Afghanistan : opium maximum
Afghanistan : pavot à profusion et confusion
A l’heure où l’Empereur Bush accomplit un périple dans cette région régulièrement sous tension, il convient d’apporter un éclairage sur le premier champs de bataille de la Croisade américaine, ce merveilleux et tourmenté pays afghan. Le bilan est bien évidemment désastreux comme il fallait s’y attendre. Après la pluie des bombes déversées sur le caillouteux et dévasté pays, après la fuite désordonnée des Talibans (mis en place par la CIA, rappelons-le quand même), les Afghans attendent toujours les subsides de la reconstruction, de vaines promesses, en cultivant leur jardin un peu particulier.
Dans une contrée ruinée par des années de guerre contre l’occupation soviétique puis mis en coupe réglée par les fous de Dieu (Talibans), la seule source de revenus viable demeure encore et toujours, la production de drogue. Comme l’indique une dépêche de l’AFP : « En 2005, l'Afghanistan produisait déjà 87% de l'opium mondial, matière première de l'héroïne. Cette production illicite (4.100 tonnes en 2005), qui représente au moins un tiers de l'économie du pays, est à l'origine de la quasi-totalité de l'héroïne consommée en Europe » (Lien). La production d’opium vole désormais de records de production en récoltes faramineuses à venir. Une manne enivrante qui alimente aussi bien les chefs de guerres reconvertis en notables intégrés dans le jeu politique que le voisin pakistanais sans oublier nos chers étudiants en théologie réfugiés dans les provinces reculées qui reprennent du poil de la bête et le volant de voitures kamikazes (Lien actualité). Une situation confuse et entremêlée qui complique encore la normalisation du pays tiraillé de toutes parts.

La noria des valises bourrées d’héroïne
Cette surabondance de drogues dures n’est pas sans effets indirects sur le tissu social local : la toxicomanie est galopante, la corruption érigée en système et les trafics battent leur plein. En toute impunité et au nez et à la barbe…des Américains. Il est vrai que la proximité avec les « narco-pays » n’a jamais dérangé Washington qui a souvent ainsi pu dégager des fonds secrets pour de noires manœuvres sans avoir à rendre des comptes au Congrès. Les exemples sont nombreux, de Panama au scandale des Contras au Nicaragua sans oublier la noria des valises bourrées d’héroïne de la plaine de la Bekka (Liban) convoyées discrètement par la TWA. La promiscuité entre les théâtres d’opération des légions de l’Empire et les axes de production de pétrole et de drogue restent d’actualité pour peu que l’on superpose les deux cartes mondiales, celle de la drogue et de l’or noir et celle des bases et interventions de l’armée US ou de la CIA. Chercher l’argent et son odeur et vous trouverez l’Empire des rapaces pas loin.

Au bord d’une guerre fratricide avec le voisin pakistanais
Pour en revenir au pays du défunt et charismatique Massoud, la multiplication des attaques des Talibans, la pacification du pays qui s’arrête aux frontières de la capitale, Kabul, et l’épine empoisonnée du commerce de la drogue font craindre le pire pour ce pays ballotté au gré des alliances, des guerres et des intérêts des acteurs de la sous-région. L’expression de « grand jeu » pour qualifier cette région et ce morceau de terre aride prend ici tout son sens. Véritable plaque tournante de l’héroïne, le pays sert en sus de « planque » idéale pour les "terroristes" notamment dans la région frontalière avec le Pakistan. Les forces françaises appuient d’ailleurs les unités d’élite américaines pour débusquer les poches de résistance des Talibans et tenter de dénicher l’introuvable Ben Laden que l’on a plus de chance d’interpeller…à un briefing de la Maison Blanche d’ailleurs…
Un dernier mot concernant l’actualité de l’Empire. Vous avez vu comment le dossier du nucléaire indien est passé comme une lettre à la poste (Lien actualité) ? Pas une réticence mondiale pour s’opposer à ce transfert de technologie stratégique, aucun doute sur une volonté éventuelle de conversion du nucléaire civil en militaire, pas d’appréhension même si les autorités de Delhi sont au bord d’une guerre fratricide avec le voisin pakistanais pour le Cachemire depuis des années. Rien. Pas un mot, pas une déclaration, pas une campagne de presse comme celle qui nous bombarde les neurones pour nous préparer à une intervention en Iran, exactement sur le même modèle de propagande grossière que la campagne irakienne. Magie de la Real politik et de la communication planétaire.
DJ Jung
Article :
(Extraits - AFP) KABOUL– « La production d'opium en Afghanistan, de loin la première au monde, va rebondir en 2006, selon un rapport officiel qui douche les espoirs nés de la baisse en 2005 et souligne que cette culture, qui menace le fragile équilibre de l'Etat afghan, gagne les zones instables et isolées.
L'"estimation rapide" 2006 publiée sur le site internet de l'agence des Nations unies contre la drogue et le crime (UNODC) confirme les craintes avancées l'automne dernier par l'agence onusienne: les paysans afghans cultivent toujours l'opium en masse, et la politique d'éradication patine. Ce rapport contredit largement les ambitions du gouvernement afghan qui, pressé par la communauté internationale, inquiète des liens entre drogue et terrorisme, affiche l'ambition de réduire de 40% la production d'opium en 2006.
En 2005, l'Afghanistan produisait déjà 87% de l'opium mondial, matière première de l'héroïne. Cette production illicite (4.100 tonnes en 2005), qui représente au moins un tiers de l'économie du pays, est à l'origine de la quasi-totalité de l'héroïne consommée en Europe.
Cette première estimation de l'année, établie après enquête dans 469 villages afghans, ne donne pas de chiffres précis, prévus pour l'été prochain.
Mais elle dégage une tendance claire en concluant à "une augmentation de la culture de l'opium dans 13 des 34 provinces, notamment une hausse de plus de 50% à Helmand (sud), première région productrice d'opium (25% du total en 2005), et une baisse dans quatre autres, le reste étant stable.
"Au total, l'augmentation de la production d'opium devrait être importante, même avec l'éradication, et même si les conditions météorologiques avaient été très favorables en 2005", note un cadre de l'Onu à Kaboul. Le rapport souligne de surcroît qu'il ne prend en compte que l'opium planté par les paysans à l'automne, pour une récolte prévue entre avril et juin, et pas celui qui pourrait être planté à partir de mars dans certains régions. (…)
Outre Helmand, la production a ainsi augmenté de plus de 50% dans l'Oruzgan, une autre province du sud peu contrôlée par les autorités. La production est également repartie à la hausse dans le Nangarhar (est), pourtant le principal succès de la campagne antidrogue en 2005 (baisse de 95% des surfaces cultivées) après une campagne menée en amont auprès des paysans. Le Nangarhar symbolise toute la difficulté de la lutte antidrogue, freinée par l'implication, admise par le gouvernement lui-même, de responsables locaux dans le juteux trafic de l'opium, mais aussi par l'impossibilité de garantir des revenus à court terme aux paysans qui acceptent d'arrêter de le cultiver. (…) »
Liens :
Le Pakistan exploite le pavot afghan (Réseau voltaire)
Liens actualité :
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CC Jung
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