Nougarock'n roll
« Dans un baroque inouï »
A l’heure où l’on célèbre les 15 années de la disparition de Gainsbourg, le prince des volutes bleutées et des voluptés reggae, il convient de se rappeler la richesse de notre patrimoine, riche en pétrisseurs de mots et de langueurs, de se souvenir de Nougaro, le taureau de la ville rose. Inoubliables vers tourmentés, fomentés dans la machinerie émotive des tripes et du sang, triturés dans les arènes du désir et de la fureur de vivre, ses mots qui swinguent demeurent dans la mélodie de nos mémoires comme autant de petits films en noir et blanc qui tournent en boucles ourlées.
Extraits d’interview de Sophie Grassin et René Bernard (L’Express)
L'Express: Le Zénith, c'est la plus grande salle où vous soyez jamais passé en France ?
Claude Nougaro: Non. Dans ma longue vie de chanteur de ring, j'ai connu des chapiteaux énormes, des salles de 10 000 places, des stades. Je me suis fait broyer par des espaces inconcevables. Mais, au Zénith, il faut avoir un son grandiose, tellement beau qu'il en devienne presque visible. Surtout pour moi, qui suis tout petit.
Comment vous sentez-vous sur scène?
Je chante. Et je suis acteur. J'acte. Il y a dilatation de tous mes pores. Je suis enfin incarné. Pas par la malédiction biblique, mais par la bénédiction poétique. D'un coup, je n'ai plus une grosse tête sur de courtes pattes. D'un coup, je suis beau.
Dans le disque aussi, vous êtes beau. Cette façon de mordre dans les mots...
Oui, bien sûr. Mais, sur un plateau, je brûle l'espace. Je ne voudrais pas jouer les intellos - les intellos, ils ont desséché la langue - moi, je suis un intellec-truelle. Un maçon de l'esprit. Je me prends modestement pour l'un des très grands talents de la chanson française. L'un de ceux qui laisseront une trace dans ce nouveau mode d'expression dont les auteurs se sont emparés. Actuellement, le papier est mort. Il n'y a plus que des cendres. Il n'y a plus de poètes en France. Sauf moi. (…)
Avant le Zénith, vous avez peur?
L'angoisse me dévore comme une petite bête qui monte, qui monte... Elle me bouffe, elle me creuse, elle me mine. C'est le diable. Le diable du doute. Le spectacle coûte 4 millions. Avant que je pousse la première note, j'ai ces 4 millions sur les épaules. En plus, je ne chante jamais deux soirs de la même façon. Je ne suis pas Sardou, moi. (…)

C'est à ce moment-là que vous avez décidé d'aller en Amérique...
J'étais en relation avec la veuve de Charlie Mineus. Je voulais écrire une chanson sur une des compositions de son mari. En même temps, je louchais vers les rythmes binaires. J'avais envie de faire du Nougarock. Et le Nougarock, c'était pas en France que j'allais le trouver.
Vous connaissiez New York?
Je l'avais frôlé comme une ombre. Alors que c'était une ville qui avait illuminé les rêves de mon enfance.
Vous êtes heureux, là-bas?
Vous voulez rire! J'y suis malheureux comme les pierres. Je ne balbutie pas une broutille d'english. Je suis paralysé. Je suis amputé. J'ai l'impression, quand les musiciens parlent anglais, qu'ils sont intelligents parce que je ne les comprends pas. Si je les comprenais, je m'apercevrais qu'ils sont peut-être cons comme des balais. Mais je ne pourrai jamais apprendre leur langue. Mon patois, c'est le français.
Alors, vous avez travaillé comment?
Par gestes. De toute façon, les musiciens américains m'adorent. Ils adorent la musique que je leur fais interpréter. Je les balade dans l'éclectisme. Dans un baroque inouï. Je leur donne à jouer du Mingus. Et puis nous enchaînons avec " Ici, même les mémés aiment la castagne ", une cantate liturgique. Du cha-cha-cha... Ils s'amusent comme des fous.
Vous ne regrettez rien?
Pourquoi regretterais-je quelque chose? Mes confrères mènent leur vie à guichets fermés. Moi, je la vis à tombeau ouvert.
Interview intégrale (L’express) :
Nougaro : « Je suis le plus grand… »
Un classique :
Il faut tourner la page
Il faut tourner la page
Changer de paysage
Le pied sur une berge
Vierge
Changer de paysage
Le pied sur une berge
Vierge
Il faut tourner la page
Toucher l'autre rivage
Littoral inconnu
Nu
Toucher l'autre rivage
Littoral inconnu
Nu
Et là, enlacer l'arbre
La colonne de marbre
Qui fuse dans le ciel
Tel
La colonne de marbre
Qui fuse dans le ciel
Tel
Que tu quittes la terre
Vers un point solitaire
Constellé de pluriel
Vers un point solitaire
Constellé de pluriel
Il faut tourner la page...
Redevenir tout simple
Comme ces âmes saintes
Qui disent dans leurs yeux
Mieux
Redevenir tout simple
Comme ces âmes saintes
Qui disent dans leurs yeux
Mieux
Que toutes les facondes
Des redresseurs de monde
Des faussaires de Dieu
Il faut tourner la page
Jeter le vieux cahier
Le vieux cahier des charges
Oh yeah
Des redresseurs de monde
Des faussaires de Dieu
Il faut tourner la page
Jeter le vieux cahier
Le vieux cahier des charges
Oh yeah
Il faut faire silence
Traversé d'une lance
Qui fait saigner un sang
Blanc
Traversé d'une lance
Qui fait saigner un sang
Blanc
Il faut tourner la page
Aborder le rivage
Où rien ne fait semblant
Saluer le mystère
Sourire
Et puis se taire…
Aborder le rivage
Où rien ne fait semblant
Saluer le mystère
Sourire
Et puis se taire…
Liens pour ne pas tourner la page trop vite :
See u
CC Jung
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