Le Figaro, la désinformation au quotidien

Publié le par cc jung in effect

Il est toujours utile de parcourir le Figaro, le brillant quotidien du marchand de canons, Marcel Dassault. Les analyses se succèdent dans les colonnes, plus brillantes les unes que les autres. Chacun vend sa soupe populaire, distille sa petite propagande, se fait un peu voir pour ne pas se faire oublier, ment effrontément pour imposer une opinion et occulte finalement la vraie mission d’un organe de presse, celle d’informer. Une véritable petite représentation théâtrale avec ses premiers rôles, ses vedettes, ses cabotins et ses seconds rôles si utiles pour lier la sauce propagandiste. Omegalpha se propose dans un premier temps de doubler le mauvais film qui nous est déroulé par le Figaro à propos de l'Afghanistan avant de s’attarder sur la livraison du jour.
Et dire qu’il s’agit là assurément de grands professionnels de l’information, d’élus et de spécialistes qui monopolisent les débats, peuplent les colonnes et se bousculent pour apparaître à notre fenêtre cathodique. Les mêmes qui nous ont assuré que la piste saoudienne était la bonne pour le 11 septembre avant d’admettre, des années après, qu’il s’agissait d’un montage et d’une extrapolation bien arrangeante comme le relève le Réseau Voltaire. Les mêmes qui tous les jours, sans relâche et avec la lente obstination du laboureur, creusent le sillon de la désinformation.
 
 
( Mission impossible en Afghanistan , le Figaro, italiques by CC Jung )
 
« L'attention portée à la situation dramatique de l'Irak fait oublier une autre guerre, tout aussi cruciale pour la stabilité internationale, celle que l'Otan mène difficilement en Afghanistan pour empêcher les talibans de revenir au pouvoir (voilà une affirmation gratuite. Les mêmes paysans pachtounes qui combattaient une autre occupation, celle de l’armée rouge, étaient qualifiés de combattants du peuple à l’époque et chacun louait l’islamiste modéré et emblématique, feu Commandant Massoud, pour sa résistance face aux envahisseurs…). Ce combat, entamé quelques semaines après les attentats du 11 septembre 2001, a permis de mettre fin à un régime moyenâgeux parmi les plus rétrogrades de la planète (la milice des Taliban est une émanation des services secrets pakistanais et de la CIA mais cela n’est nullement mentionné évidemment). Mené avec le consentement de la communauté internationale, il mériterait d'être conduit à son terme avec l'appui le plus large et, surtout, les moyens nécessaires à sa réussite (les forces de l’OTAN transformées en légions de l’Empire, sont priées de réparer les dégâts de l’US Army qui a réussi à se mettre à dos l’ensemble des Afghans à coups de tapis de bombes aveugles, d’élections démocratiques truquées et d’un laissez-aller remarquable en matière de lutte contre la production de drogue tout en incluant les sanguinaires chefs de guerre dans la coalition qui « dirige » le pays).
 
Malheureusement, la guerre d'Afghanistan n'est pas encore perdue, mais elle est très mal engagée (les combattants afghans sortent de plusieurs décennies d’affrontements et tout ce qu’ils leur restent, c’est l’expérience guerrière du chaos…). Le général David Richards, commandant en chef des troupes de l'Otan, vient de lancer un nouvel appel au secours : les 33 000 soldats sous ses ordres sont largement insuffisants pour parvenir à une victoire rapide (lorsqu’il s’agit de combattre des armées ou des insurrections du Tiers-monde, la seule issue militaire se doit d’être « une victoire rapide » mais l’avance technologique de notre instrumentation mortifère et couarde in fine, se heurte souvent au courage et à la débrouillardise du pauvre mais déterminé. Lui, il n’a rien à perdre).
 
 
 

Dérouler les fils...

 
 
Tandis que le gouvernement Karzaï ne parvient pas à imposer son autorité en dehors de la capitale (et pour cause… Cet ancien cadre qui a siégé au côté de Condeleeza Rice dans l’industrie pétrolière US, a réussi le prodige démocratique de hisser son pays au rang suprême en matière de production d’héroïne et de corruption. Retranché à Kaboul, il dévore la manne du pavot en famille) les combats ne font que s'intensifier. Les talibans sont loin de menacer Kaboul, mais ils sont de mieux en mieux armés et organisés. Aidés par des djihadistes venus d'Irak (Al Quaeda se devait de participer au festin propagandiste. Avec Al Quaeda, la fête est plus folle ! ), ils parviennent à monter des opérations militaires de plus en plus sophistiquées. Le sud et le sud-est du pays sont devenus de véritables zones de guerre (le gouvernement fantôme de Karzaï n’a jamais contrôlé le pays plus loin que les faubourgs de la capitale, bien retranché dans les bases américaines. Cette soudaine expansion du péril islamiste est une déformation propagandiste à des fins de dramatisation. Rien de nouveau dans la situation sauf la formulation…). 
 
 
Les alliés d'al-Qaida (le sésame sémantique, Al Quaeda qui est une création de…la CIA et des services pakistanais tout comme les Taliban et Ben Laden est/était une courroie de transmission entre ces différentes parties) sont surtout en train de regagner le terrain perdu auprès de la population des zones pachtounes où l'aide annoncée par les nouvelles autorités ne s'est guère manifestée (et pour cause…de détournement et de corruption éhontée de la part de ce gouvernement de pacotille) et où, faute d'une politique cohérente d'éradication de la drogue et de plantations de substitution ( la production d’héroïne a atteint des niveaux records au nez et à la barbe de la Coalition qui quadrille ce pays, vous êtres priés de gober cette baliverne), la culture du pavot a repris de plus belle, alimentant la corruption et le pouvoir des seigneurs de la guerre (qui siègent…au gouvernement. La « Loya Jirga », assemblée traditionnelle transformée en pseudo-gouvernement, est constituée des chefs de guerre, de trafiquants et d’hommes d’affaires, une véritable petite Amérique enturbannée).
 
 

Ouvrir l'oeil....

 
 
Dans ce contexte d'échec politique, le contingent de l'Otan qui est monté en puissance à mesure que les États-Unis réduisaient leurs troupes à 8 000 hommes est sans doute insuffisant (devant les difficultés croissantes, l’Empire a laissé ses vassaux en charge de nettoyer le chaos qu’il a semé). Il doit pacifier un pays bien plus étendu et tout aussi peuplé que l'Irak, où 135 000 soldats américains ne parviennent pas à éviter le chaos. Un pays qui est venu à bout d'un corps expéditionnaire soviétique de 150 000 hommes. (Voilà un utile rappel historique, les Afghans ne craignent plus nos expéditions stratégiques et pétrolières qui reluquent sur l’eldorado pétrolier de la mer Caspienne, ils commencent à avoir une certaine habitude de nos prédations). Avant de réclamer une augmentation de ses effectifs, le général britannique David Richards avait recommandé une nouvelle politique qui permettrait de « gagner les cœurs et les esprits » des Afghans (les sauvages doivent être apprivoisés, on appelle cela justement l’évangélisation, une pratique qui a démontré son efficacité dans toutes nos colonies, avant). Autrement, disait-il, la majorité de la population risque de passer du côté des talibans d'ici à un an (pourquoi donc puisque la Coalition vient les "délivrer" ? Bonne question...). Il n'a pas été entendu.
 
Le renforcement des troupes occidentales est certainement nécessaire, mais il ne permettra pas, à lui seul, de vaincre les talibans. Les forces de l'Otan ne l'emporteront que si la population voit en elles leur meilleure chance de salut et de prospérité. On en est loin. (La nouvelle bavure de l’OTAN qui a tué des dizaines de civils et le bombardement zélé de l’aviation pakistanaise d’une Madrassa, une école coranique, à la frontière des deux pays, sont de nature à faire croire très fort dans la mission de «salut et de prospérité » de la Coalition). En Afghanistan, pour la première fois de son histoire, l'Otan intervient en dehors de la zone de l'Atlantique nord. Il serait très grave de laisser une opération commencée sous les meilleurs auspices ( lesquels ? L'intervention de l'OTAN est justement consécutive à la dégradation de la situation. C'est cela les meilleurs auspices ? ) se transformer en mission impossible.
(Rattraper les innombrables bévues de l’Empire peut en effet ressembler à une mission impossible, c’est sans doute pour cette raison que les troupes européennes de l’OTAN doivent de toute urgence, se coltiner un Irak bis pour soulager le seigneur Bush en difficulté… C’est toute la grandeur et l’indépendance de l’Europe nouvelle qui est en jeu. Il s’agit de colmater les brèches et de prendre les coups pour montrer de la plus belle manière, notre soumission au Néron texan).
 

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Notre grand reporter, tout auréolé de son inoubliable mésaventure irakienne, apparaît de plus en plus comme un propagandiste zélé de l’Empire. Après son étonnante analyse relevée par le Réseau Voltaire (Affaire Nérac : les « révélations » de G. Malbrunot), notre brillant reporter plaide désormais pour le fédéralisme en Irak. En clair, il s’agit de démembrer ce puissant pays pétrolier. Soit, exactement le but recherché à long terme par les stratèges néo-conservateurs américains et israéliens en activant une guerre civile par le biais de milices et de groupes terroristes artificiels. Un Irak éclaté en plusieurs entités est la promesse d’une meilleure gestion de la manne pétrolière, d’une sécurisation plus ciblée par les compagnies exploitant l’or noir et d'un ennemi découpé en morceaux pour les faucons de Tel Aviv. A quoi joue donc le journaliste qui est pourtant un fin connaisseur des enjeux régionaux ?
 
Le sémillant et très léger cheval de course de l’écurie Sarkozy singe désormais son mentor. Il fait comme lui, de l’épandage médiatique en se répandant régulièrement sur tous les sujets de société avec l’aplomb du bluffeur et la suffisance du parvenu médiatique. Dernière livraison, cette brillante tribune pour expliquer que la délinquance des mineurs peur être amoindrie par un meilleur parcours scolaire. Voilà une sacrée révélation qui enfonce…des portes ouvertes. C’est une telle évidence que l’on peut se permettre des variations à l’infini. Exemple ? C’est dans la cellule familiale que se gagnera la guerre contre la délinquance, c’est le magistrat qui détient un rôle clef pour gagner la guerre contre la délinquance des mineurs, c’est l’assistante sociale qui peut enrayer l’explosion de la délinquance des mineurs, c’est le sport qui peut freiner la montée de la délinquance des mineurs, etc, etc, etc…
 

 
 
 
Voilà également une belle contribution à nos débats de société. On doit cette fulgurante saillie à Yves Jégo, Maire de Montereau-Fault-Yonne, député (UMP) de Seine-et-Marne, président d'Entreprendre Villes et Quartiers. C’est le type même de serpent de mer qui réapparaît régulièrement dans l’actualité, la fausse bonne idée montée en épingle. C’est en fait le prototype d’une campagne de communication vide de sens mais qui a le mérite de mettre en lumière…celui qui en a pris l’initiative. Les nouvelles technologies vont donc, un jour peut-être, faire disparaître les banlieues… Le neuf trois qui se volatilise en un clic de souris, Les Mureaux transformés en start-up frénétique et Clichy-sous-Bois l’électrique transformée en centrale d’appels… Voilà bien un doux rêve de la majorité UMP, faire disparaître les Banlieues comme un lapsus délicieux en bouche.
L’article en question est une manière de vendre son association et le clan dont il fait partie (Sarkozy) et de défendre le bilan du gouvernement sur la question des banlieues. « La politique des pôles de compétitivité et les pôles d'excellence rurale née de la volonté de Nicolas Sarkozy et du travail de Christian Estrosi accompagnent cette logique afin de permettre à nos territoires de mieux trouver leur place dans la compétition internationale. » souligne le penseur. En fait de banlieues et de nouvelles technologies, il s’agit surtout de louer la magnifique politique de la ville et le remarquable travail de Nicolas Sarkozy. Notre homme doit sans doute lorgner un portefeuille ministériel quelconque et il a justement surfé sur l’actualité en brandissant un faux-nez pour cacher la manœuvre réelle. Là aussi, on pourrait remplacer nouvelles technologies par n’importe quel mot. Au choix : le sport, l’associatif, la rénovation, les transports, l’intégration, la sécurité de l’emploi, les entreprises, etc, etc, etc…
 
 
 
 
Les spécialistes…de la désinformation et de la mystification épinglés ? Ces experts passent pourtant pour des sommités en matière de terrorisme…
 
 
Lecteur du Figaro and Co :
 
 
 
 
 
See U
 
 
CC Jung
 

Publié dans Omegactualité

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