Le bruit et l'odeur de la campagne (7)

Publié le par cc jung in effect

Le premier tour vient donc de livrer son verdict et les lauréats sont Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal. Exit donc Le Pen même s’il convient d’analyser cette recomposition du paysage politique avec beaucoup de lucidité. Le Front National a reculé dans les urnes mais son digne héritier idéologique, l’UMP, est au firmament. Fragilisé dans ces certitudes par la poussée vindicative des banlieues et la décomposition du tissu social, l’électorat semble prêt à offrir un strapontin à l’Empereur miniature pour qu’il puisse encore mieux dominer les débats. Fort d’un bilan médiocre, Nicolas Sarkozy risque donc d’être élu pour… rassembler les Français comme il le clame. L’imposteur ira jusqu’au bout de sa forfaiture puisque le procédé simpliste fonctionne à merveille.
 
 
La surprise a été effectivement de taille. On attendait fébrilement la sempiternelle surprise du premier tour et elle a bien eu lieu puisque la candidate du PS n’a pas rejoint …Lionel Jospin au cimetière des éléphants présomptueux. Cette qualification pour le round final est déjà en soit une éclatante victoire pour ce gibier de compétition sur talons, cette « bécassine » régulièrement confrontée aux tirs de barrage de la lourde machine médiatique au service exclusif du candidat UMP. Le vote utile a donc permis à Ségolène Royal de vaincre bien des obstacles, des réticences, des hésitations et des interrogations y compris dans son propre camp où ses velléités de changement et de rénovation du parti froissent nombre de caciques noyés dans la naphtaline. La très forte participation au scrutin et la non qualification du candidat du Front National sont de légitimes motifs de satisfaction pour tous les républicains mais la litanie des bons chiffres et le confort momentané d’une bipolarisation politique retrouvée ne devraient pas couvrir le bruit d’une comptine beaucoup plus inquiétante que fredonne actuellement une partie du peuple de France.
 
Il ne faudrait pas en effet occulter le fait que le candidat de l’UMP, en dépit d’innombrables dérapages, d’un bilan médiocre et d’une orientation idéologique sensiblement calquée sur celle de l’extrême droite, arrive en tête des suffrages. Il y a là une indication inquiétante puisque près de 30 % des électeurs adhèrent peu ou prou aux thèses de Nicolas Sarkozy, soit au « ministère de l’identité nationale et de l’immigration », au Karsher, aux moutons égorgés dans les baignoires islamiques et autres babioles sémantiques frelatées pour flatter les plus bas instincts de l’électorat. Si vous ajoutez à cette frange de convaincus par « l’extrême droitisation » du candidat de l’UMP, les irréductibles de Le Pen, la proportion de citoyens à l’aise avec des thèses nauséeuses devient affolante. La porosité entre les deux partis (UMP et Front national) est d’ailleurs un fait avéré et constaté puisque la baisse de l’un des candidats correspond exactement à la remontée de l’autre (et vice-versa) dans tout le pays. Le Pen et Nicolas Sarkozy se sont donc disputés le même bout de gras avarié et il y avait de quoi saliver puisque cela correspond quand même à près de… 40 % de l’électorat !
 
Sur dix personnes croisées dans la rue, plus de quatre ne sont absolument pas choquées par la rhétorique de Sarko ou de Le Pen puisque leurs discours respectifs se chevauchent allègrement et que les arguments des deux challengers doublonnent en permanence. Il y a là de quoi se poser de sérieuses questions sur l’état de notre démocratie et sur les ravages de cinq années de tout puissant état RPR-UMP… Nicolas Sarkozy vitupère depuis des années contre l’ostracisme de la classe politique à l’égard de l’électorat FN en affirmant a contrario, qu’il convient plutôt d’aller repêcher cet électorat perdu. C’est bien à cette tâche que s’est appliqué scrupuleusement le populiste en brisant au passage, le cordon sanitaire qui confinait l’extrême droite à la marge de la vie politique française. Loin de ramener dans le sillon traditionnel de la démocratie les électeurs du FN, Nicolas Sarkozy a plutôt entraîné dans son sillage les électeurs traditionnels de la droite sur les arpents boueux de l’extrême droite. Ce n’est pas le FN qui est revenu dans les rangs mais bien l’UMP qui a décidé de planter sa tente dans les terres fangeuses de Le Pen en se faisant féconder dans la foulée des agapes nuptiales.
 
 

 
La banalisation des idées de l’extrême droite que l’UMP a gentiment fardé sous une appellation de « droite décomplexée »
 
 
 
Une manœuvre fructueuse pour le candidat qui recueille la majorité des suffrages au premier tour des Présidentielles mais à quel prix pour notre démocratie puisque la banalisation des idées de l’extrême droite que l’UMP a gentiment fardé sous une appellation de « droite décomplexée », nous promet des lendemains joyeux et une paix civile à toute épreuve. Le message a été bien reçu par une partie de la population désormais « décomplexée » puisque les dérapages racistes et les saillies douteuses se font au grand jour au détour d’une conversation privée ou même dans le monde de l’entreprise sans que les nouveaux imprécateurs libérés ne réalisent vraiment les énormités qu’ils profèrent et les raccourcis éhontés qu’ils énoncent paisiblement. Les récentes profanations de cimetières ne disent pas autre chose puisque les plus faibles d’entre nous se laissent griser par l’air ambiant plutôt malsain et par la surchauffe électorale pour assouvir leur soif morbide de transgression sociale (liens). Un climat qui laisse présager de la France d’après… Avec Nicolas et Jean-Marie comme VRP talentueux de l’idéologie post 11 septembre et post émeutes de banlieues, tout est donc devenu possible… La boîte de Pandore est bien ouverte depuis un bon moment comme nous le prédisions à l'époque (voir ressources du site).
 
Chacun a d’ailleurs pu constater ce glissement sensible vers les bas-fonds de la stigmatisation et du populisme primitif depuis quelques mois, en fait depuis les incidents de novembre 2005 qui ont servi de détonateur là où l’on attendait que ces évènements graves servent de révélateur d’une situation sociale insupportable. La France a eu peur, elle a été bousculée dans ces certitudes et son conformisme mais, plutôt que de réagir devant le signal envoyé par les plus marginalisés de la société, comme une sorte de SOS bruyant et désordonné, elle a préféré écouter les sirènes insinuantes et sournoises qui lui ont susurré de suaves sornettes où il est question d’ordre nouveau et de matraques pour rétablir la supériorité de l’occident sur les hordes barbares de… français de banlieues colorées. Une proposition très dans l’air du temps et du « choc des civilisations » artificiellement mise en scène par les « faucons » fascisants. Une ébauche d’état policier qui ne devrait pas déplaire à Patrick Devedjian, proche conseiller de Nicolas Sarkozy, n’est-ce pas ? Balivernes évidemment puisqu’en remettant le couvercle sur la marmite en ébullition et en accentuant sans cesse la pression dans la cocotte-minute en fusion, les apprentis sorciers nous préparent une prochaine dépressurisation de taille qui nous fera sans doute regretter de ne pas avoir traiter le problème avant qu’il ne soit trop tard.
 
La campagne du premier tour a finalement illustré cette dérive du débat politique vers ce qui ressemble de plus en plus à un cloaque pestilentiel où les invectives, les coups bas et les pièges ont remplacé la confrontation des idées, des programmes et des projets. Une tactique importée des USA, le modèle patenté de notre atlantiste préféré (voir lien sur l'architecture du bloc euro-atlantiste - Mondialisation). On s’étonne donc à peine du culot proportionnel à son talent d’imposteur de Nicolas Sarkozy qui dénonce une campagne de diabolisation de ses adversaires à son égard (lien Libération sur la campagne de haine dixit UMP). Dans toute la panoplie des travestissements qu’il a endossé, il ne lui restait plus que le rôle à contre-emploi du petit chaperon rouge aux grandes dents pour compléter son époustouflant numéro de transformiste frénétique.
 

 
Une équipe de choc prête à retaper la ruine brinquebalante qu’ils laissent en guise de bilan de gouvernance
 
 
 
Bluffant en effet puisque lui et ses comparses, au pouvoir depuis cinq années avec une majorité absolue, auront réussi le tour de force de mettre le pays en lambeaux pour mieux ensuite se présenter comme une équipe de choc prête à retaper la ruine brinquebalante qu’ils laissent en guise de bilan de gouvernance. Un délabrement relatif quand même puisque les cercles amis du pouvoir se sont grassement enrichis pendant l’exercice calamiteux pour le reste des citoyens et qu’ils comptent bien faire perdurer ce banquet indécent en mettant tous leurs puissants moyens à disposition de leur meilleur avocat du… diable. On prend donc les mêmes qui ont gravement failli (émeutes, précarisation, chômage, collusion entre les élites, dégradation du tissu social, état policier, dérapages et intimidations permanentes, provocations, règne de la communication mensongère, etc) et on recommence de plus belle la prédation et la prévarication.
 
Voilà le programme… faire du neuf avec des vieux routiers de la politique qui ont largement démontré leur incompétence, leur sens du dévouement particulier (Raffarin, Juppé, Balkany, Devedjian, Carignon, Copé, etc) et leurs sources d’inspiration idéologique ultra libérale. Vive ce monde à la sauce Hayek où 98 % de la population se partage 2 % des richesses, quoi de plus normal ? (liens Agoravox et Voltaire sur Hayek, lien Incapable de se taire). Ce sont ces mêmes équarisseurs qui ont déchiré le tissu social qui vont recoudre les plaies ouvertes, n’est-ce pas ? Une prime à la casserole en somme pour un pays visiblement prêt à s’offrir un petit Berlusconi tout en plaçant les thèmes du pouvoir d’achat, de la lutte contre le chômage et la précarité au cœur de leurs revendications électorales (lien Plume de presse). On marche sur la tête en espérant que le poulain du MEDEF rimera avec justice sociale et défense des catégories les moins aisées.
Cet aveuglement de l’électorat, incompréhensible si l’on omet la formidable machine de propagande du populiste, a de quoi nous laisser songeur et il relativise finalement la notion un peu surannée de « bon sens populaire » pour mettre d’actualité la saillie piquante de De Gaulle sur la « chienlit ». Un peuple qui sera privé de référendum sur l’Europe par Nicolas Sarkozy s’il accède au pouvoir et qui n’assistera pas à un débat entre Royal et Bayrou vendredi puisque la PQR (presse quotidienne régionale) en a reçu l’ordre (liens Libération, AFP). Voilà une manière bien signifiante d’illustrer la nouvelle « démocratie irréprochable » de Sarkozy, Juppé, Balkany and Co et un résumé saisissant de leur conception un peu particulière du débat démocratique…
 
 
Quoi d’autre dans l’actualité ? Besson ? Baissons le rideau sur cette sombre mascarade. Bayrou ? Evidemment, il fera l’objet d’un article bientôt. Al Quaida qui menace notre pays en entretenant un climat propice pour le pseudo champion de la « sécurité » aux statistiques bidouillées (lien Nouvel Obs) ? Voilà un nouvel exemple troublant des méthodes utilisées par les « néo-cons » pour faire avancer leur fascisme rampant : distiller la peur, installer la division et récolter les fruits amers de la décomposition sociétale… L’élection de Nicolas Sarkozy devrait achever l’œuvre de dynamitage de l’Europe au profit des instigateurs de l’ombre qui n’ont jamais hésité à utiliser le terrorisme contre leur propre population pour parvenir à leurs fins funestes (lien Voltaire sur le Gladio). De la même manière, ces sinistres princes des ténèbres qui sont en train d’installer une junte militaro-industrielle à l’échelle planétaire, ne se gênent pas pour trucider ceux qui pourraient entraver leurs noirs desseins, les journalistes en savent quelque chose… (liens Le Monde et " la plume trempée dans le sang " - Omegalpha). Dans cet univers d’imposture permanente et de mensonge érigé en système de gouvernance, l’irruption du réel est bien trop insupportable et bien trop destructrice pour ne pas supprimer froidement la menace. On tue le messager avant que le message n’arrive et que le complot soit éventé. A part cela ? Le CAC 40 se porte bien et anticipe déjà la victoire de l’imposteur (lien Nouvel Obs). La casse sociale ne marque aucune pause en attendant de passer à la vitesse supérieure, bientôt (lien). Plus que quelques jours de retenue avant la libération des énergies « positives » qui sommeillent en France… Patience.
 
 

 
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La répartition des richesses (Incapable de se taire)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 
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CC Jung

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