Clearstream : le chiffon rouge du corbeau

Publié le par cc jung in effect

Rien à voir…

Circulez, Clearstream n’a plus grand chose à voir avec la réalité… Les récentes perquisitions effectuées dans les respectables officines des services secrets français, au Ministère de la défense et dans les locaux de certaines grandes entreprises visent à dénicher…le corbeau, sans doute pour lui clouer le bec définitivement. L’affaire Clearstream, un énorme scandale financier, s’est transformée en une diversion bien commode. On chasse le volatile, on crée une agitation bien futile mais on ignore la réalité qui se profile.

 
Vous avez certainement eu vent de l’affaire Clearstream ces derniers temps, vous savez bien, cette affaire où la justice traque le corbeau et sa plume noire de délation en oubliant au passage de vérifier concrètement le fond du dossier qui s’avère explosif. Cette énorme machinerie de transferts de fonds occultes, un des moteurs souterrains et noirs de cambouis malodorant du capitalisme triomphant et clinquant, sert tout à la fois de blanchisseuse d’argent sale et douteux, de canalisations pour faire circuler le fluide corrupteur et de parfaite couverture pour nombre de gens insoupçonnables...
 
Et pourtant, l’énorme scandale où les chiffres de transferts de fonds obscurs culminent en trillions de dollars est présentée par le plus petit bout de la lorgnette dans la presse et par le politique. Vous êtes priés de regarder par le chas de l’aiguille pour suivre le fil de l’histoire. Il est question de traquer celui qui croasse des noms (Sarkozy entre autres) et des numéros de comptes, sur fond de soupçon de barbouzeries politicardes et d’opérations d’intoxication. L’important n’est pas de vérifier les dires de l’imprécateur mais de sortir le sécateur pour couper court aux accusations et allégations, une bien curieuse méthode d’investigation de la justice. De toute façon, la couverture isolante a été déjà tirée depuis un moment sur cette affaire en utilisant les grands moyens, de l’effacement des données informatiques, à des tours de passe-passe juridiques en passant par l’abandon pur et simple des enquêtes en cours.
 
C’est généralement le signe indéniable d’un très gros scandale que tous les protagonistes ont jugé bon de camoufler en éteignant au plus vite les flammèches qui léchaient une montagne de poudre pour allumer un feu de camps fumant à mille lieues de là. Tout comme l’autre énorme filouterie des frégates de Taiwan, à un certain niveau de cash-flow et d’happy few, les histoires d’argent finissent bien en général, dans l’intérêt entendu de tous les équarrisseurs de la planète. Ne nous racontons pas d’histoire…Contentons-nous juste d’écouter d’une oreille les contes que l’on nous raconte, les rumeurs de règlement de comptes et le chant crépusculaire du corbeau qui s’estompe. Autant d’attractions pour masquer les tribulations, autant d’actions spectaculaires pour parfaire la massive distraction.
Libération « Depuis 1999, je ne dors plus de la même manière qu'avant. Depuis cette période, j'ai suivi, caméra au poing, ce qui est devenu l'affaire Clearstream. Quand je parle de l'affaire Clearstream, je ne parle pas de celle qui fait les titres de différents quotidiens depuis le printemps 2004 et plus particulièrement ces dernières semaines. Pas plus tard que samedi-dimanche, je lis dans le Monde : «Affaire Clearstream : La traque du "corbeau"». Pour Hervé Gattegno, auteur de l'article, l'affaire Clearstream se résume à une querelle intestine entre Sarkozy et Villepin, sur fond de lutte de pouvoir au sein de l'industrie aéronautique et des services secrets français.
 
 
Ce que je voudrais raconter, c'est comment la vraie affaire Clearstream a commencé. Car il convient de remettre chaque chose à sa place. L'histoire commence dans un petit bureau, en périphérie de Luxembourg ville. J'accompagne Denis Robert à un mystérieux rendez-vous dans le cadre d'un documentaire. En face de nous, un Luxembourgeois quinquagénaire, Ernest Backes, qui a l'air d'en connaître un rayon sur les affaires financières qui secouent la planète. Le point commun de toutes ces affaires, nous raconte-t-il, est une chambre de compensation internationale, basée au Luxembourg. C'est la première fois que j'entends le nom de Cedel (ancien nom de Clearstream). Nous sommes en 1997. (…)
 
 

Regardez ailleurs...

 
 
 
(…) Lors d'une des nombreuses rencontres qui ont suivi cet entretien, Ernest Backes nous a montré une partie de ses documents, des listes de comptes. Tous les clients de Clearstream (en principe des banques), et même ceux qui avaient fait la demande de ne pas apparaître sur la liste officielle (et il y en a beaucoup).Nous avions devant nous, et ce pour la première fois, une projection assez précise de ce qu'est la finance parallèle.
 
 
Nous sommes en 1999. C'est là que nous sommes réellement passés à l'action. Nous avons multiplié les entretiens avec de nombreuses personnes, informaticiens, directeurs juridiques, salariés, ancien directeur général et actuel afin de vérifier le bien-fondé de ce que soutenait Ernest Backes. Nous avons tout enregistré, tout filmé. Plus d'un tiers des institutions financières affiliées au système, ainsi que des multinationales, ce qui est parfaitement anormal, se servent de Clearstream pour faire des transactions en toute discrétion. Et, plus grave, certaines de celles-ci sont effacées informatiquement. C'est-à-dire qu'aucune trace ne demeure entre deux banques qui viennent de «s'échanger» des titres pour des montants colossaux. Nous avons judiciairement apporté la preuve de cela sans jamais être inquiétés sur ce point. Jamais l'authenticité de ces documents et la véracité des témoignages n'ont été contestées. Nous avons fait ces recherches dans la plus grande discrétion, conscients des enjeux. L'unité, à Clearstream, est le million, parfois le milliard, et dans certaines occasions, on parle de trillions (mille milliards) de dollars ou d'euros.(…)  »
 
        
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Publié dans Omegactualité

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