Chasse aux sorcières
Série Z…
Malmenés dans les sondages du fait de la déliquescence de sa politique, le président Bush et ses conseillers ne savent visiblement plus quel profil adopter. Après avoir ressorti des cartons la panoplie de la peur et du Zorro providentiel, le commandant en chef singe à présent Ronald Reagan, le plus célèbre acteur de western de série B. L’éloge du grand spectacle hollywoodien de la médiocrité en somme.
Ca cogite sévère à la Maison Blanche en ce moment, pour sûr. Après sa gestion désastreuse de l’ouragan Katrina, l’enlisement en Irak et les déboires de son équipe, George Bush qui a pris de la bouteille, se devait de réagir. Tel un pantin désarticulé, une marionnette brouillonne actionnée par les petites mains des Think Thanks et les Spin Doctors, l’Empereur oscille entre la caricature grotesque et le divin guignol risible au possible.
En bon metteur en scène, il a tout d’abord usé du comique de répétition en assurant il y a peu que ses zélés services (ceux qui ont inventé la torture délocalisée) avaient réussi à empêcher une vague d’attentats, le tout dans la discrétion la plus absolue. D’ailleurs, dans un même temps (coïncidence of course), une menace très précise planait précisément sur le métro new-yorkais, une information des services secrets qui assuraient qu’une source leur avait assuré que des contacts à l’étranger eux mêmes en contact avec des sources sûres avaient eu vent d’informations très précises… sur la baisse des sondages du président.
Après « Peur sur la ville » qui n’a pas vraiment fait un carton au fox-office news, les conseillers de Bush ont dû reprendre la plume pour éviter le goudron pour le chef, confronté à un nouvel écueil après Katerina, la mise en accusation de son chef du groupe parlementaire à la Chambre des représentants, Tom DeLay. Un déluge de mauvaises nouvelles et des sondages calamiteux, les accessoiristes ont donc dû ressortir un nouveau déguisement, le cow-boy de service.

Un classique en somme, popularisé par le grand communicateur, Ronald Reagan, l’acteur de série B devenu président, le raccourci le plus saisissant de la politique spectacle que d’autres acteurs locaux souhaitent si ardemment importer sous nos cieux éclaircis au Karsher. Avec pour seul fait de gloire cinématographique une dénonciation pour communisme de ses collègues acteurs, à l’époque de la chasse aux sorcières, le sieur Reagan, acoquiné aux contributeurs de la mafia, méritait effectivement une rétrospective et un hommage.
Incapable de comprendre les dossiers qui lui étaient soumis (« pas plus de dix lignes et des dessins » était sa tirade préférée en début de réunion hautement stratégique), Reagan restera l’inventeur d’une formule aussi simple que son jugement binaire, « l’Empire du Mal » pour les Russes, ennemis d’alors. Formule interchangeable comme un recyclage permanent de la propagande, l’Amérique est devenu aujourd’hui « l’Empire du Bien » et les islamistes-terroristes, les nouveaux ennemis. Il faut bien continuer à nourrir la pompe à budgets, celle du complexe militaro-industrielle, les contributeurs de la campagne… Ils viennent de gagner un nouveau combat dans le débat législatif sur les armes. Tout va bien pour Halliburton and Co, merci (Lien).
"Comme l'idéologie du communisme, notre nouvel ennemi enseigne que les innocents peuvent être tués pour servir un dessein politique; comme l'idéologie du communisme, notre nouvel ennemi poursuit des buts totalitaires; comme l'idéologie du communisme, notre nouvel ennemi refuse les hommes libres, et proclame que les hommes et les femmes qui vivent en liberté sont faibles et décadents", a déclaré M. Bush nous apprend la dépêche. Chaque formule de cette tirade émouvante, à rebours, s’applique parfaitement à la politique hégémonique et brutale des Américains. Cruelle ironie des donneurs de leçons.

Ce qu’il y a de plus inquiétant dans ce virage idéologique, c’est le glissement sémantique vers une association entre le combat contre le communisme qui a donné lieu à bien des dérives paranoïaques et le nouveau combat contre le terrorisme et l’islamisme (un mot est de trop, lequel ?). A quand une nouvelle chasse aux sorcières, version remasterisée du Maccarthysme avec dénonciation, complots, sabotages et les cinquièmes colonnes ? Bientôt.
Une crispation paranoïde effective déjà observée au sein des campus et des associations, foyers coutumiers de contre-culture et d’opposition au pouvoir. La junte militaire au pouvoir ou presque assimile depuis déjà un moment les associations anti-guerres, les pacifistes, les anti-nucléaires et toute la galaxie de la contestation à des ennemis intérieurs traqués de la même manière que des cellules dormantes d’Al Quaida.
Le délire parano prend aussi parfois des allures grotesques comme ce déséquilibré qui a tué un policier en civil, croyant reconnaître la marque du Diable sur sa casquette de base-ball (Lien). L’abus de Fox News est préjudiciable à la santé mentale. La preuve, « Selon le dernier en date, publié mardi par USA Today/CNN/Gallup, George W. Bush est tombé à 39% de taux de popularité parmi ses concitoyens… ». Presque quarante pour cent de la population lui font confiance encore. A l’image du citoyen lambda aux USA, c’est…énorme.
Liens :
Bush enfile les habits de Reagan pour dénoncer le terrorisme
George W. Bush compare la guerre contre le terrorisme à la guerre contre le communisme
Condamné pour avoir voulu tuer l'Antéchrist
Le Congrès américain adopte une loi protégeant l'industrie des armes des procès collectifs
Bush ne sait pas "quand" un Etat palestinien verra le jour
See u
CC Jung
Publicité