Qu'est-ce pour nous, mon coeur, les ténèbres

Publié le par cc jung in effect

Tout à l’ouvrage pour débusquer les imposteurs et les « impasteurs » de tous bords, Omegalpha n’en oublie pas pour autant que le verbe divin et gouleyant ne sert pas qu’à vendre de la propagande, à travestir le monde et à insuffler la peur qui corrode. Heureusement il reste la poésie, la bienheureuse souffrance des hommes qui chantent encore l’abîme des vanités. Souffrance par ce que les mots dits des maudits sont des flacons de laudanum et des fioles d’absinthe et d’absente et bienheureux verbe parce qu’il délivre des livres sains et de secrets sonnets qui enchantent nos âmes profondes. Voici, pour le plaisir et pour faire un clin d’œil amical à une fidèle abonnée amatrice de poésie et de peinture (elle se reconnaîtra,  j’espère), un peu de la gouache et de la gouaille de Rimbaud et quelques pâles touches de couleur et autant d’encre ténébreuse du grand Baudelaire.
 
 
Déjà publié ici mais toujours aussi pertinent…
 
 
Qu'est-ce pour nous, mon coeur...
 
 
Qu'est-ce pour nous, mon coeur, que les nappes de sang
Et de braise, et mille meurtres, et les longs cris
De rage, sanglots de tout enfer renversant
Tout ordre ; et L'Aquilon encor sur les débris ;

Et toute vengeance ? Rien !... - Mais si, toute encor,
Nous la voulons ! Industriels, princes, sénats,
Périssez ! puissance, justice, histoire, à bas !
Ça nous est dû. Le sang ! le sang ! la flamme d'or !

Tout à la guerre, à la vengeance, à la terreur,
Mon Esprit ! Tournons dans la morsure : Ah ! passez,
Républiques de ce monde ! Des empereurs,
Des régiments, des colons, des peuples, assez !






Qui remuerait les tourbillons de feu furieux,
Que nous et ceux que nous nous imaginons frères ?
À nous ! Romanesques amis : ça va nous plaire.
Jamais nous ne travaillerons, ô flots de feux !

Europe, Asie, Amérique, disparaissez.
Notre marche vengeresse a tout occupé,
Cités et campagnes ! - Nous serons écrasés !
Les volcans sauteront ! et l'Océan frappé...

Oh ! mes amis ! - Mon coeur, c'est sûr, ils sont des frères :
Noirs inconnus, si nous allions ! allons ! allons !
O malheur ! je me sens frémir, la vieille terre,
Sur moi de plus en plus à vous ! la terre fond,

Ce n'est rien ! j'y suis ! j'y suis toujours.
 
A. Rimbaud
 
 
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Les ténèbres 
 
Dans les caveaux d'insondable tristesse
Où le Destin m'a déjà relégué ;
Où jamais n'entre un rayon rose et gai ;
Où, seul avec la Nuit, maussade hôtesse,

Je suis comme un peintre qu'un Dieu moqueur
Condamne à peindre, hélas ! sur les ténèbres ;
Où, cuisinier aux appétits funèbres,
Je fais bouillir et je mange mon coeur,

Par instants brille, et s'allonge, et s'étale
Un spectre fait de grâce et de splendeur.
A sa rêveuse allure orientale,

Quand il atteint sa totale grandeur,
Je reconnais ma belle visiteuse :
C'est Elle ! noire et pourtant lumineuse.
 
 
 
Charles Baudelaire
 
 
 
 
 
 
 
 
 
See U
 
DJ CC Jung
 
 

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