La Majorité de la minorité

Publié le par cc jung in effect

Ne pas nier l’évidence
 
Difficile d’oublier le triste anniversaire que nous célébrons aujourd’hui, celui du « séisme » politique que constitua à l’époque le premier tour de l'élection présidentielle, le 21 avril 2002. Tous les journaux ou presque consacrent une partie de leurs colonnes à dresser un état des lieux politique en s’appuyant notamment sur des sondages récents qui confirment l’ancrage de l’extrême droite dans la société française, comme un peu partout en Europe d’ailleurs. Chacun tente de comprendre ce bouleversement en arguant du fait circonstancié, en s’appuyant sur des analyses sociologiques complexes, en désignant le désarroi des uns, la défiance de la plupart des électeurs et la dégénérescence du politique traditionnel sans jamais mettre les mots sur les maux. Il suffit de dire que non seulement la Majorité a récupéré le discours extrémiste mais elle l'a en quelque sorte déculpabilisé en tenant des propos identiques et en agissant selon le bon vouloir de ce vivier électoral si particulier.
 
Quel scoop ! Selon un sondage IFOP/Acteurs publics plus d'un tiers des Français pense que l'extrême droite "enrichit le débat politique" et "est proche de leurs préoccupations" et ce, quatre années exactement après le premier tour des présidentielles et son fameux verdict. Il y a quelques jours à peine, les mêmes Français n’hésitaient pas à se déclarer « racistes » ou sensibles aux thèses véhiculées par cette idéologie dans une proportion similaire. Un phénomène lié à la montée des populistes, ces as du recyclage du jeu politique par le bas, le bas des instincts, le rase-motte de la réflexion et le niveau zéro de la tolérance selon une formule si souvent usitée. Un coup d’œil sur les dépêches glanées dans l’actualité suffit à glacer le sang, les brutes sévissent désormais au grand jour.
 
Que l’extrême droite « enrichisse » le débat pour une partie des personnes interrogées n’a rien d’étonnant quand on songe à la formulation de la question posée. Le sol appauvri du débat politique a en effet bien besoin d’une bonne couche de fumier odorant pour se transformer définitivement en cloaque. Les acteurs traditionnels ont tellement labouré le sillon en ressassant les mêmes discours rasants au possible, les mêmes marionnettes défraîchies s’époumonent depuis si longtemps dans des postures en apparence opposées que le débat ressemble à une morne plaine stérile, mille fois piétinée par le monotone troupeau des professionnels de la politique et de l’endurance. 
 
 

Epanchement

Nous étions restés sur une escroquerie vaguement démocratique
 
 
Cette proximité avec les thèses de l’extrême droite et son argumentaire prouve également que les électeurs restent malgré tout un bon public dans la mesure où son grand leader charismatique nous joue la même partition depuis des décennies sans lasser apparemment cet auditoire qui n’hésite plus à reprendre en cœur ses sketches les plus fameux et fumeux. A tendre un tout petit peu l’oreille, on croirait entendre le jingle matraqué par Le Pen depuis des lustres, l’air du « je dis tout haut ce que les gens pensent tout bas »… Que les plus rances s’imaginent désormais les porte-voix de la France souterraine ne devrait pas étonner cette autre France républicaine, celle du second tour et du score historique de Jacques Chirac. Nous étions restés sur une escroquerie vaguement démocratique, nous voilà à présent plongés dans un brun bain poujadiste et boueux où batifolent les champions du marécage.
 
Que s’est-il passé en quatre années de gouvernance absolue de l’UMP ? Sarkozy évidemment qui a placé le curseur à l’extrémité pour récupérer les brebis égarées de la République… Quoi de mieux pour repêcher ces voix perdues que de se mettre au diapason, d’adopter la même panoplie sécuritaire et identitaire, de fustiger les mêmes bouc-émissaires crépus, de surfer sur la vague post 11 septembre et de « décomplexer » la Droite. Ne parlons pas du poids des émeutes en banlieue dans la balance des rancœurs, il ne faudrait pas inverser les chronologies. Les émeutes urbaines de nos cités sont nées justement du féroce virage à droite que notre chère police s’est fait une joie de négocier à grands renforts de brimades, de provocations et d’outrances. On ne peut pas reprocher à notre plèbe colorée d’avoir exacerbé le courroux des « bons » Français, on peut juste reprocher à ces Français "particuliers" d'avoir refusé de servir plus longtemps de laboratoire et de cobayes aux errances idéologiques de nos chers "élus".
 
On a eu droit à bien des dérapages et des glissades sur l’échiquier vers les bas-fonds du jeu politique, du sémillant Raoult, de l’intelligence française de Finkielkraut, des barbus dealers insurrectionnels, des polygames grands pourvoyeurs de délinquants juvéniles, une multitude de circulaires pour durcir la législation sur l’immigration, des chiffres d’expulsion d’étrangers en hausse constante brandis comme des trophées triomphants. Et ce n’est rien à côté des phalanges intégristes en banlieue qui devaient abattre les avions nous disait le bon juge Bruguière parmi tant de joyeusetés islamiques et terroristes. La cinquième colonne nichée dans nos murs, au delà du périphérique, rendez-vous compte ! Il y a eu aussi la mise en place d’un état policier qui ne dit pas son nom, la promulgation des milices citoyennes entre autres ballons d'essai, la dénonciation remise au goût du jour et tant d’autres faits qui ont banalisé le discours extrémiste et institutionnalisé ses méthodes de gouvernance.
 

Recentrer les débats...

Détourner les regards et les rancœurs en désignant des coupables idéals
 
 
Le gouvernement en place, si peu légitimé par la tournure des événements mais si gâté par l’improbable pactole électoral, n’a rien trouvé de mieux comme ligne directrice que le pillage systématique et idéologique du vieux boutiquier de la vieille France, avec ses produits avariés. Nos « élus » ont bien su lire les noirs contours qui se sont dessinés en 2002 et ils ont endossé à merveille l’ombre qui planait sur la société française au lieu de la chasser. Le racisme était vu autrefois comme une maladie honteuse, une laide déviance et l’apanage des petites gens aux petits esprits. Son irruption dans le processus électoral a été compris comme une aubaine par certains peu avares de calculs douteux.
 
Pendant les quatre années d’errance durant lesquelles notre attelage d’imposteurs aveugles a navigué à vue en s’accrochant désespérément à ce qu’il s’imaginait son électorat d’avenir, nous avons dérivé vers la fange de la frange la plus rance. Le piège a fonctionné à merveille… Plus le gouvernement étalait son incompétence et multipliait les erreurs, plus il a été obligé de détourner les regards et les rancœurs en désignant le coupable idéal et de la chair fraîche, engraissant chaque jour un peu plus la bête immonde. Ragaillardie, pleine de santé et sans cesse flattée à l’encolure, l’animal de la déraison se sent à présent assez fort pour mordre à pleine dent dans notre démocratie efflanquée. Avec les encouragements répétés d’un tiers d’entre nous.
 
 
 
 
Liens :
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
(…) « Ce pourcentage est encore plus élevé parmi les ouvriers (43%), les employés (54%) et les habitants des communes rurales (44%). En revanche, 71% des jeunes de moins de 25 ans estiment que l'extrême droite n'apporte rien au débat. A titre de comparaison, 43% des personnes interrogées estiment que l'extrême gauche enrichit le débat politique. »
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Italie : le racisme à l’honneur (Le Monde Diplomatique)
 
 
 
  
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
See U
 
CC Jung
 
 
 
 
 
 
 

       
Publicité

Publié dans Omegactualité

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
L
D'accord, comme d'hab, je me suis permise de mettre en lien ton article sur mon blog...j'espère que cela ne te dérange pas?<br /> ;o)
Répondre
C
Tant mieux que tu partages mon analyse qui est un peu contrainte dans son expression pour ne pas faire trop long. Il y a tant de choses à dire, à remettre en mémoire et en perspectives que j'ai volontairement ramassé mes propos.