Notre Néo-cons à nous...

Publié le par cc jung in effect

Après l’épisode des pâles « stars » pendant les journées UMP à Marseille, le candidat Nicolas Sarkozy vient de s’envoler pour le pays de la bannière étoilée où il sera sans doute accueilli comme le meilleur des amis par l’administration Bush. Juste avant de franchir l’Atlantique, il s’est félicité de sa politique en matière d’immigration en fustigeant les contre-exemples espagnol et italien.
 
Flop. C’est ainsi que l’on pourrait qualifier la récente mise en scène de Nicolas Sarkozy aux journées de l’UMP avec en guest stars, Johnny et Doc Gyneco. Outre la manipulation outrancière de symboles (le rappeur et le rocker, le blanc et le noir exhibés pour le « bon peuple » que l’on suppose niais), cette idée saugrenue et farfelue a eu du mal à passer auprès des syndicats de police qui n’ont pas oublié les refrains limpides du Ministère amer (dont faisait partie Doc Gynéco), de « Sacrifions le poulet » ( ! ) à « Brigitte, femme de flic ». Idem pour les caciques du parti à la gloire de l’Empereur, un peu gênés aux entournures par cette politique du spectacle à moins que ce ne soit le spectacle de la politique qui les mettent mal à l’aise. Il faut dire que l’attelage populiste, loin d’avoir le clinquant d’un char de parade, sentait la naphtaline, l’erreur de casting et l’outrance démagogique. Comme un avant-goût du fumet berlusconien qui nous pend au nez en cas d’élections triomphales de l’Empereur de pacotille et de strass.
 
Mais, c’est surtout outre-atlantique que notre homme de convictions (qui a soigneusement trahi tous ses mentors successifs) puise son inspiration débordante. Le culte de la personnalité, les comités de soutien braillards, les paillettes et les affiches, les figurants plus que démonstratifs, bref, le too much typiquement américain sert de modèle de modernité et d’exemple de marketing politique agressif à notre héros vaillant. Avant de voler vers cette Amérique qu’il admire pour son bon goût légendaire et son organisation de société qui ressemble à un rêve éveillé du MEDEF, il s’est fendu d’une énième déclaration, profitant comme toujours de chaque brèche que lui offre l’actualité. Il a surfé sur les déboires côtiers de l’Espagne et de l’Italie pour prêcher pour sa paroisse de convertis en affirmant que ces deux pays « payaient » leur volonté politique de régularisation des sans-papiers (lien). Outre le procédé un peu cavalier, notre cher donneur de leçon caricature les problèmes comme les solutions.
 
 

La forteresse Europe, en levant les ponts-levis et en multipliant les douves administratives, n’a pas réussi à tarir le flot de ces malheureux
 
Le véritable « appel d’air » que constituent les côtes espagnoles et italiennes est la conséquence logique d’un net durcissement des lois relatives à l’immigration, de la complexité des procédures de régularisation et surtout d’une raréfaction de l’aide aux pays africains confrontés à une déliquescence généralisée de l’état en tant qu’entité directrice et fondation. Un coup d’œil sur une carte nous rappelle une commode évidence que Nicolas Sarkozy préfère occulter : la proximité et l’accessibilité de ces deux pays à quelques miles du continent noir. Si l’Hexagone est épargné par ces terribles naufrages de la misère, ce n’est pas grâce à la fermeté de notre ministre de l’Intérieur mais du fait que notre pays se situe bien trop loin du rayon d’action de ses frêles embarcations de clandestins. La forteresse Europe, en levant les ponts-levis et en multipliant les douves administratives, n’a pas réussi à tarir le flot de ces malheureux à qui l’on reproche finalement un espoir insensé, celui de vouloir une vie meilleure en risquant la leur au passage (lien).
 
Laissée à l’abandon, livrée à l’incurie de dirigeants politiques bien plus préoccupés par la prévarication que l’action et le développement, une partie de l’Afrique sombre dans une désespérance suffocante. C’est toute une génération de jeunes africains qui est sacrifiée du fait du choix dramatique des grandes puissances, celui de maintenir les dictateurs dinosaures au pouvoir, de tarir l’aide au développement tout en fermant les portes pour n’offrir aucune alternative au mouroir. Mais pour en revenir à notre joyeux futur Empereur à talonnettes, il entame une tournée aux USA en ce moment où il devrait se sentir à son aise puisque l’administration Bush le considère comme le plus fidèle allié localement. Très discret sur le soutien sans faille du gang de New York au candidat qui semble le mieux représenter leur courant néo-cons en France, le président de l’UMP a cru bon de préciser quand même sa pensée avant sa triomphale virée outre-atlantique. Il indique qu’il n’est pas « un admirateur aveugle » des USA (lien), ce qui laisse supposer qu’il admire quand même cette Amérique qui peut apparaître démente à bien des égards depuis l’investiture du pantin Bush. Là où il trahit son aveuglement justement, c’est en déclarant que "tout observateur de bonne foi devrait considérer" que le bilan économique, politique et démocratique des Etats-Unis "n'est pas honteux".
 
 

 
Voir un modèle idéal dans cette société gangrenée par les lobbies, la manipulation et la démagogie galopante
 
Le bilan économique honorable, cela passe encore et le pillage de l’Irak combiné à la hausse du cours du pétrole est sans doute pour quelque chose dans la relative santé de l’économie US mais affirmer que le bilan politique et démocratique « n'est pas honteux » devrait faire sursauter plus d’un commentateur.Taxer de bonne conduite l’administration Bush en matière de politique et de démocratie laisse rêveur. De la guerre d’Irak, des scandales d’Abou Graïb et de Guantanamo, du mensonge permanent érigé en communication politique à l’incurie des autorités pendant l’épisode Katrina en passant par une restriction des libertés sans précédent (« Patriot act ») dans l’auto-proclamée plus grande démocratie du monde, il y a en effet de quoi adresser plus d’un carton rouge à ces imposteurs doublés de comploteurs acharnés. Mais Nicolas Sarkozy n’y voit là que du bon et sans doute un modèle idéal dans cette société gangrenée par les lobbies, la manipulation et la démagogie galopante. Une hérésie démocratique à mettre d’urgence en place sous nos latitudes. Autant de petits indices plus que troublants que la presse oublie de traiter à quelques mois d’échéances plus que cruciales pour l’avenir de ce pays.
 
Il est vrai que les fondations sont déjà solidement implantées et la nomination de Laurent Le Mesle, au poste de procureur général de Paris est un symbole immédiat qui en dit long ( lien). Ancien conseiller juridique de Jacques Chirac, il devrait être chargé de rouvrir le dossier judiciaire « Chirac et la Mairie de Paris» au terme de son mandat… Le départ des fines plumes de Libération (lien), l’espionnage systématique de ces relais d’opinion (lien) quand ce n’est pas de la pure intimidation, parlent plus que mille mots sur un courant de fond qui agite l’Europe dans la foulée des USA. Comme une sorte de « dictature molle » à peine déguisée avec les flonflons de la communication et du « terrorisme » qui n’attend qu’une chose pour parfaire son accomplissement ici, un long et lent dérèglement du sens des citoyens français qui plébiscitent cette parodie de démocratie à venir et cette vraie République de paillettes qu’ils moquaient pourtant dans l’Italie voisine. La variante française avec la matraque en plus, devrait rapidement les convaincre qu’ils se sont, encore une fois, faits délicieusement berner.
 

 

 

 

 

 

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CC Jung
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Publié dans Omegactualité

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