Le "chaos constructif" est un peu k.o

Publié le par cc jung in effect

La vie reprend doucement au Liban même si la paix ressemble à bien des égards, à une fragile trêve. La cessation des combats n’empêche pas les règlements de comptes d’autant que les langues commencent à se délier. Encore une fois, le journaliste Seymour Hersh a fait fort en publiant de fracassantes révélations sur le plan concocté par les démiurges du Pentagone. Il s’agit bien évidemment d’une manœuvre aussi brillante que celle qui a conduit l’Irak dans un « chaos constructif » que les autochtones ne cessent de louer chaque jour. L’actualité du monde sous les projecteurs du vaisseau Omegalpha.
 
Il y a quelque chose de pathétique et de réconfortant à la vue de ce flot ininterrompu de réfugiés libanais regagnant les ruines de leurs maisons, irriguant à nouveau le pays de leurs véhicules brinquebalants. Le spectacle grouillant de ces milliers de voitures toutes hérissées des maigres biens sauvés à la va-vite, l’embouteillage bruyant et ces gestes de triste victoire réconfortent l’idée d’un Liban renaissant de ses cendres, encore une fois. Pathétique également le spectacle lunaire de ces quartiers entiers hachés par les bombes, ce décor de chaos et de fureur et cette impression diffuse d’un gigantesque gâchis. C’est sans doute le même sentiment ambivalent qui prédomine de l’autre côté de la frontière où les Israéliens peuvent désormais regagner leurs habitations sans que plane la menace d’une roquette meurtrière. Tout ça pour ça…
 
Amère ironie, le gouvernement d’Ehud Olmert semble désormais prêt à négocier un échange de prisonniers entre le Hezbollah et Tsahal, soit exactement ce que réclamait la milice radicale avant tout ce chambardement (lien). Il ne faut pas se leurrer pourtant sur les réelles motivations des uns et des autres dans ce conflit en cherchant indéfiniment qui de l’œuf ou la poule pour définir l’échelle des responsabilités. Le Hezbollah n’a pas construit patiemment tout un maillage de caches et de bunkers pour en faire des boites de nuit souterraines et insonorisées. De la même manière, Tsahal n’a pas pu déclencher cette gigantesque campagne en réaction. La préméditation est devenue au fur et à mesure du déroulement des opérations, une évidence. C’est bien ce que nous confirme Seymour Hersh dans le New Yorker (lien Bellaciao), un journaliste à la flatteuse réputation. On lui doit quand même les révélations sur les fausses ADM pour justifier la campagne irakienne, celles relatives au scandale de la prison d'Abu Ghraib et surtout la révélation du massacre de My Lai pendant la guerre du Vietnam, excusez du peu. Le site très peu politiquement correct De Defensa commente les différentes révélations de ce brillant fouineur dans plusieurs articles en disséquant minutieusement ses propos et ce qu’ils impliquent. Le tout, avec une piquante ironie (liens).
 
Seymour Hersh nous apprend donc que le déchaînement de violence et de destruction dans les premiers jours de l’attaque israélienne avait un but précis, celui de retourner la population contre le Hezbollah. En suscitant l’effroi et la crainte, en saccageant le pays et ses infrastructures, les brillants psychologues du chaos pensaient créer un choc psychologique de taille à fracturer la fragile société libanaise. « Il s’agit d’une extraordinaire plongée dans la capacité d’analyse de la psychologie humaine des bureaucraties, dans ce que l’intelligence froide et la raison dépourvue de bon sens peuvent donner d’absolue stupidité, — avec, au bout du compte, la cruauté par inadvertance et le fondement d’une "barbarie en col blanc" sans précédent ni équivalent. » (De Defensa). Cette avalanche de bombes et cette disproportion dans la réaction de Tsahal a, au contraire, plus que jamais soudé tout un pays derrière une milice qui semblait la seule capable de s’opposer à la furie en cours. Terrible erreur.
 
 

 
Si l’ option militaire contre les installations nucléaires de l’Iran était retenue…
 
Autre information de taille, les néo-cons du Pentagone ont incité le gouvernement d’Olmert à mettre en route un plan établi depuis plus d’une année au moins pour accomplir des desseins régionaux. « La Maison Blanche était davantage concentrée sur le fait de priver le Hezbollah de ses missiles, parce que, si l’ option militaire contre les installations nucléaires de l’Iran était retenue, il fallait se débarrasser des armes que Hezbollah pourrait utiliser pour de possibles représailles contre Israël » révèle encore Seymour Hersh (lien Bellaciao). Comme on le devinait, on est très loin de la supposée riposte à la capture de deux soldats et aux 8 soldats tués dans l’affrontement. Il s’agit de démarrer la fameuse parturition douloureuse du nouveau Moyen-Orient (selon les mots de Condoleeza Rice) qui commence comme tout chantier, par la démolition des fondations…
 
Les architectes qui prétendent décider à la place des populations quel pays doit être démembré, quel nation doit être déstabilisée, quel régime à abattre, quel parti peut prendre part au processus démocratique et qui a le privilège ou non de devenir la prochaine cible d’un « assassinat ciblé », ont donc voulu poser la première pierre en démolissant le Liban. Mais les premières pelletées du chantier buttent déjà sur un bloc caillouteux, le Hezbollah, un mauvais signe. Le pays du Cèdre n’aura pas la chance de connaître le sort envieux de l’éclatant chantier précédent, l’Irak. Mais, ce qu’il y a de pire dans cette mise en œuvre ratée, c’est qu’elle aura surtout servi à mettre en lumière les faiblesses de l’entrepreneur local, Israël. Comme le souligne Réda Benkirane dans un remarquable article du Monde (lien), cet épisode tragique a servi de dévoilement de la faiblesse de l’état hébreu qu’il met en parallèle avec sa toute puissance militaire sans équivalent dans la région. Il y a là en effet, une « démesure et une impuissance » criantes.
 
Cette épopée hasardeuse est paradoxalement une chance pour l’état hébreu en le préservant de l’amateurisme « messianique » de son plus fidèle « ami », les USA. Pour toute politique d’envergure menée dans cette région instable et dangereuse, il convient de prendre mille précautions et de parfaitement maîtriser son sujet. Lorsque l’on comprend qu’il est ici question de réaliser, entre autre, le délirant projet de fin du monde d’évangélistes déments (lien Voltaire), il y a de quoi s’effrayer en imaginant une autre issue à cette guerre atypique. Une nette victoire de Tsahal aurait signifié le début d’un engrenage, le commencement d’un projet fou entrepris par des illuminés extrêmement toxiques pour la paix du monde.
 
 

 
Un hommage ambiguë à la candidature éventuelle de Ségolène Royale
 
A part cela ? Deux journalistes de Fox ont été enlevés à Gaza, une manière de rappeler au monde que la violence ne se limitait pas au seul Liban (lien). Les hommes de presse sont devenus les proies favorites des terroristes, des mafieux et des pouvoirs politiques comme en témoignent les pseudo-procès intentés dans plusieurs pays africains. C’est le signe indéniable que la liberté progresse à grands pas dans le monde de l’Empire. Que dire de cette proposition britannique de contrôle des passagers selon des critères ethniques (lien) ? De quoi renforcer la cohésion nationale en stigmatisant une partie de la population sans doute, on connaît… Mais plus sûrement de quoi secréter des poisons encore plus virulents, l’exclusion et le communautarisme, ces réservoirs de frustration où puisent allègrement les…recruteurs de réseaux terroristes.
 
A peine le spectacle de l’Euro 2006 d'athlétisme achevé que déjà les lourds soupçons ternissent tous les exploits passés, la seringue est devenue la plus forte des motivations sportives (lien). Il y a également quelque chose de fort déplaisant dans la visite du premier ministre japonais à Yasukuni, un mausolée patriotique qui abrite de nombreuses dépouilles mais surtout celles de criminels de guerre coupables de terribles atrocités à l’encontre des Chinois et des Coréens (lien). Et chez nous ? Il y a la très respectée Christiane Taubira, députée PRG, qui rend un hommage ambiguë à la candidature éventuelle de Ségolène Royale (lien). Et puis il y a Sarkozy et son compère Karlsfeld qui s’occupent activement des futurs petits sauvageons crépus et bridés. Tout ce qu’il faut faire pour s’attirer les faveurs du nec plus ultra de l’électorat, celui que nous envie le monde entier (lien). Ils ne méritent pas une ligne de plus.
 
 

 
Liens :
 
 
Le rendez-vous de la fin de l'été (commentaires relatifs aux révélations de Seymour Hersh – De Defensa)
 
LE DÉSERT DE CADAVRES PRIS AU PIÈGE TÉMOIGNE DE L'ÉCHEC D'ISRAËL (R Frisk, The Independent, mise en ligne de « Questions critiques)
 
 
 
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CC Jung
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Publié dans Omegactualité

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