Le baume du tigre et le boum du dragon
Sournoises chinoiseries
Au menu du jour : les délices de l’économie de marché « made in China », le baume du tigre de papier qui soigne sa côte de popularité, une soupe au port de Nice et ses travers et enfin le « peer-to-peer » de la cuisine parlementaire. Bon appétit…
La Chine s’échine
Le péril jaune tant annoncé se réalise. Le gigantesque pays-continent vient de faire une entrée fracassante dans la cours des grands pays industrialisés. Fini le temps immobile des jonques paresseuses, des pousse-pousses à deux pattes aux mollets de fer et les fumeries d’opium, images d’Epinal de nos vieux albums de Tintin écornés. L’heure est à la super production, aux grattes-ciels vertigineux, à la vitesse numérique et à la puissance industrielle. Imaginez une immense nation, déterminée et menée d’une main de fer, avec une main d’œuvre inépuisable et disciplinée, une capacité d’adaptation remarquable, une fourmilière prise de fièvre capitaliste, et vous obtenez la nation chinoise en plein boum économique (Lien).
L’Empire du Milieu vient de se hisser sur le podium des cinq premières économies de marché. Les résultats définitifs devraient être publiés à la fin du mois de janvier prochain et ils détermineront la place exacte de l’Empire dans le grand jeu de l’économie de marché. Après les corrections structurelles nécessaires, le pays pourrait ravir la 4e ou 5e place du classement respectivement à la Grande Bretagne et à la France. On s’habille chinois, on se chausse chinois (à ne pas confondre avec le Nuoc man), on mange chinois (on nem cela), on joue chinois, on téléphone chinois déjà. Le dragon est en train de nous damer le pion (de ma-jong) dans cette compétition économique…débridée, avec cette mielleuse courtoisie millénaire que l’on suppose chinoise, pardon, sournoise.

Les Brigades du tigre de papier
Comme annoncé depuis un petit moment dans cette chronique frénétique (à ne pas confondre avec des coliques néphrétiques), l’Empereur aux grandes oreilles s’apprête à retirer piteusement ses troupes de la Mésopotamie peu amicale (Lien). Tiraillée par une résistance de plus en plus audacieuse, incapable de faire régner un semblant d’ordre dans le pays, la soldatesque US commence donc à boucler ses bagages. Le secrétaire américain à la Défense, Donald Rumsfeld, a annoncé le retrait prochain de 5000 à 9000 hommes d’Irak. Soit deux brigades du tigre de papier qui seront épargnées par l’absurdité mortifère de ce conflit.
«Ces ajustements traduisent la reconnaissance des progrès accomplis par le peuple irakien, qui assume davantage de responsabilité pour son pays» a justifié le néo-conservateur en « visite surprise », comme tous les ans (quelle surprise en effet), dans les nouveaux territoires occupés. Un message de propagande d’un culot éhonté quand on sait que non seulement les forces irakiennes ne sont encore qu’un embryon d’armée mais que la situation intérieure frise la guerre civile entre les communautés. Une division des couches de la société irakienne savamment entretenue par une campagne d’attentats et de boucherie collective, le tout orchestré de main de maître par le fumeux Zarquaoui qui prétend lutter contre l’occupation. Les troupes peuvent rentrer à la maison la conscience tranquille, les contrats pétroliers léonins sont paraphés (Lien Voltaire). Good job.

Le porc et le peer-to-peer
On connaissait la soupe populaire, voici la soupe populiste aux délicieux parfums de putréfaction ambiante. Les militants de l'association « Soulidarietà », une création du groupuscule « Bloc identitaire », distribuent de la soupe aux sans-abris à deux pas du port de Nice (Lien N. Observateur). Etrange mansuétude de la part de ces spécialistes du tabassage de SDF, « bougnoules » et autres « pédés » lors des virées nocturnes et arrosées, un rituel d’hommes supérieurs… Il faut cependant nuancer l’élan solidaire en précisant que dans la soupe du port, il y a du porc... Une belle manière d’exclure de l’obole les sans-abris de confession juive et musulmane, pas de bol (de soupe) pour le coup. Un vrai travers de porcs. D’un bon sentiment au préalable, ils ont fait de la soupe populaire et solidaire, un bouillon de rances ressentiments, un bouillon de culture brune et un graillon glaireux. Ils ne méritent pas une louchée de plus dans cette chronique, passons.

Les intermittents du spectacle démocratique qui composent notre fier gouvernement viennent de donner une représentation plutôt inattendue à l’assemblée nationale, une sorte de vaudeville à la sauce UMP. L’amendement présenté par le ministre de la Culture, Donnedieu de Vabres, qui devait contraindre « les millions d'usagers du Net à se rabattre vers les plates-formes commerciales grâce à un mélange de mesures techniques et de répression » (Lien Libération) a été rejeté. Ironie parlementaire, cette proposition de loi a même accouché in fine, d’une légalisation de la pratique du « peer-to-peer » grâce à une unité de circonstances de nombre de députés de la majorité et de l’opposition.
Aprement combattue par les usagers du net via nombre de pétitions en ligne, l’amendement du ministre a fait donc un flop retentissant, un bug de plus pour nos vaillants élus majoritaires. Et pourtant, ce n’est pas faute de lobbying actif dans l’hémicycle… A tel point que lors du vote en question, des « députés socialistes râlent contre la présence de représentants de Virgin et de la Fnac, badgés «ministère de la Culture», qui font des démonstrations de sites de téléchargements payants à quelques mètres de l'hémicycle. ». La Fnac et Virgin, représentants du ministère de la Culture ? « Un exemple parmi des dizaines comme cet amendement à l'origine écrit par Vivendi Universal, soutenu par le gouvernement ». Secret de polichinelle désormais étalé au grand jour, nous avons un gouvernement… sponsorisé.
Liens :
La Chine en passe de devenir la quatrième économie mondiale (Romandie.com)
Irak : les Etats-Unis vont retirer deux brigades (Libération)
« Mission accomplie » en Irak (Réseau Voltaire)
L'extrême droite s'adresse aux SDF (Nouvel Observateur)
Téléchargement d’erreurs pour le ministre (Libération)
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CC JUNG
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