Liés à l'Empire pour le pire et le meilleur

Publié le par cc jung in effect

Loin des yeux rivés sur l’écran verdoyant, l’actualité déroule son inépuisable pelote et des informations se perdent dans le brouhaha bien qu’elles méritent une attention particulière. Un exemple ? Les autorités américaines viennent de reconnaître un espionnage systématique des transactions financières. Tout ceci bien sûr au nom de la fumeuse lutte contre le terrorisme. L’argument massue cache bien évident un mensonge massif…
 
D’utilité publique pour l’Empire devrait être déclarée la nébuleuse d’Al Quaeda. Après la « divine surprise » du 11 septembre, la lutte contre le réseau « terroriste » offre des opportunités et des débouchés fabuleux pour l’administration Bush qui brandit le bouclier barbu comme un laissez-passer magique pour faire tout et surtout n’importe quoi. Tétanisée par le film à grand spectacle des tours jumelles et des avions-missiles, notre lucidité s’est peu à peu évanouie dans un rideau de fumée et de cendres propice à toutes les petites combines en coulisses. En tant qu’alliés compatissants, nous avons fébrilement collaboré à la mise en place d’un gigantesque piège qui nous maintient désormais solidement arrimés à la mascarade planétaire des faucons du Pentagone.
 
Le brusque revirement stratégique que constituent les attentats contre les tours du WT Center et la naissance simultanée d’un nouvel ennemi insaisissable, protéiforme et potentiellement destructeur, ont été d’une efficacité diabolique. L’Amérique en guerre ne nous a pas vraiment laissé le choix en déclarant tout de go, que ceux qui n’emboîtent pas son pas martial seraient considérés comme de potentiels adversaires tout en brandissant le spectre fantasmatique d’une guerre de religion et de civilisation pour mieux nous coller le dos au mur. Comme pour corroborer les imprécateurs, plusieurs attentats ont secoué l’Europe, histoire de rappeler aux plus hésitants que nous sommes désormais tous dans le même bain de sang et que la meilleure des défenses passait par une totale collaboration présentée comme vitale. Ainsi s’est refermé le nœud coulant qui fait désormais de nous des complices, pieds et poings liés. 
 

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Au nom d’intérêts communs bien compris
 
Il ne faut pas se fier aux grandes envolées lyriques de notre premier ministre Villepin (à l’ONU), aux rebuffades du chancelier Gerhard Schroeder et autres péripéties diplomatiques pour avoir une certaine idée du degré d’implication de la plupart des pays européens dans une guerre faisandée et montée de toutes pièces. C’est sans doute au nom d’intérêts communs bien compris que nos gouvernants se sont engagés dans cette folle aventure préfabriquée dans les sombres officines du Pentagone, en ignorant superbement les opinions publiques de leur pays respectif au passage. La « guerre au terrorisme », le « choc des civilisations » et tous les savants concepts pour affoler les foules et régaler les intellectuels intarissables ne sont rien d’autre qu’une mascarade sémantique, pensée et planifiée pour faire perdurer une prédation coloniale qui ne dit pas son nom.
 
Dernière preuve accablante de notre belle indépendance stratégique, la révélation par le New York Times de l’espionnage systématique des transactions financières qui se déroulent à l’échelle planétaire. Grâce à un accord secret tout à fait illégal, « l’intermédiaire financier » Swift (implanté en Belgique) a donné accès à l’administration Bush à sa gigantesque base de données. «Cette coopérative internationale constituée par 2 200 organismes bancaires mondiaux » enregistre en effet tous les flux financiers (Lien Le Monde).
 
« Le conseil d'administration de Swift a été mis au courant de l'accord secret, précise le New York Times, ainsi que les banques centrales du G10 (Canada, Allemagne, France, Italie, Japon, Pays-Bas, Suède, Suisse, Angleterre, Etats-Unis, ainsi que la Banque centrale européenne) » (Lien Le Monde). Une aubaine pour l’appareil paranoïaque US qui peut ainsi traquer et tracer les échanges afin de repérer les mouvements suspects ? C’est en effet la version officielle, la fameuse lutte anti-terroriste mais l’argument ne tient pas une seconde face à une once de bon-sens…
 

Etranges attentats à Londres

 
Pas de quoi faire sauter la banque mais un ou deux métros
 
Non seulement les attentats du 11 septembre ont coûté une broutille (moins de 500 000 dollars) tout comme ceux de Londres et de Madrid mais les réseaux terroristes ont depuis longtemps intégré le maillage bancaire et électronique qui permet de surveiller les transactions financières. Un kamikaze et sa charge de mort nécessitent d’ailleurs un sac à dos, une connexion internet pour apprendre à confectionner sa bombe et quelques produits chimiques disponibles au détour du premier chantier venu ou de la moindre quincaillerie. Pas de quoi faire sauter la banque mais un ou deux métros. " En suivant les flux d'argent, les Etats-Unis ont été capables de localiser les activistes et leurs financiers, de repérer des réseaux terroristes et d'aider à les traduire en justice et à sauver des vies ", a argumenté John Snow, secrétaire du Trésor américain. Touchante défense qui sous un accent de naïveté abrutie et mielleuse, cache à peine le cynisme de la démarche.
 
Le Trésor américain prétend être en mesure, en piratant ce système bancaire qui se vantait d’être « sécurisé », de sentir le coup venir ? La masse d’argent sale générée par le trafic de drogue et les mafias en tout genre est le deuxième plus gros volume de transactions injecté dans le système bancaire mondial après celui des multinationales et des fonds d’investissement. Personne n’a pourtant ouïe dire que les services de lutte contre ces fléaux ont procédé à des démantèlements en cascade de barons de la drogue et autres parrains russes en se basant sur le fameux maillage bancaire… Quelle efficacité ! Le fait que nombre de banques « lessiveuses » disposent d’administrateurs réputés proches de la sphère républicaine n’est d’ailleurs pas étranger à cette bienveillante cécité (le scandale de la BCCI l’a démontré). Et puis, comment distinguer une transaction bancaire litigieuse, faire le tri entre de l’argent destiné à commettre des attentats et un banal blanchiment d’argent douteux ? Tout ceci est comme d’habitude, une diversion sur le mode Al Quaeda parce que la réalité de cet espionnage massif est d’un autre ordre.
 
De la même manière que le réseau Echelon écoute le monde en permanence (sans avoir entendu parler des attentats du 11 septembre avant leur exécution…), que le projet Carnivore (NSA) mouline internet à tout va et que le système satellite GPS scanne le monde non-stop, le piratage du réseau Swift peut avoir bien d’autres utilités… La plus évidente est l’espionnage économique qui intéresse beaucoup plus les entreprises amies du Pentagone que la défense de nos pauvres vies. Le formidable outil d’espionnage de l’Empire est ainsi mis à la disposition des grandes entreprises acoquinées au clan du Pentagone pour disposer d’une longueur d’avance sur la concurrence européenne. De quoi rafler les juteux contrats en disposant de l’information, le vrai nerf de la guerre…économique. Le consortium Airbus en sait quelque chose…
 

Prédation

 
Un remarquable outil de pression
 
L’autre versant de cette surveillance du flux financier est la mine d’informations que cela induit. Des pots de vins discrètement diligentés par voie électronique en passant par les détournements et autres malversations, les services secrets américains disposent d’un remarquable outil de pression pour exercer tout type de chantage, acheter le silence ou faire tomber un adversaire coriace. La récente publication des listings de la lessiveuse de Clearstream a entrouvert d’ailleurs la porte sur un monde souterrain et grouillant irrigué par de bien sales ruisseaux… Avec un listing des transactions effectuées, on dispose d’un atout maître. Mais rassurons-nous, tout ceci est fait pour lutter contre les terroristes et « l’intermédiaire financier » Swift a agit pour préserver des vies.
 
Les Européens, sous des airs bravaches et rebelles, sont de vrais amis et de zélés collaborateurs de l’Empire. Nous leur fournissons en effet des figurants oranges pour le grimaçant happening de Guantanamo, nos aéroports sont mis à disposition pour faire transiter les charters de la torture et nous permettons les agissements indignes (enlèvements et plus) des services de Rumsfeld and Co sur le sol européen. Il ne faut pas non plus oublier notre coup de main aux légions de l’Empire en Afghanistan où la campagne US post 11 septembre a achevé de déconstruire ce pays martyr. Ou encore la fourniture de nombreuses informations au Big Brother étoilé (fichier informatique Amadeus des transports aériens, données personnelles sur les voyageurs, conservation de données internet, etc). Comme si cela ne suffisait pas, les Européens confient de plus en plus les rênes du pouvoir à leurs plus fidèles affidés (Angela Merkel par exemple en Allemagne en attendant Sarkozy à l’Elysée ?), histoire de renforcer encore la « coopération ».
 
Etrange mansuétude ou naïveté inouïe qui sont très loin des postures d’indépendance et de non-alignement apparent de nombre de capitales européennes sur la politique dévastatrice des faucons de la Maison Blanche. Cette étonnant suivisme est à mettre en perspective avec les résultats désastreux de la fameuse lutte anti-terroriste brandie comme prétexte. La méthode utilisée, brutale, grossière et contre-productive, démontre chaque jour un peu plus ses limites. Les annonces fantaisistes d’attentats déjoués ne sont là que pour amuser la galerie périodiquement et pour donner l’illusion d’une avancée dans la lutte contre un fantôme utile (Lien). Le chaos irakien, plus de trois ans après la fin officielle de la campagne militaire, prouve que les prévisions pessimistes étaient hélas, dans le vrai. L’Afghanistan s’embrase à nouveau en créant un second front (lien) et la situation s’envenime encore à Gaza. Non seulement le « terrorisme » n’a pas disparu comme par enchantement mais tous les agissements de l’Empire lui apportent une légitimité inespérée. Le spectacle de Guantanamo, les bavures de l’armée US sur les civils irakiens ou afghans (lien) en passant par le carnage permanent dans les Territoires occupés sont des arguments efficaces pour les ennemis de l'Empire. Raison de plus sans doute pour apporter un soutien sans faille à Bush et compagnie …
 
 
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« Pour Barry Steinhardt, de l'American Civil Liberties Union (ACLU), qui dénonce le manque de garde-fous, c'est "une effrayante invasion des libertés publiques". (…) »
 
Les réactions… (Nouvel Obs)

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
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CC Jung

Publié dans L'Empire du Bien

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la chroniqueuse 26/06/2006 13:30

Ton article fait peur, c'est d'une logique implacable...
Y a vraiment de quoi devenir parano...

cc jung in effect 26/06/2006 20:16

Je le suis depuis un moment, depuis le 11 septembre je crois... Merci de ta visite (j'ai pas oublié ma promesse)...