Racisme : la boîte de Pandore est ouverte

Publié le par cc jung in effect

Sarkozy a ouvert la voix
 
On assiste depuis les émeutes survenues en banlieue a un phénomène singulier, le racisme ordinaire et sans complexe. Initiée par la phraséologie du ministre de l’intérieur, cette dérive inquiétante du langage gagne peu à peu toutes les strates de la société française. Elle alimente bien des conversations débridées comme une rumeur qui gangrène la réflexion et enrichit le fumier électoral de l’extrême.
 
 
Conversation entendue près d’un distributeur automatique il y a quelques jours…
-         « Vous comprenez bien ma petite dame, que ce n’est plus possible. Ils ont une vingtaine d’enfants, personne ne travaille et les parents touchent les allocations familiales. Normal que la Sécu soit dans le rouge !
-         Tu m’étonnes ! Et le pire, c’est que « tout ça » c’est des « Français »…
Vous l’avez sans doute remarqué au détour d’une conversation au travail, dans votre sphère privée ou au quotidien, la parole s’est « libérée ». Et pas n’importe laquelle, celle que Nicolas Sarkozy a emprunté au terreau odorant de l’extrême droite. Il voulait ramener les électeurs du Front National dans le giron de la République, il a fait rappliquer dans le débat national toutes les thématiques nauséabondes du parti de l’extrême. Depuis, nous avons eu droit à un hallucinant florilège, des dealers aux barbus, des islamistes comploteurs aux polygames effrénés, des délinquants à nettoyer au Karsher aux ados cambrioleurs devenus des footballeurs électrocutés. Cette avalanche de caricatures, de mensonges éhontés, de raccourcis hasardeux et de raisonnements simplistes a eu le mérite de décomplexer tous les racistes ordinaires au venin autrefois retenu (Lien). Devenu un discours banalisé, le racisme ne se cache plus derrière de fielleux non-dits. La chasse aux sorcières et au bouc-émissaire est ouverte, l’exemple vient du plus haut niveau de la République. Belle diversion tactique pour faire oublier que si le pays est au bord de la neurasthénie, c’est tout simplement parce qu’il est mal gouverné…
 
 
 
 

Regarder la réalité en face

 
 
 
On ne cautérise pas une plaie à vif en la badigeonnant d’acide
 
 
Cette stigmatisation forcenée d’une couche de la population, la plus faible, celle de l’immigration, vient se greffer sur une atmosphère déjà tendue par les évènements du 11 septembre et la série d’attentats en Europe. Les mêmes sont coupables de tous les malheurs du monde, du terrorisme au trou de la Sécu, des émeutes au trafic de drogue dans les cités déshéritées. Le coupable idéal dans tous les cas de figure, une manière de se voiler la face par le déni du réel et le fantasme réducteur. Rien d’étonnant que les caricatures parues dans un quotidien danois passent mal auprès de la communauté musulmane. On ne cautérise pas une plaie à vif en la badigeonnant d’encre et d’acide, l’accumulation des coups finit quand même par faire mal, à force. Les philosophes de comptoir et de cantine d’entreprise qui nous expliquent que tous les maux viennent de la même cause, oublient un élément essentiel dans leur démonstration bancale, la réalité.
 
 
 
 

La Toile

 
 
La durée et la persistance de la mémoire
 
 
Celle d’un héritage historique, celui des colonies, celle d’une nécessaire importation de main d’œuvre bon-marché du fait du vieillissement de la population européenne et celle de la globalisation qui fait du monde un gigantesque marché du travail avec tous les flux migratoires que cela implique. Ceux qui débrident leur racisme latent par des discours que ne renieraient en rien les pires militants du FN, oublient une donnée essentielle, la durée et la persistance de la mémoire. Les mêmes qui stigmatisent en cœur, qui insultent à l’unisson et qui pourfendent les différences culturelles dans un grand élan d’abêtissement, seront les premiers à hurler leur colère en découvrant un jour que la réponse à l’injure et à l’humiliation peut être, disons…détonante. Les mêmes qui agitent des thématiques d’exclusion, des discours de haine et des provocations, s’étonnent ensuite d’une flambée dans les banlieues et d’une épidermique réaction. Un machinerie qui se nourrit d’elle-même et se dévore de l’intérieur. Lorsque l’on sème les grains de la colère, il faut s’attendre un jour à de fructueuses récoltes. Comme vient de nous le démontrer l’écrasante victoire du Hamas en Palestine, l’extrémisme engendre de l’extrémisme. Personne n’y gagne à part les manipulateurs d’opinion, les bidouilleurs électoraux et les acharnés partisans du choc des civilisations. A force de marteler leur fantasme planétaire, ils vont finir par faire naître un monstre qui était jusqu’alors théorique, une bête immonde que l’on croyait à jamais endormie dans les limbes de l’Histoire. Hélas, c’est oublier que les mauvais démons ne dorment que d’un œil.
 
 
 
 
Liens :
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
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CC Jung
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Publié dans Omegactualité

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