Tambouille et embrouilles
Complètement déphasé
On attendait beaucoup de l’intervention télévisée de Jacques Chirac sur le dossier du CPE qui mobilise tant de gens depuis de longues semaines. En fait, le chef de l’Etat est surtout intervenu pour défendre la brillante idée de son premier ministre, une « innovation » dont personne ne voulait vraiment et surtout pas les premiers intéressés, les jeunes. Il ne fallait pas attendre grand chose de la part du président coincé dans une partie de billard politicienne, sourd et aveugle aux aspirations profondes des Français, pataugeant dans les marécageuses stratégies de palais, complètement déphasé par rapport au signal. Les premières minutes de son intervention avaient donné le ton, à la place de la parole d’un sage se plaçant au dessus des basses contingences de la vie politique, on a eu droit à un acteur médiocre, un mauvais doublage, un écho lointain et un message qui ne passait plus.
L’heure est donc au pourrissement, aux eaux troubles et au trouble jeu, au triple « je » devrait-on dire coincés dans le piège d’un triolisme malsain, embrigadés malgré nous dans cette partie à trois têtes qui déboussole la logique la plus élémentaire. Incapable de prendre le contre-pied de son premier ministre, attentif à ne pas faciliter la tâche du numéro trois, le chef de l’Etat a réussi l’hallucinant pari de promulguer, coûte que coûte, un loi qui sera démembrée aussitôt promulguée, tout ceci évidemment au nom du respect des institutions et des lois… Les mêmes lois votées qui stipulent que tout texte législatif concernant le droit au travail devra être l’objet de discussions entre les partenaires sociaux au préalable… Les mêmes lois sur le cumul des mandats…La liste serait trop longue et la démonstration trop riche d’arguments sur la versatilité de nos légalistes zélés et la légèreté de leurs serments perpétuels et volatiles.

Faire d’une mauvaise idée une obsession que l’on impose par la force du pouvoir en méprisant l’évidence, telle est sans doute la marque de fabrique de ce gouvernement qui envoie tous les deux mois la moitié des français dans la rue. Oubliées les circonstances incroyables qui ont conduit cet attelage dément à détenir les rênes du pouvoir, oublié le constat d’une fracture sociale béante comme une plaie à cautériser d’urgence, l’heure est au cynisme absolu, au passage en force et à l’arrogance agressive. Le bilan de ces véritables imposteurs du jeu démocratique est une longue litanie d’échecs, d’erreurs de gouvernance, de crises successives et de décisions hasardeuses. La liste est impressionnante. La réponse apportée par le gouvernement va pourtant, encore et toujours, dans la mauvaise direction, à rebours du bon sens et ce, au risque d’exaspérer une société française au bord de la crise de nerfs. Face à un tel gâchis qui ne fait que perdurer, on attendait une sortie discrète et un profil bas pour cette équipe de calamiteux mais il ne fallait sans doute pas trop en demander. Cette attitude réclamait un minimum d’humilité, de respect et de lucidité.
Revue de presse (Nouvel Obs) :
FRANCE SOIR
Serge Faubert
" (...) Le président de la République prétend dénouer la situation. Il ne fait que mécontenter tous les Français. Les électeurs de droite qui assistent navrés à un enième déboutonnage de leur monarque ; les salariés, les syndicats et les jeunes qui verront dans cette pantalonnade elyséenne une offensive et un encouragement à persévérer dans la mobilisation. Magnifique tableau. Jusqu'à présent l'équipage Elysée-Matignon allait dans le mur en klaxonnant. Il roule maintenant sur le toit. Il devient urgent d'arrêter la guimbarde."
Serge Faubert
" (...) Le président de la République prétend dénouer la situation. Il ne fait que mécontenter tous les Français. Les électeurs de droite qui assistent navrés à un enième déboutonnage de leur monarque ; les salariés, les syndicats et les jeunes qui verront dans cette pantalonnade elyséenne une offensive et un encouragement à persévérer dans la mobilisation. Magnifique tableau. Jusqu'à présent l'équipage Elysée-Matignon allait dans le mur en klaxonnant. Il roule maintenant sur le toit. Il devient urgent d'arrêter la guimbarde."
MIDI LIBRE
Roger Antech
"Du grand écart de Chirac entre un Villepin démissionnaire et une rue velléitaire, on retiendra surtout le plus extravagant des compromis jamais infligés à une loi votée par le Parlement, et non censurée par le Conseil constitutionnel. A peine promulguée pour préserver la susceptibilité du Premier ministre, déjà rendue caduque pour apaiser les manifestants et, enfin, remise aussitôt sur le bureau des Assemblées pour rappeler au peuple qui fait encore la loi dans ce pays. (...) Politiquement, la journée a baigné dans un étrange climat : la sensation que Chirac ne s'appartient plus, cédant à Villepin, composant avec Sarkozy, pour une fin de contrat apaisée à l'Elysée. Avec les syndicats braqués contre le CPE, ce pari personnel n'est pas gagné."
Roger Antech
"Du grand écart de Chirac entre un Villepin démissionnaire et une rue velléitaire, on retiendra surtout le plus extravagant des compromis jamais infligés à une loi votée par le Parlement, et non censurée par le Conseil constitutionnel. A peine promulguée pour préserver la susceptibilité du Premier ministre, déjà rendue caduque pour apaiser les manifestants et, enfin, remise aussitôt sur le bureau des Assemblées pour rappeler au peuple qui fait encore la loi dans ce pays. (...) Politiquement, la journée a baigné dans un étrange climat : la sensation que Chirac ne s'appartient plus, cédant à Villepin, composant avec Sarkozy, pour une fin de contrat apaisée à l'Elysée. Avec les syndicats braqués contre le CPE, ce pari personnel n'est pas gagné."
L'INDEPENDANT DU MIDI
Bernard Revel
"Les mots qui auraient débloqué la situation, Jacques Chirac ne les a pas prononcés. "Retrait", "suspension", "deuxième délibération" écorchent sans doute trop les oreilles de son Premier ministre. Pour les éviter, il promulgue une loi dont il interdit l'application et propose dans la foulée l'adoption d'un nouveau texte. On croirait presque à un poisson d'avril.
Ce discours équivoque qui enferme une volonté sans doute réelle d'apaisement dans trop de non-dits, s'il a rassuré Nicolas Sarkozy, n'est pas celui qu'attendaient les nombreux opposants au CPE. Il renforce au contraire leur détermination à montrer, mardi 4 avril, toute la force de leur refus. Qu'aura gagné le président de la République à donner de lui cette image d'un homme qui feint de contrôler encore les événements qui le dépassent ? Il aurait suffi de peu, pourtant, pour dénouer la crise. Qu'il ait, tout simplement, le courage d'appeler les choses par leur nom. Jacques Chirac est vraiment devenu le président des occasions ratées."
Bernard Revel
"Les mots qui auraient débloqué la situation, Jacques Chirac ne les a pas prononcés. "Retrait", "suspension", "deuxième délibération" écorchent sans doute trop les oreilles de son Premier ministre. Pour les éviter, il promulgue une loi dont il interdit l'application et propose dans la foulée l'adoption d'un nouveau texte. On croirait presque à un poisson d'avril.
Ce discours équivoque qui enferme une volonté sans doute réelle d'apaisement dans trop de non-dits, s'il a rassuré Nicolas Sarkozy, n'est pas celui qu'attendaient les nombreux opposants au CPE. Il renforce au contraire leur détermination à montrer, mardi 4 avril, toute la force de leur refus. Qu'aura gagné le président de la République à donner de lui cette image d'un homme qui feint de contrôler encore les événements qui le dépassent ? Il aurait suffi de peu, pourtant, pour dénouer la crise. Qu'il ait, tout simplement, le courage d'appeler les choses par leur nom. Jacques Chirac est vraiment devenu le président des occasions ratées."
LA REPUBLIQUE DU CENTRE
Jacques Camus
"Grotesque, consternant, incompréhensible, abracadabrantesque! Les adjectifs se bousculent pour qualifier l'intervention télévisée de Jacques Chirac hier soir. Chose jamais vue dans l'histoire de la Ve république, le chef de l'État a décidé de promulguer une loi... caduque. Il n'est sorti de son pesant silence que pour enterrer le CPE vivant! Dans sa recherche d'un laborieux compromis, Jacques Chirac ne pouvait faire plus confus.
Comble de malchance, son allocution télévisée a commencé par un décalage entre le son et l'image. Fallait-il y voir un symbole? Chirac n'était pas synchrone avec lui-même. Etait-ce lui ou son encombrante doublure de Matignon qui parlait? Sûr que Chirac s'est prêté à un exercice qui n'ajoutera rien à sa gloire. Son discours aura été à ce point abscons qu'il aura donné lieu, dans les minutes qui ont suivi, à un hallucinant décryptage de Nicolas Sarkozy se félicitant de la sagesse élyséenne et appelant au travail sur une nouvelle loi. On l'aura compris, hier soir, chacun avait d'abord à cour de sauver la face mais tout le monde a sombré dans le ridicule
LA MARSEILLAISE
Christian Digne
"Après quarante ans de vie politique dont onze passés à l'Elysée, peut-il encore changer ? C'était illusoire de le penser. Hier soir, Chirac a fait du Chirac. Pire, du Chirac médiocre.
Mal à l'aise dans la lecture de son prompteur, le Président a énoncé un discours phagocyté par un déluge de banalités sur le sort de la jeunesse, un suivisme aveugle des choix de Villepin, une démagogie à deux sous sur le dialogue social. Que retenir de ce fouillis verbal, si abracadabrantesque dans la bouche d'un Président de la République ? La plus haute autorité de l'Etat promulgue une loi et, dans l'instant qui suit, assure qu'elle ne sera pas appliquée. Nous touchons, là, le comble de la duplicité.
Christian Digne
"Après quarante ans de vie politique dont onze passés à l'Elysée, peut-il encore changer ? C'était illusoire de le penser. Hier soir, Chirac a fait du Chirac. Pire, du Chirac médiocre.
Mal à l'aise dans la lecture de son prompteur, le Président a énoncé un discours phagocyté par un déluge de banalités sur le sort de la jeunesse, un suivisme aveugle des choix de Villepin, une démagogie à deux sous sur le dialogue social. Que retenir de ce fouillis verbal, si abracadabrantesque dans la bouche d'un Président de la République ? La plus haute autorité de l'Etat promulgue une loi et, dans l'instant qui suit, assure qu'elle ne sera pas appliquée. Nous touchons, là, le comble de la duplicité.

Liens :
Revue de presse du « Nouvel Obs »: « Chirac et le CPE »
L'opposition et les syndicats insatisfaits (Le Nouvel Obs)
See U
CC Jung
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