Novembre noir : Béjart...

Publié le par cc jung in effect

Ainsi vont les choses, rien n’est éternel et tout est éphémère… C’est cette impermanence si chère aux bouddhistes qui tempère la notion même de vanité, celle qui taraude tant d'humains imbus d’eux-mêmes. Omegalpha salue rarement la mémoire des disparus mais ce lugubre mois de novembre aura été particulièrement néfaste pour le monde en général et la culture en particulier. Ce sont de véritables piliers qui sont tombés tout comme les feuilles mortes en cette saison automnale : Béjart, Mailer, Stockhausen. Autant de géants qui s’effacent, qui s’évanouissent comme des ombres gigantesques qui vont se fondre dans la nuit éternelle en laissant l’empreinte d'hommes libres et surtout, un vide immense pour ceux qui piétinent dans l'antichambre si faiblement éclairée. 

Commençons notre petite série sur la pointe des pieds pour évoquer le voltigeur envolé. Une série qui n'interfère aucunement sur l'actualité plus immédiate d'Omegalpha.
 
 
Le chatoyant voyageur…
 
Maurice Béjart, l’emballé Méphisto aux yeux de chat qui ne savait pas ronronner ni caresser dans le sens du poil... Félin était en effet ce souple penseur qui a défrisé bien des moustaches et mis quelques vifs coups de griffes aux petits rats gris de l’opéra poussiéreux. « Avec l’Opéra, c’était un peu : “Je t’aime moi non plus.” Maurice était un individualiste relié qui avait la passion des jeunes danseurs et qui, en même temps était très solitaire, un solitaire mystique. C’était un enfant terrible, il avait un courage total et il a secoué l’institution » raconte Brigitte Lefèvre, directrice de la danse à l’Opéra national de Paris dans un article de Libération (« c’était un aiguilleur », voir lien). Son art se voulait universel, épicé, contemporain, son tempo était celui d’un romanichel : métissé et souverain. Notre Faust adressait à tous les hommes de bonne volonté des cartes postales parfois timbrées, toujours colorées et diablement imaginatives. Et il parlait vrai au cœur de chacun, ses lettres étaient persanes tout comme son oeil qui avalait la lumière. Il faut dire que l’artiste portait son regard métallique loin vers cet horizon lointain qui l’aimantait et se dérobait sans cesse.
 
Génial chorégraphe fut Maurice Béjart qui a balayé les mornes conventions pour remettre la danse au centre du monde pour qu’elle tourne à l’unisson de la planète, qui a décodé le brouillon tourbillon du présent pour que la danse sacralise les gestes justes de la messe du temps futur. Profond humaniste était ce fils de philosophe qui esquissait pour la foule des houles pour rythmer le sacre de ce printemps qui attend encore d’éclore dans les têtes. « L’homme était immensément sympathique et amoureux de la vie, de la danse. Ses ballets ne parlent que de cela, de cet amour. En rendant la danse au peuple, aux êtres humains (...) » confie d’ailleurs Guy Darmet, directeur de la Maison de la danse de Lyon (même livraison de Libération). 


 
 

Maurice Béjart by DJ CC Jung

 





Il rêvait de devenir torero mais il est devenu ce clown de Dieu qui a bousculé la danse (Le Monde), celui qui a su conjuguer au futur l’art éphémère (24 heures), mettre en scène le chant du compagnon errant et mettre en signes la plainte lascive des corps sur un air de tango. Le voilà qui pointe parmi les étoiles (20 mn) , il fait maintenant danser les constellations (AFP), l’arrangeur favori de la puissante mécanique céleste (20 mn). Pas sûr que cet artisan furieux regrette notre  « siècle des guerres, coloniales, entre colonies, génocides, crimes contre l’humanité. Le siècle bat les records d’inhumanité. On parle beaucoup, mais on ne se bat pas assez pour la sauvegarde de l’humain » (Libération).
 
Il a mis définitivement les voiles ce marseillais d’origine, cet ironique expert en prospective émotionnelle qui a su très jeune prendre le large en vagabondant sur le dos du monde, ignorant les absurdes frontières des esprits et la prison mentale des usages (lien Wiki - voir son atypique parcours). Le monde était une gigantesque marelle qui l’a sans doute conduit au paradis des vieux danseurs, là où le poids des ans n’existe plus, là où les variations du possible deviennent infinies. Le voilà sans doute à bon port, quelque part au milieu des autres étoiles. A 80 ans, Il voulait faire un dernier tour du monde en 80 minutes sur le dos d’un oiseau de feu forcément rouge mais le voyageur du rêve vogue désormais dans les embruns d’Ostende, libre comme le vent d’interpréter à sa guise sa symphonie pour un homme seul.
 
 

004779.gif

 


 

Liens
 :
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Prochain hommage dans la rubrique décalée : Mailer
 


See U
 
DJ CC Jung 
 

Publié dans D k Lé

Commenter cet article