les "cow-boys" de Sarkozy ont désormais leurs "apaches"

Publié le par cc jung in effect

Les incidents entre la police et les banlieusards dégénèrent de plus en plus fréquemment comme cela s’est passé aux Tarterêts, à Vitrolles ou aux Mureaux tout dernièrement. Cette dégradation du contact entre les forces de l’ordre et ceux qu’ils sont censés protéger, démontre les limites de la politique des gros bras et de l’intimidation en uniforme. Celle-là même qui caresse dans le bon sens l’électorat le plus convoité, celui du Front National. Soumis à différentes pressions venant de la part de politiques plus soucieux de leur image publique que de la réelle efficacité de leurs décisions en matière de sécurité, les forces de l’ordre sont souvent hors des limites en matière de méthode et de comportement. Nicolas Sarkozy voulait des shérifs à la mode américaine, il a eu des « cow-boys » comme sont surnommés les unités anti-criminalité en banlieue. Conséquence inattendue, les indiens sont en train de faire leur apparition dans les réserves de nos grandes agglomérations pour parfaire le scénario dramatique.
 
Le précepte est vieux comme le monde mais il fonctionne toujours : la violence engendre la violence. Les incidents sérieux qui opposent les forces de l’ordre aux citoyens se multiplient sans que les habituels commentateurs de l’actualité ne pointent du doigt là où cela fait mal. Il y a quelques jours à peine, deux CRS en patrouille se sont littéralement faits attaquer par une vingtaine de jeunes banlieusards à la cité « sensible » des Tarterêts (Corbeil-Essonnes). Un nouvel incident du même type a eu lieu dans la splendide ville des Mureaux (Yvelines) impliquant les mêmes protagonistes, le Figaro n’hésitant pas à évoquer une véritable «série noire » (Lien). Au delà de la violence de ces affrontements et de leur caractère inadmissible, il est évident que ces échauffourées sont le signe évident de la faillite d’une méthode, celle du tout sécuritaire, celle de Nicolas Sarkozy.
 
A son arrivée au ministère de l’intérieur, le champion des formules nous avait promis du bleu partout et il ne s’est pas trompé. Effectivement, il y a des bleus partout et surtout beaucoup trop d’ecchymoses de part et d’autre. Pour happer quelques voix dans la partie faisandée de l’électorat de l’extrême droite, notre futur président de la République a misé sur la matraque, la répression et la provocation pour mettre au pas cette France que l’on préfère ne jamais voir sortir de ses clapiers et de ses mouroirs bétonnés. Prière de crever en silence, de chômage, de drogue, d’ennui, de rancœur, de solitude et de frustration dans le périmètre réservé à cette génération déboussolée, les caves et les halls d’escalier de cités « nouvelles » et surtout informes. Et encore, une loi Sarkozy prohibe désormais les halls d’immeuble, ces petits locaux improvisés où l’ennui se fume et se boit jusqu’à tard dans la nuit, faute de mieux.
 
Transformée en véritable petite milice républicaine pour servir de buldozer électoral au candidat frénétique, la Police est priée de faire du chiffre…avec des hommes, de la misère et de la désespérance, celle des banlieues. La localisation des incidents est tout sauf anodine puisqu’elle implique à chaque fois, les forces de l’ordre et les habitants des cités réputées difficiles. Corbeil-Essonnes, les Mureaux, autant de bombes à retardement où l’on entasse toutes les populations difficiles, celles qui font tâche et qui colorent, les mêmes que l’on a vu spontanément affronter cette police à qui il est demandé de remettre de l’ordre dans un no man’s land laissé à l’abandon depuis des décennies. Là où l’on attendait un effort exceptionnel de l’Etat après les graves émeutes de novembre, là où l’on attendait plus d’assistantes sociales, des maisons de l’emploi, des locaux pour jeunes et des fonds pour les associations comme promis, rien n’est arrivé, à part plus de policiers…
 

Pensée unique...

 
La danse que les jeunes pratiquent le plus fréquemment est celle du tonfa réglementaire
 
 
La Police en banlieue, c’est tout un poème qu’il serait trop long de déclamer ici mais au quartier des Musiciens, ils connaissent parfaitement la partition. Il y a ces patrouilles incessantes qui sillonnent le drôle de jeu de construction architectural de cette ville nouvelle sans âme, prêtes à happer la moindre incivilité pour faire exemple, pour mater le métèque, pour faire du chiffre et démontrer que l’uniforme est la plus belle des protections pour les ratonnades en règle. Bien sûr, les habitants de ce quartier sont loin d’être des mélomanes adeptes du "deux-tons" qui déchire si souvent la quiétude apparente des lieux. La danse que les jeunes pratiquent le plus fréquemment est celle du tonfa réglementaire dans les jambes qui vous entraîne dans une drôle de gigue avec une variante électro pour le Taser et une version encore plus débridée, celle du flash-ball.
 
Que dire de la fameuse unité de la BAC (Brigade anti-criminalité) assignée dans cette cocotte-minute sinon que les sbires sont notoirement connus pour leur exquise civilité, leur courtoisie à toute épreuve et leur sens du spectacle. Leurs interventions sont de véritables happenings dédiés à la violence urbaine avec sons et lumière : les portes claquent, les pneus crissent, les mots dérapent, les cris déchirent les courants d’air qui se faufilent entre les angles de béton avant que le reste de la troupe arrive dare-dare pour le final grandiose, casqués et armés jusqu’aux dents, grimés pour inspirer la peur et surtout faire oublier la leur. Le public au balcon, bien que réputé difficile, n’hésite généralement pas à saluer la performance en jetant des offrandes hétéroclites et en interpellant les figurants.
 
Drôle de jeu du chat et de la souris qui dégénère parfois en drame dans ces souricières anguleuses, dans ces territoires occupés à tromper l’ennui, dans cette France périphérique où le destin ne mène jamais très loin de la prison ou de la "galère". Il y a parfois un peu d’animation, des journalistes viennent de temps en temps, à l’aube, pour assister à la capture des fauves exotiques aveuglés par les sunlights (lien Le Monde). Parfois c'est le ministre en personne qui se déplace en promettant de nettoyer les cages décrépies du zoo au Karsher et puis la chape de plomb retombe, le couvercle se referme et la mixture épicée se remet à bouillir…
 
Rien n’a changé depuis les émeutes en banlieue si ce n’est le climat qui s’est dégradé encore entre des forces de l’ordre dépassées par leur mission impossible, des unités formées à la louche et transformées peu à peu, en bandes armées luttant pour la possession d’un territoire avec les mêmes codes de violence qu’une jeunesse banlieusarde étiquetée d’avance délinquante, rebelle et insoumise. Le modèle du tout répressif (peines automatiques, incarcérations massives) s’est avéré comme partout ailleurs, complètement improductif, les USA en sont un exemple édifiant. Le concept de « tolérance zéro » importé sous nos latitudes ne fonctionne pas mieux et l’intimidation et la stigmatisation d’une partie de la population française n’est pas non plus de nature à apaiser les tensions existantes. Tous les ingrédients sont réunis pour une nouvelle flambée émeutière, les mêmes causes donnant les mêmes conséquences. Quoi qu’il en soit, le sujet de la sécurité doit être bien gardé au chaud pour servir de plat de résistance à la future campagne électorale même si l’on peut légitiment se demander jusqu’où cette escalade va nous mener et quel est celui qui espère bien tirer les marrons du feu ou les y jeter.
 

Liens :
 
 
 
« (…) Mais des témoins interrogés lundi contredisent la version officielle des faits. Selon eux, les jeunes qui ont affronté les forces de l'ordre n'étaient que quelques dizaines, une cinquantaine au plus. Surtout, ils auraient réagi à la brutalité de l'interpellation du conducteur en infraction. "Ils l'ont traîné direct hors de la voiture... Nous on est arrivés et on a dit : 'C'est pas normal, allez-y mollo !' Après, il y a eu des jets de pierres, les policiers se sont sauvés et ils ont laissé la voiture", a relaté un jeune homme qui affirme avoir participé aux échauffourées.
Un autre jeune d'une vingtaine d'années assure que "la personne était K.-O., en train de cracher ses dents. Ils l'ont traînée par terre. Les jeunes sont venus dire aux policiers de faire ça proprement". Selon un autre habitant, un "agent de prévention" de 28 ans, le contrevenant était "un jeune toxico, très maigre" : "Les policiers l'ont traîné au sol (...), des jeunes sont venus en exigeant qu'on appelle l'ambulance. Les policiers ont sorti l'extincteur et ont gazé tout le monde, c'est de là que c'est parti."(…) »
 
 
 
 
 
 
 
Sélections de stars contre le racisme (Libération – Reuters)
 
Ressources du site :
 
 
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CC Jung
 

Publié dans Omegactualité

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