Immigration jetable
et discours rasoirs
Immigration, immigrés, tolérance zéro, expulsions, reconduite aux frontières, durcissement des conditions d’entrée, charters, extrême droite, délinquance, autant de mots en vogue que les professionnels de la politique agitent comme un remède miracle à la crise, autant de concepts que l’on utilise pour faire une pâle diversion, autant d’idées rances que l’on souffle de moins en moins en sourdine pour faire oublier le reste. Le pire, c’est que cela fonctionne… Les politiques se gardent bien pourtant de pousser le raisonnement jusqu’à son inévitable conclusion.
C’est une des plus vieilles recettes de la politique, la pratique du bouc-émissaire et elle est devenue l’unique argumentaire des nouveaux conquérants de la politique en Europe, les populistes. Il faut dire que cette manipulation de base a tellement d’avantages que les marionnettistes de nos laides pulsions auraient tort de s’en priver. C’est tellement simple de dire que tout est de la faute de l’autre, de cet étranger à qui l’on prête tous nos fantasmes, nos peurs et notre aigreur sociétale. Cela évite de se remettre en question, d’aller au fond des choses et des débats et de penser même. C’est tellement simple d’oublier l’histoire, la géographie, l’économie et la sociologie qui expliquent les flux migratoires, les fluctuations de la démographie et le brassage permanent qui s’opère dans toutes les nations pour affirmer que le souci principal de nos sociétés « développées » est l’immigration, ce remodelage immémorial des populations humaines. C’est un mot et un concept qui ne veulent rien dire en tant que tels tant la réalité est complexe mais cette chimère déborde de tout ce que l’on veut bien y mettre.
C’est également une de plus anciennes entourloupes de la politique que l’exercice de la démagogie. Diviser pour régner pour éviter que tous les insatisfaits ne chassent les imposteurs à l’unisson. Prétendre que l’immigration et son contrôle sont de nature à régler la fumeuse « crise » est un fantasme majeur qui évite la vraie réflexion sur la compétence réelle de ceux qui nous gouvernent, qui empêche de s’interroger sur ce malaise persistant que chacun des acteurs politiques fait perdurer depuis si longtemps et sur tous les déséquilibres flagrants de nos sociétés.
C’est un débat nécessaire, pas plus pas moins que celui des énergies, de la place des handicapés dans nos sociétés ou que la conquête spatiale. Parler d’une immigration zéro ou choisie est une absurdité totale et une imposture de plus à mettre au crédit de notre champion de l’effet d’annonces. Ce qu’il y a de pire d’ailleurs dans l’idée d’immigration sélective, c’est ce vol manifeste de matière grise des pays du Tiers monde à qui l’on prélève goulûment déjà l’ensemble de ses richesses naturelles en faisant tenir, vaille que vaille, des roitelets complaisants et corrompus qui affament la population en laissant nos grandes multinationales occidentales se servir. Après le pillage des matières premières, notre candidat démagogue voudrait également dérober les cerveaux de ces pays exsangues pour ne rien leur laisser qu’un plus grand désespoir, un vide total et une rare élite intellectuelle...volatilisée.

Le propre de tous les ghettos dans le monde entier, la délinquance…
Parler de délinquance par exemple, en y associant systématiquement le thème de l’immigration est également une stigmatisation redoutable qui vise à désigner des coupables préfabriqués dans les ghettos de l’exclusion, du chômage et de la discrimination. Bien évidemment nos prisons de béton périphériques à ciel ouvert sont des zones de turbulences où le chômage règne comme une norme, l’ennui traîne comme une désespérance et la misère a bien du mal à se cacher. La faute à qui ? Allons au fond du problème. Quelle couche de la population soumise à autant de contraintes, de frustrations économiques et de non-avenir ne céderait pas au sirène d’une sous-économie de la subsistance ? C’est le propre de tous les ghettos dans le monde entier. Au même vide béant que notre société choisit d’ignorer ou d’exiler à la marge des grandes cités, répondent les mêmes comportements, les mêmes dérives et les mêmes déclinaisons délinquantes.
Nous avons nos pauvres ? La répression accrue et le délire sécuritaire visent à mettre un pansement sur une jambe de bois parce qu’elle ne règle en rien le dysfonctionnement à la source du mécanisme. Une fois les prisons engorgées, débordantes de cette injustice sociale, que faire de plus pour que les gueux et les miséreux de notre temps moderne acceptent de crever en silence et dignement dans nos banlieues ? Mettre un couvercle de plus à la marmite, tenter de la sceller par la peur et la matraque jusqu’à la prochaine explosion de la cocotte-minute, en plus fort, en plus violent et en plus sauvage parce que la pression aura eu le temps de bien monter… C’est le système qui génère son poison.
Pourquoi ne pas dire aussi aux Français que l’immigration sauvage est surtout un émanation de notre civilisation qui est née et qui persistera tant que le déséquilibre des richesses sera aussi éhonté. Comment peut-on imaginer que 5 % de la population détienne 95 % des richesses sans que cette hérésie de la distribution du bien économique ne provoque des réactions, des poussées profondes et des débordements ? Peut-on raisonnablement imaginer qu’un continent africain aux ressources naturelles immenses croupisse dans la misère absolue, la faim, la soif, le Sida, les guerres civiles, le chômage endémique et la corruption de ses élites sans réagir alors que la moitié de cette population globale à moins de 25 ans ? Cette jeunesse africaine bouillonnante qui aspire comme chacun de nous à l’élévation et le progrès, peut-elle se contenter de subir fléau sur fléau, guerre sur guerre, famine sur famine sans vouloir échapper à cette destinée de l’horreur. Peut-on envisager de vivre en enfer jusqu’à ce que mort s’ensuive ?

Remplacer les chiffres abstraits par des hommes et des femmes
Qui accepterait comme seule perspective, la dictature qui veille à ce que rien ne bouge, le non-emploi, l’absence de la moindre solution d’avenir, le spectre de la maladie mortelle alors qu’il aperçoit de l’autre côté de la barrière, la profusion des richesses, le mirage de l’opulence véhiculé par les programmes de propagande occidentale que vomissent également leur télévision locale, et que le monde se gargarise de la mondialisation et du fameux village global ? Le monde est ouvert, mon œil…
Quel scandale au moment où l’on commémore enfin l’esclavage de lire chaque jour le récit de ces jeunes noirs entassés dans des embarcations de fortune, à la merci de la moindre avarie, de la moindre embrouille du passeur et de l’erreur de navigation. L’histoire de ce bateau fantôme retrouvé à des milliers de kilomètres de sa destination, empli de momies desséchées et silencieuses est terrifiante et dit beaucoup plus de choses que les formules toutes faites pour le prêt à penser simpliste (lien). Terrible ironie de l’histoire pour ces aventuriers de l’impossible, les voilà qui s’empilent dans des bateaux mouroirs sans la menace du fouet et sans les chaînes de fer pour venir s’échouer sur nos côtes où les barbelés leur souhaitent une bienvenue toute hospitalière. Avant on les battait durement pour qu’ils grimpent dans les bateaux…les voilà qui se battent à présent pour s’agglutiner dans des coquilles délabrées. Quelle remarquable évolution de notre société. Non ?
Bien sûr, la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde, il y a déjà tant de prétendants locaux à la désespérance mais elle ne pourra se faire l’économie d’une vraie réflexion comme tous les pays européens du fait d’une proximité immédiate avec l’Afrique noire et le Maghreb. Le vieillissement de nos populations, la baisse de la fécondité (qui menace notre système de retraite) et le manque de main d’œuvre dans certaines branches de métier sont une réalité et une source d’inquiétude à moyen terme. Ce qu’il y a de plus urgent par contre, c’est de remplacer les chiffres abstraits par des hommes et des femmes, de tenter de combler le fossé immense qui sépare les deux continents plutôt que d’en faire des douves hérissées de piques, d’expliquer et d’admettre une situation totalement anormale et injuste. Bref, de réformer l’ensemble de nos pratiques, comportements et attitudes. Pour l’instant, cette génération perdue s’échoue sur nos côtes, traverse des déserts brûlants, se noie dans les vagues de notre Méditerranée et accepte de servir d’esclaves modernes quand elle parvient à atteindre le St Graal. Elle n’est que mue par un espoir économique et une logique de survie. Pour l’instant.
Le jour où nos murs seront assez hauts, nos miradors assez performants et nos lois assez dures pour contenir l’inévitable pression migratoire, cette génération perdue comprendra peut-être que la règle est faussée depuis le départ, que l’Histoire est un long mensonge, que l’humanité est une illusion et que la crasse et la mort sont des domaines réservés à certains peuples, un atavisme racial de l’exploitation et de la déchéance. Ce jour-là, nous tremblerons. Ces fantômes, ces galériens, ces affamés et ces condamnés viendront durement nous rappeler une autre constante de l’histoire, les jacqueries. Quand on a tout perdu, on a plus rien à perdre, c’est même l’articulation principale du discours terroriste.
En attendant, on expulse, on refuse, on interdit, on se contredit et on maudit l’étranger en pensant contenir un océan d’injustice, en regardant ailleurs et en méprisant cette avant-garde servile et peureuse d’un continent à la dérive, dévasté par le pillage organisé qui fait paradoxalement notre richesse (les pétrolières françaises puisent où leur inépuisable et Totale énergie ?). A ne pas vouloir entendre les appels au secours d’une multitude, les Européens, parce qu’ils sont proches et si lointains pourtant, risquent de transformer leurs citadelles rutilantes et sur-protégées (en apparence) en véritables bombes à retardement. Mais cela, aucun des populistes ne vous le dira… L’heure est à la caricature, aux grosses ficelles et à l’ignorance.

Les bugs répétés d'Over-Blog qui ont perturbé la bonne marche d'Omegalpha cette semaine, sont trop fréquents désormais. Omegalpha sera peut-être bientôt un demandeur d'asile... Avec les lois Sarkozy, le vaisseau n'a aucune chance mais bon...
Liens :
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FAO - Trente-neuf pays confrontés à des crises alimentaires ( News Press )
Libye : le procès des cinq infirmières bulgares et du médecin palestinien reporté au 13 juin ( EuroNews )
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CC Jung
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