer le monde, par le réinventer en ignorant une réalité délétère (liens). Il convient également de garder à l’esprit que la fin de l’horreur libanaise n’a pas mis fin à l’opération « pluie d’été » de Tsahal et que la situation dans les Territoires occupés est un long cri de souffrance qui dure depuis trop longtemps (liens). L’état d’Israël garde toujours dans ses geôles une grande partie du gouvernement palestinien démocratiquement élu et ce terrorisme d’état, cette démesure du plus fort, ne semblent pas émouvoir la communauté internationale plus que cela. Le spectacle de la souffrance du peuple Palestinien fait désormais partie du décor et des mauvaises habitudes prises, hélas.
Que dire également de cet Irak que Bush prétend en voie de rémission là où les chiffres, les dépêches et tant de signes nous disent que la situation se dégrade à vue d’œil (liens). Refuser d'admettre cette énorme erreur historique de la part de l’évangéliste pétrolier est déjà le symbole flagrant d'une cécité alarmante, l'or noir lui barbouille sans doute la vue... Ne parlons d'ailleurs pas trop d’avenir et de long terme tant les nouvelles s’annoncent inquiétantes, de la dégradation du climat à la poussée de d’extrême droite partout en Europe (liens). La bêtise, le racisme, la stigmatisation et le corollaire politique du populisme sont sans cesse à la hausse sans que cette inflation malsaine ne choque personne. C’est peut-être cela le plus grave dans cette litanie de mauvaises nouvelles, notre incapacité à réagir et notre fatalisme convenable en voyant poindre pourtant le pire.

Liens :
Pierre Mauroy salue Lionel Jospin et soutient Ségolène Royal (Libération – Reuters)
En sept mois, 250.000 Irakiens ont fui leur maison (Libération – Reuters)
Nouvelles poussées de fièvre raciste dans les stades de football en Europe (AFP Journal Internet)
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CC Jung
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