Ce qui attend les blogueurs frondeurs

Publié le par cc jung in effect

On entend ici et là quelques commentateurs habituels de la campagne, de ceux qui nous vendent à en perdre haleine du Sarkozy depuis des années de propagande permanente, se plaindre des nombreuses attaques que subit leur candidat préféré. Ils ne font d’ailleurs que reprendre en écho la voix de leur maître qui se dit victime d’injustes réprimandes et d’un climat délétère qu’il n’a absolument pas contribuer à alimenter bien évidemment. Après les moutons égorgés, l’excision, la génétique au service de la dianétique, la profession de foi sincère et très catholique, les pêcheurs casseurs absous, les fraudeurs de Gauche et de Gare du Nord, le ministère de l’immigration et de l’identité nationale, la France que l’on aime et que l’on doit quand même parfois quitter en charter, la chasse aux enfants de sans-papiers, les bavures, les censures multiples, les coups de sang répétés, la brutalité des mots, la haine du pauvre, de l’étranger et du chômeur érigée en culte confortable du libéralisme fascisant (liens), notre Empereur envisage de s’attaquer à internet. En toute discrétion pour le moment.

Récemment, pour expliquer sa rebuffade à propos d’un débat sur le web avec les autres candidats, Nicolas Sarkozy se justifiait en assurant que le média internet était « hors la loi  » (lien)… Voilà une bien étrange ritournelle qui prend tout son sens si l’on songe que ce quatrième pouvoir bis est bien le seul pour le moment qui échappe à sa mainmise et à son contrôle absolu. Le partisan de la « démocratie irréprochable » qui censure les livres et fait virer les journalistes trop indépendants, celui qui menace quiconque à l’outrecuidance de ne pas lui cirer ses talonnettes, est bien décidé, en cas de triomphe électoral, à remettre de l’ordre aussi dans cette jungle numérique peuplée de terroristes, de rebelles, de gauchistes, d’opposants blogueurs et de blagueurs facétieux.
L’article du Monde qu’Omegalpha publie en partie, devrait éclairer ceux qui ne sont pas encore au courant de ce volet presque clandestin du programme du candidat. Encore une charge contre l'apôtre de la tolérance ? Il s'agit d'un projet de loi. Nicolas Sarkozy se dit victime d’une diabolisation, quel vilain procédé de campagne... utilisé par les autres prétendants.
Le voilà donc qui se transforme en victime, plaint par une cohorte frénétique de journalistes courtisans, ceux-là même qui flinguaient à tout va l’outarde bancale du Poitou-Charentes et qui jugent que l’information parallèle donnée par le web échappe décidément à toute réglementation. Un coup d’œil sur les liens proposés devrait camper le décor de la merveilleuse France d’après qui se profile… Editons donc avant en attendant l’étiquetage, le flicage et les sanctions.
 
 
 
 
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«  Discrètement, en marge de la campagne, le gouvernement prépare un décret qui, s'il était appliqué, tuerait l'Internet "made in France". En effet, sous prétexte de surveiller au plus près les internautes, un décret d'application de la loi sur la confiance dans l'économie numérique du 21 juin 2004, exige que les éditeurs de sites, les hébergeurs, les opérateurs de téléphonie fixe et mobile et les fournisseurs d'accès à Internet, conservent toutes les traces des internautes et des abonnés au mobile, pour les délivrer à la police judiciaire ou à l'Etat, sur simple demande.
Au-delà du coût incroyable que cette conservation représenterait, cette mesure ne pourrait que déclencher une défiance immédiate des Français à l'égard de leur téléphone mobile ou fixe, comme à l'égard des acteurs français d'Internet, assassinant instantanément l'économie numérique française, pourtant décrite comme stratégique par nos chers candidats.
Le décret en préparation exprime le fantasme "Big Brother" : tout savoir sur tout et tous, même l'impossible. Selon ce texte, les opérateurs téléphoniques, les fournisseurs d'accès à Internet, les hébergeurs et les responsables de services en ligne (sites Web, blogs, etc.), devraient conserver pendant un an à leurs frais toutes les coordonnées et traces invisibles que laissent les utilisateurs lors d'un abonnement téléphonique ou à Internet, lors de leurs déplacements avec un téléphone allumé, lors de chaque appel ou de chaque connexion à Internet, de chaque diffusion ou consultation sur le Web d'un article, d'une photo, d'une vidéo, ou lors de chaque contribution à un blog.
En substance, devraient être conservés les mots de passe, "pseudos", codes d'accès confidentiels et autres identifiants, numéros de carte bancaire, détails de paiement, numéros de téléphone, adresses e-mail, adresses postales, le numéro de l'ordinateur ou du téléphone utilisé, le moyen d'accès à un réseau, les date et heure d'appel, de connexion et de chacune de leurs consultations ou contributions sur un site Internet. A tant vouloir être exhaustif, le texte imposerait d'identifier quiconque, en France, aura mis en ligne, modifié ou supprimé une virgule dans son blog, un "chat", ou sur le Web. Techniquement, on peut, certes, tenter de savoir qui s'est connecté à un site et constater sur Internet ce qu'il diffuse à un instant donné.
Mais en cherchant à conserver la trace de la publication d'un contenu qui aura, par la suite, été retiré, le texte impose de facto de mémoriser systématiquement tout ce qui est mis en ligne, modifié et supprimé sur "l'Internet français". De l'avis unanime des spécialistes, c'est économiquement et techniquement impossible. Même les Etats-Unis de George W. Bush et leur "Patriot Act" post-11-Septembre n'ont jamais envisagé pareille conservation ou réglementation, qui soulèverait sans doute l'opinion publique américaine d'aujourd'hui, mais s'opère sans bruit en France.
Le coût, aussi bien pénal qu'économique, d'un tel dispositif serait colossal pour la France. En cas de résistance, ou juste de passivité, la sanction encourue est lourde : les fournisseurs d'accès à Internet ou les sites Internet français qui ne conserveraient pas toutes ces données seront passibles de 375 000 euros d'amende et leurs dirigeants, d'un an d'emprisonnement et 75 000 euros d'amende, sans compter la fermeture de l'entreprise, l'interdiction d'exercer une activité commerciale, etc. Lors d'une réunion organisée en catimini le 8 mars 2007 par les ministères de l'intérieur et des finances - le ministère de la justice jouait, une nouvelle fois, les absents -, certains professionnels ont fait valoir, notamment, que cette conservation leur coûterait très cher en stockage informatique et en moyens humains. De plusieurs dizaines de milliers à plusieurs millions d'euros par an de perte nette.
Pourtant, la plupart des sites Web, les Web radios, les blogs, la vidéo à la demande ou mobile, sont encore en quête d'un modèle économique pérenne. Déjà insécurisée par la complexité des enjeux de propriété intellectuelle, l'économie numérique de demain - celle du contenu et pas seulement de l'accès - serait encore fragilisée par une telle surenchère réglementaire franco-française.
En imposant aux entreprises françaises d'être des auxiliaires de justice ou des "indics", l'Etat fragilise tout un pan de l'économie de demain et de la démocratie d'aujourd'hui, en favorisant qui plus est, la domination déjà outrancière des grands acteurs internationaux de l'Internet, qui ne seront pas impactés à l'étranger. Jusqu'alors, seuls les fournisseurs français d'accès à l'Internet et hébergeurs étaient soumis à cette exigence et l'Etat, qui avait promis des compensations financières aux coûts induits par une surveillance des moindres faits et gestes de leurs clients, met tant de mauvaise grâce à s'acquitter des indemnités dues que certains d'entre eux ont renoncé à en réclamer le règlement, préférant envisager la délocalisation pure et simple de leurs activités... Ces menaces proférées par quelques poids lourds de l'Internet en France font sourire Bercy, qui semble n'avoir pas encore compris qu'Internet est un réseau mondial dont de nombreux prestataires peuvent s'établir et payer leurs impôts presque où bon leur semble.
 

La menace...

"Ce qui pourrait n'être qu'un décret illisible de plus est aujourd'hui une menace de mort pour tous les acteurs concernés, de la presse aux blogueurs…"
 
Il reste que la confusion des genres est totale. Toutes les données conservées seraient accessibles à la police administrative (RG, DST, etc.) comme à la police judiciaire, pendant un an. Les réquisitions administratives pour la "prévention du terrorisme" seraient également conservées un an dans des fichiers tenus par les ministères de l'intérieur et de la défense. Les réponses à ces mêmes réquisitions - nos traces, donc - seraient, pour leur part, conservées pendant trois ans supplémentaires et communicables à la police judiciaire. Ainsi, des données récoltées sur la base de requêtes administratives initialement motivées par la prévention du terrorisme pourraient se retrouver dans le dossier d'un juge d'instruction en charge d'une affaire de droit à l'image, de diffamation ou de contrefaçon, par exemple, sans que les personnes mises en cause par des traces informatiques vieilles de 4 ans, puissent connaître - ni contester - l'origine ou la pertinence de ces données, ni le contexte dans lequel elles avaient été recueillies, en dehors de toute procédure judiciaire, sans magistrat ni contradictoire, quatre ans auparavant.
Ce projet de décret constitue donc une véritable menace de mort. Il est inquiétant pour trois raisons essentielles. D'abord, le coût. A vouloir faire conserver et restituer par les entreprises, sous peine d'investissements à perte, de prison et d'amendes, des traces qu'elles n'ont pas de raisons ou de possibilité d'avoir, la France créerait une distorsion de concurrence au détriment de sa propre économie numérique, pourtant motrice de notre croissance. Un internaute choisira plus aisément un site non surveillé qu'un site français pour s'informer, même s'il n'a rien à craindre de sa recherche. (…)
(…) Ce qui pourrait n'être qu'un décret illisible de plus est aujourd'hui une menace de mort pour le développement du numérique en France et pour tous les acteurs concernés de près ou de loin par celui-ci, de la presse aux blogueurs, en passant par la grande distribution, les opérateurs de téléphonie, les fournisseurs de logiciels, les fabricants d'ordinateurs, etc. Sous prétexte de lutter contre la menace réelle du terrorisme, l'Etat français prend - comme aucun autre - le risque de tuer une part non négligeable de l'avenir du pays, sans aucun état d'âme et dans le silence assourdissant d'une campagne présidentielle omniprésente sur Internet, mais muette sur le développement de l'Internet.  (…)
 
Article intégral : L'Etat veut-il tuer Internet en France ?, par Philippe Jannet (Le Monde). Philippe Jannet est président du Groupement des éditeurs de sites en ligne (Geste).
 
 

 
 
La France d’Après  :
 
 
 
 
 
 
 
«  (…) Lundi 16 avril, vers 15 heures, plusieurs dizaines de gendarmes arrivés dans une armada de fourgons sont intervenus de façon extrêmement brutale dans un atelier clandestin de textile rue André Karman à Aubervilliers : portes défoncées, hurlements, cavalcades, poursuites et interpellation violente de ceux qui tentaient d’échapper sous les yeux des enfants du centre de loisirs. Une femme qui tentait de s’échapper par une échelle est tombée et a du être hospitalisée. Au moins une vingtaine de personnes, dont plusieurs parents d’enfants scolarisés ont été placés en garde à vue puis en rétention. Deux enfants (10 ans et 1 an) qui habitaient un logement contigu à l’atelier ont été eux aussi arrêtés. Ils sont actuellement au centre de rétention de Oissel avec leurs parents. Deux autres enfants dont les parents ont été placés en rétention ont été recueillis par des amis. Un bébé de deux mois dont la chambre jouxtait l’atelier est décédé. Aucun lien n’est établi pour l’heure entre ce décès et l’intervention de la police. La famille demande qu’une enquête médicale détermine de façon certaine les causes du décès de cette fillette. (…) »
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
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CC Jung

Publié dans les dépêches orange

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