Un éclairage philosophique sur le 11 septembre 2001

Publié le par cc jung in effect

Dans cette actualité tourmentée et tumultueuse, les mots des uns effacent les envolées des autres, une dépêche en écrase une autre, un article chasse les signes précédents mais il y a parfois des voix qui résonnent plus que d'autres, des paroles d'exception qu'il convient de retenir comme un bien précieux, des pensées supérieures qui fusent au dessus du lot commun, des analyses qui valent des centaines de discours verbeux. C'est ainsi qu'Omegalpha a décidé de mettre en lumière la récente fulgurance de Robert Redeker parue dans le quotidien Le Monde. Voilà un pur moment de bravoure, d'intelligence et de lucidité. Le sujet ? Le 11 septembre et sa cohorte d'illuminés du complot... Voilà un évènement planétaire qui semble avoir égaré la raison de nombre de pauvres gens, ces adeptes du doute délirant. Mario Cotillard, une petite actrice française, fait hélas partie du lot contaminé par la crasse bêtise soupire bien fort notre philosophe érudit et savant. Heureusement le sage, sans doute mis au parfum par le très irrévérencieux Marianne (un magazine détenu en partie par Carlyle group si proche de la famille Bush - voir liens), veille. Nous avons la chance d'avoir chez nous aussi, de brillants esprits « néo-conservateurs ». On aurait tellement tort de faire la fine...bouche.

 

Lire le texte au préalable pour s'imprégner de la prose savante................ ici

 
Les commentaires en italiques sont du DJ CC Jung

Laisser les propos Marion Cotillard à leur insondable sottise serait une erreur (« insondable sottise », l'argument est péremptoire et définitif, la sentence est tombée comme la foudre : Marion Cotillard est donc une sotte qui dit donc  des...sottises. Pas question pourtant de laisser l'incontinente déverser ses inepties, l'affaire est trop grave). En mettant en doute la version officielle des attentats du 11 septembre 2001 contre les Twin Towers de New York (Le Monde du 5 mars), l'actrice a en effet offert un puissant amplificateur à "la théorie du complot" (voilà donc exposé le motif de l'ire philosophique, émettre un doute sur les attentats du 11 septembre 2001 comme...42 % des premiers concernés par la tragédie, c'est-à-dire les Américains selon un sondage de l'institut Zogby international paru en 2006. Ils sont même 45 % qui espèrent une nouvelle enquête sur ces évènements - article Voltaire. Marion Cotillard n'a donc pas servi de puissant amplificateur à un doute largement répandu mais elle sert ici de bouc émissaire idéal. Une vulgaire actrice... Après Marianne, un nouveau bourreau impitoyable entre en scène). Ces divagations ne relèvent pas d'un éclair d'imagination délirante (« divagation », « éclair d'imagination délirante » après l' « insondable bêtise », les "conspirationnistes" sont servis), mais d'opinions répandues (tiens..., elle amplifie donc finalement...une opinion répandue, pas très clair le babil érudit). Il importe donc de les analyser (enfin de la lumière !).

 

L'autodésignée "théorie du complot" (faux, la « théorie du complot » n'est pas une entité propre capable de définir sa propre essence, cette appellation largement péjorative vise à dénigrer. Ils sont masochistes en plus ces délirants ?) se ramène à la vision délirante (« divagation », « éclair d'imagination délirante », «insondable bêtise » et « vision délirante », notre philosophe ne ménage pas ses effets pour asséner sa vérité à lui, dogmatique et infaillible) selon laquelle la réalité, jusque dans ses détails, fait l'objet d'une manipulation occulte dont la vérité est masquée à l'humanité. (Etonnante prise de position pour un dialecticien, une des premières allégories philosophiques est celle de la grotte de Platon qui nous apprend que la réalité est une illusion des sens. Quant à l'aspect occulte des choses, qui pourrait raisonnablement croire que l'on nous cache des choses. Soyons sérieux !) Ce conspirationnisme se développe à partir d'un usage dément  du principe du doute. ( divagation », « éclair d'imagination délirante », «insondable bêtise », « vision délirante » et « usage dément », la moitié des américains sont donc dingues et une grande partie de l'humanité qui doute également, mérite la camisole de force. « Le principe du doute » est uniquement réservé aux philosophes qui peuvent réfléchir longuement sur telle ou telle question existentielle parce que le peuple ignorant est bien incapable d'en faire un usage correct. Fous, délirants, sots, voilà comment la masse est perçue par notre représentant de l'élite suprême sans doute...). Il prend la forme d'une croyance affirmant qu'on ne doit rien croire de ce qui nous est dit (pas mal comme formule, «une croyance affirmant qu'on ne doit rien croire »... Mais...c'est bien pourtant la base de l'un des courants de la philosophie, le scepticisme du philosophe grec Pyrrhon - Wiki. Autre remarque, les médias, la presse et nos gouvernants nous disent toujours la vérité. Et puis George W Bush et son équipe de « néoconservateurs » sont de pieux évangélistes qui exècrent le mensonge. Ils ne mentent jamais, on le sait tous. Faisons confiance à tout le monde pour vivre heureux) et pose l'incroyance radicale en toute vérité établie comme norme. (Cela s'appelle le doute tout simplement, c'est l'un des principes fondateurs de toutes les sciences humaines et de la philosophie en particulier...).

En apparence, il s'agit d'une négation généralisée : nier par principe toute vérité attestée par des procédures reconnues et diffusée par les canaux habituels (« une vérité attestée par des procédures reconnues et diffusée par les canaux habituels », voilà une merveilleuse définition de la vérité officielle que l'on appelle aussi...la propagande. Soulignons que la version officielle fournie par l'administration Bush est tellement bidouillée que les familles des victimes des attentats ont refusé de cautionner le rapport. 115 mensonges ont été épinglés par David Ray Griffin, éminent universitaire maintenant à la retraite, auteur d'une trentaine d'ouvrages qui a enseigné...la philosophie des religions à la prestigieuse université de Claremont en Californie). En réalité cette négation masque une double affirmation : d'une part, toute vérité officielle, fût-elle inscrite dans les livres d'histoire, n'est que mensonge (Napoléon 1er, un délirant illuminé conspirationniste déclarait même : « L'histoire est une suite de mensonges sur lesquels on est d'accord ») ; d'autre part, la vérité cachée est le contraire de ce qu'on nous dit (raisonnons un peu. Si une vérité est cachée, c'est parce qu'elle est contraire à celle que l'on veut bien nous dire. Le postulat est bon philosophiquement parlant). On nous dit que Coluche est mort d'un accident, le vrai est qu'il a été assassiné ! (On mélange tout et cela donne une vilaine salade indigeste. Un procédé efficace de la propagande pour dénigrer une opinion. Cela s'appelle le debunking - Wiki). On nous dit qu'Al-Qaida a commis les attentats du 11-Septembre, le vrai est que ce sont les Américains qui en sont les auteurs ! (La mécanique est limpide. On prend un exemple assez outrancier en préambule pour que la confusion des genres fonctionne. Par exemple, des sites internet bidons affirment qu'il n'y a pas eu d'avions qui se sont écrasés sur les tours ou que les soucoupes volantes ont pulvérisé les mêmes bâtiments. Grotesque mais suffisant pour affirmer ensuite que les théoriciens du complot sont de délirants malades mentaux). On nous dit que l'homme a marché sur la Lune ? Mensonge ! La preuve ? Cette fable profite aux Américains ! La dialectique conspirationniste postule que la vérité est l'exact contraire de la vérité affirmée et attestée. Cette dialectique ne s'alimente que de quelques détails insignifiants (les quelques détails insignifiants ont la taille de la Tour numéro 7 qui s'est écroulée toute seule comme une grande... Imaginer qu'un état-major puisse imaginer des attentats contre sa propre population, voilà une preuve de la folie du...Département d'état US qui envisageait de mettre en œuvre l'opération "Northwoods". Des détails qui ont quand même chagriné du monde puisque le Parlement japonais a émis des doutes sérieux en pleine séance, tout comme nombre de politiques (Cossiga est le dernier en date), de professionnels (ingénieurs, pilotes, pompiers) et des témoins directs de ces tragiques évènements. Voir les informations relatives aux interrogations persistantes dans cette section du Réseau Voltaire)  mis en exergue au titre de preuves. (Les innombrables arguments qui plaident en faveur d'une révision des commissions d'enquête sont balayés d'un revers de main sans prendre même la peine d'en exposer un seul afin de démontrer sa supposée nullité. On affirme et on rejette. Le démiurge a parlé !)

Rien de plus dangereux que ce tour d'esprit ! On y reconnaît la logique négationniste (« logique négationniste », le mot est lâché. Réfuter la version officielle, c'est faire partie des négationnistes, un terme que l'on attribue à ces monstres qui nient les chambres à gaz. Aimable parenté...). Le succès dans les masses de cette façon de raisonner faux (le philosophe lui raisonne juste), conduisant à tenir pour vérité le contraire de la vérité dès lors que celle-ci est officielle, ne laisse pas d'inquiéter - c'est ainsi qu'argumentent les négationnistes, ces autres faussaires de l'histoire (encore une couche de négationnisme pour une meilleure assimilation de deux courants de pensée qui n'ont absolument rien à voir mais la calomnie et l'outrance laissent des traces, toujours).

On devine les avantages narcissiques de la croyance dans cette théorie : son adepte s'épanouit dans le sentiment de détenir un secret d'une extrême importance (croyance - adepte - secret. Les mots ne sont pas choisis au hasard. La sémantique utilisée ici induit subtilement que les partisans du complot appartiennent en fait à une sorte de secte avec toute la connotation que cela suppose). Il jouit d'en savoir plus que les plus grands savants (il jouit ? Le peuple est vil et ses bas instincts le rendent encore plus méprisable. Le voilà qui exalte ses pires instincts sexuels en prétendant faire la nique aux savants que défend ici le plus illustre d'entre eux, Monsieur Redeker). Il n'a pas eu à produire d'efforts pour s'élever au-dessus des sommités, il lui a suffi d'appliquer une disposition d'esprit : le rejet de toute vérité affirmée officiellement (la masse n'a pas produit d'efforts, elle est d'ailleurs illettrée, sale et dégénérée, du Zola. Et voilà qu'elle se permet de penser en plus. Quelle honte !)  Dans cette négation triomphe le ressentiment contre les élites de la connaissance et se déploie une figure contemporaine de l'anti-intellectualisme (le peuple contre les élites, la lutte des classes revisitée, que de clichés). Plus gratifiant encore : l'adepte de cette théorie éprouve l'ivresse d'avoir réussi à déjouer un piège collectif, dans lequel l'humanité ordinaire tombe. Il se découvre plus malin que le conspirateur qui, sous des guises diverses, trompe l'humanité depuis des siècles ! (L'adepte de la secte révisionniste se croit en plus malin, le sot ! Le peuple s'imagine donc que l'on le mène en bateau depuis des siècles. Voila une théorie délirante...)







La "théorie du complot" ne vit que d'un fantasme : la manipulation occulte. Cette obsession croît exponentiellement : plus la vérité est importante, plus elle est cachée et plus complexes en sont les manipulations. (« fantasme », « obsession » arrivent après la jouissance du sot qui défie les savants. L'utilisation du registre sexuel est intéressante et mériterait une explication psychanalytique) D'où Dan Brown et son Da Vinci Code : l'Eglise s'est constituée pour cacher la vérité sur le Christ. Le conspirationnisme a sa méthode : pour trouver la vérité cachée, il faut croire le contraire de ce qui est officiel. Il n'y a pas de preuves ! C'est qu'elles ont été dissimulées par les conspirateurs ! L'absence de preuves manifestes constitue un argument en faveur de la conspiration. (Répétitions, le bug n'est plus très loin...)



Cette théorie dénonce aussi les manipulateurs. Pour Dan Brown, c'est l'Eglise qui tient ce rôle. Généralement ce sont les juifs (
tiens, il manquait bien quelqu'un au casting de notre « néoconservateur » philosophe. On a eu Al Quaida, le peuple, la lutte des classes, l'anti-américanisme, le révisionnisme, l'église catholique et donc logiquement les Juifs pour compléter la galerie propre au « choc des civilisations »). La négation du caractère terroriste des événements du 11-Septembre voit les juifs (appelés américano-sionistes) derrière la manipulation. Nier l'événement du 11-Septembre, c'est affirmer la culpabilité américano-sioniste (raccourci hallucinant de mauvaise foi. Ne pas croire en la version du 11 septembre, c'est donc être logiquement un antisémite notoire. Qui parlait au fait de « divagation », d'un « éclair d'imagination délirante », d'une «insondable bêtise », d'une « vision délirante » et d'un « usage dément » du doute ? Qui parait complètement halluciné après une telle affirmation grotesque ?) Avec des variantes connues - la banque, l'argent apatride -, ces métaphores du juif. Les versions contemporaines de la "théorie du complot" se coulent dans une matrice : Les Protocoles des sages de Sion. (CQFD ? Les Protocoles de Sion. On est passé de la contestation de la version des évènements aux adorateurs fébriles et racistes des Protocoles de Sion. Du grand art et un grand écart fascinant).

La théorie du complot est un ersatz des grands récits concernant le destin de l'humanité. Contre-grand récit, elle est une storytelling (petite citation très dans l'air sarkozyen du temps, storytelling bling-bling). Pouffer de rire devant son énonciation reste trop court (la sotte Marion Cotillard ! Pauvre fille !). Sa parenté avec Les Protocoles des sages de Sion, son identité de structure intellectuelle avec la logique négationniste incitent à la méfiance : la théorie du complot est l'un des viscères réparés, renouvelés, du ventre d'où est sortie jadis la bête. (Ultime argument, ceux qui contestent la version officielle du 11 septembre 2001 travaillent à réanimer le nazisme ! On reste béat d'admiration devant tant de raccourcis, de présentation biaisée et de sottise réunis. Mais on a pas du tout compris le propos lumineux tant la pensée est élevée et réservée à une heureuse élite. Trop bêtes sans doute.)







Robert Redeker, philosophe

Article original : Marion Cotillard et les complots, par Robert Redeker (Le Monde)

 

Omegalpha en version révisionniste :

 

La grande famille d'Al Qaïda... - La mort de Ben Laden ou la fin d'une alliance ?  - La mascarade barbue - USA : le mensonge empire - 11 septembre : des étudiants pas comme les autres - Le 11 septembre tue encore - Voix discordante et faits concordants - L'homme du 11 septembre - La curieuse histoire de la fin de Zarquaoui - Attentats virtuels mais vraies retombées - Attentats : comme un air de déja-vu - L'Empire a de...l'imagination - Les 2 tours et la diagonale du Fou  - La curieuse histoire de la fin de Zarquaoui - Voix discordante et faits concordants - L'assassinat ciblé des droits de l'homme Quelques évidences sur le 11 septembre - Reloaded -  Un article qui vaut les deux tours - Haute voltige - Londres : c'était presque Al Quaida - London calling - Le Tonitruant Blair et sa communication - Interférences - Manipulation - Trouble double jeu  - Morceaux choisis - Le Mollah motard - Un éclairage philosophique...sur l'Iran  - Badiou et ses criminelles vieilles lunes - Le sanglot de l'homme bien (2) - Le sanglot de l'homme bien (1) - L'Uncle Ben Laden et la kyrielle d'attentats inimaginables - La propagande philosophique du Figaro - Nous sommes donc des capitulards (Figaro) - Quand le Figaro rime avec Guantanamo - Quand le Figaro rime avec Guantanamo - Dassault système - Breton : le visionnaire (selon le Figaro) - Iran, Irak, mêmes mensonges, même effet - L'urgence du dossier nucléaire iranien - Iran : propagande une étoile - Le futur équilibre au Moyen Orient -- Fin de cycle pour le tandem Bush-Blair - Liban : un modèle de propagande - Bush : comme si de rien n'était... - Terrorisme : à qui profite le crime ? - Attentats virtuels mais vraies retombées - Attentats : comme un air de déja-vu - L'Empire a de...l'imagination - Israël : les premiers dégâts collatéraux... - Seule la victoire est belle - Le "chaos constructif" est un peu k.o - Hurler avec les hyènes - Le futur équilibre au Moyen Orient - Liban : un modèle de propagande - Liés à l'Empire pour le pire et le meilleur - - Terrain miné - 3 petites oranges amères - - La bannière étiolée - Mortelles comparaisons - La technique du chaos Irak : un génocide silencieux à défaut d'une démocratie rutilante - La libre entreprise de domination - L'impact désastreux de la PNAC - L'utilité publique de Guantanamo - Cuba libre - Guantanamo : le silence complice - Guantanamo air line... - 

 





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Philosophe :

 

Traversées philosophiques, le site du maître philosophe...

 

 

Robert Redeker - Wikipédia
 
 
Un enseignant menacé pour un texte sur le Coran (Figaro) -
 
LeMonde.fr : Robert Redeker Un électron libre entravé

 

 

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DJ CC Jung

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